Bref résumé (rêverie)

Ils continueront aveuglément jusqu'à la fin, s'ils le peuvent, jusqu'à la désertification totale. Depuis de nombreux siècles, en Occident, de médiocres prédateurs au pouvoir exploitent, pour les transformer en profit, le travail et les inventions de ces femmes et ces hommes qui ne cherchent pas le pouvoir.

Car toutes les inventions humaines, toutes les créations, sont le fruit du rêve. De toutes les formes d'art à l'aviation ou la psychanalyse, ce sont d'abord des choses qui sont rêvées, délirées, et construites à partir de symboles, ces outils de l'imaginaire.

Ếtre humain © Olivier Perrot Ếtre humain © Olivier Perrot

Mais ces gens de pouvoir n'ont jamais, jamais, rien construit de leur propre chef, rien. N'ont jamais rien inventé, rien. Et c'est bien normal. Ce sont des ignorants et cette ignorance en fait des impuissants. Alors ils détruisent ce qu'ils ne connaissent pas, ou essaient de le transformer en ce qu'ils comprennent. Ce qu'ils ne savent pas, surtout, c'est que la condition première de l'invention est de ne pas désirer le pouvoir. Dès qu'ils le voient passer, ils figent le rêve pour le désactiver, lui ôter sa puissance de vie. Ils en font un bien, un objet, un produit stérile, une sorte de chose morte qui ne peut plus les inquiéter.

Mais il est certain que tout ce qu'ils croient posséder ou dominer, et que souvent ils contrefont, tout cela vient du travail et de l'imagination inlassable et gratuite de ceux qui ne cherchent pas le pouvoir mais plutôt de la puissance d'être. Et le seul geste des prédateurs, mécanique et toujours le même, consiste à transformer en machine à profit cette gratuité qui est la mère de l'invention, et donc à la neutraliser, en effacer la possibilité. Sans cette gratuité aucune invention ne serait jamais possible, mais ils ne le savent pas, ils ne sont pas en mesure d'analyser le phénomène. Alors, afin d'accroître leur pouvoir, ils se trouvent très malins de détruire les conditions de cette gratuité et donc de l'invention. C'est la branche sur laquelle ils sont perchés qu'ils cassent, mais ils ne le voient pas. Ils ne savent pas.

Depuis de nombreux siècles de combats plus ou moins obscurs, ces ignorants transforment en argent et en pouvoir les inventions de celles et ceux qui ne veulent ni argent ni pouvoir, ces inventions qui sont l'expression de l'esprit humain, de sa liberté et de sa belle folie. Inconscients de ce processus, de cette réalité fondamentale de l'être humain, ils ne voient pas que sans cette liberté de l'esprit, cette puissance de l'imaginaire, ils n'auront bientôt plus rien à se mettre sous la dent. La matière-même dont s'alimente leur pouvoir disparaîtra. Ils sont aujourd'hui à leur apogée, ils se croient les maîtres du monde. Et ils continueront aveuglément jusqu'à la désertification s'ils le peuvent, jusqu'à la fin, qui sera aussi la leur.

Certaines cultures anciennes et fidèles à elles-mêmes continuent de porter ce savoir, chez elles la hiérarchie des valeurs n'a pas été inversée, le savoir y est toujours au-dessus du pouvoir. Alors, pour ne pas risquer de perdre cet aveuglement dont il sent qu'il est la condition de sa domination, l'Occident les détruit.

Nicolas Roméas

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