Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
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Billet de blog 24 déc. 2018

De la perversité en politique

Les pervers ne sont pas toujours intelligents, certains sont même très stupides, mais ils s'en foutent, car l'intelligence n'est pas ce qui permet d'obtenir et de garder le pouvoir. Si on la pousse loin, elle sert surtout à se remettre soi-même en question et, dans la réalité politique, elle peut donc même affaiblir.

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1/ La perversité, moteur du capitalisme

Mangoustes contre serpent

Les gens qui s'efforcent de réfléchir en étant le plus possible cohérents avec eux-mêmes sont victimes des pervers parce que ceux-ci savent que la réalité n'est pas cohérente.

Donc, même stupides, les pervers en savent plus que les autres.


Mais si ceux qui s'efforcent d'être cohérents avaient accès à ce qu'est la perversité, y compris en eux-même, ils seraient victorieux. Nous sommes tous des êtres humains, il faut comprendre comment ça marche.

Contrairement à ceux qui s'opposent à eux, les pervers n'ont pas besoin d'avoir des idées claires, le pouvoir leur suffit, ils ne s'appuient sur aucune vraie pensée. C'est pourquoi ils sont toujours les plus forts. Ce cynisme est une façon de comprendre la réalité, mais sans avoir besoin de faire l'effort de se mettre en jeu soi-même. C'est en fait le contraire de la construction de notre propre humanité. Ils ne savent pas toujours (ou ils oublient) que sans «pouvoir» leur perversité ne fonctionnerait pas. Mais nous, qui n'aspirons pas à ce «pouvoir», nous pouvons le savoir.

La réalité subtile et en demi-teinte, ils connaissent, ils savent que ça existe, mais ils ne s'y attardent pas. L'important c'est d'empêcher les autres d'y avoir accès pour ne pas perdre leur position. C'est pourquoi ils imposent aux autres un rapport de force basique qui leur permet de dominer. Voilà en deux mots le discours des pervers au pouvoir : je sais que la réalité est complexe, et donc je sais qu'elle est injuste. Et comme je n'ai aucune envie de perdre mon pouvoir, je te tape dessus, je te laisse le choix entre l'extrême-droite et l'extrême gauche, et je t'emmerde.

C'est pourquoi il faut être beaucoup plus intelligents qu'eux, et faire l'effort de comprendre la perversité potentiellement à l'œuvre dans chaque être humain. Pour ne pas laisser les pervers au pouvoir déshumaniser le monde. Je voudrais donner un exemple actuel de l'usage de cette perversité en politique et mon point de vue sur les moyens nécessaires pour lutter contre elle.

2/ Éducation populaire contre les idées d'extrême droite

Depuis le début du mouvement, nous savons que l'étape à laquelle nous sommes arrivés était inéluctable. Le grand enjeu du moment est de ne pas tomber dans le panneau de la division souhaitée par le pouvoir et encouragée avec tous les moyens (énormes) dont il dispose. Un vaste travail d'éducation populaire, déjà spontanément en cours, doit se développer.

Le mensonge, la violence et la désinformation sont utilisés pour 1/ tirer le mouvement au maximum vers l'extrême-droite, 2/ lui donner aux yeux des autres une IMAGE violente et très marquée à l'extrême-droite pour effrayer. Finalement, ce mouvement populaire, majoritairement pacifique et bon enfant, fera peur à tous les braves gens. Il y a de nombreux exemples dans le passé qui peuvent donner à penser que nous allons vers ça. Il faut avoir conscience que cette catastrophe n'aura lieu que dans un seul et unique intérêt : celui des ultralibéraux. S'ils y parviennent, - ce qui serait logique vus les moyens disproportionnés dont ils disposent - le résultat sera que MLP en récoltera les fruits électoraux. À leur profit, naturellement, comme d'habitude. Ils le savent.

Ils vont tout faire pour montrer que ce mouvement est majoritairement à l'extrême droite, ce qui est intrinsèquement faux. Le peuple en colère n'est ni de droite ni de gauche (selon les catégories politiciennes), mais il a très peu de marge de manœuvre au niveau électoral. Il refuse intuitivement ce monde déshumanisant et il ne sait pas toujours quelle forme donner à ce refus. Surtout quand on lui tape dessus sans motif.

Oui, on peut se référer au passé pour redouter, dans un climat de colère pas toujours bien informée, avec un manque de connaissance et d'informations sciemment entretenu, la confusion, au point de bascule, entre des revendications humanistes et généreuses et ce qui peut devenir un néfaste repli «identitaire».

Mais nous sommes dans une époque très différente de celle des années 20-30, par exemple. Nous sommes dans l'époque de Notre-Dame des Landes, du changement climatique, des 1%, une époque où tout le monde sait que l'ultralibéralisme est, au niveau mondial, un fléau absolu qui détruira l'humanité si on le laisse faire.

Les ultralibéraux savent bien que cette conscience se répand. C'est pourquoi il s'agit d'une course contre la montre. Contre les vieilles méthodes de division du peuple qui ont fait leurs preuves désastreuses, un immense travail d'éducation populaire doit se développer maintenant partout dans le pays.

Un travail de discussions, de reprise de parole, grâce auquel la partie du peuple qui dispose d'un savoir l'enseigne à ceux qui n'en disposent pas. Ce sera très très difficile. Mais c'est la seule et unique possibilité d'échapper au piège de la violence tendu par le pouvoir. Une manipulation extraordinairement dangereuse pour nous tous.

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