Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
Abonné·e de Mediapart

113 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 déc. 2020

L'essentiel

La chose vraiment essentielle, puisqu'on en parle, c'est de comprendre que les clivages politiques tels qu'ils nous sont imposés ne suffisent absolument plus à penser notre monde. Il faut sortir par le haut de ces boîtes étanches dans lesquelles nous sommes cloîtrés, où nous étouffons, prendre conscience que ce qui est en jeu concerne absolument tout le monde, sans aucune exception.

Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Et qu'il ne s'agit pas uniquement de ce qu'on nomme "écologie", pas seulement non plus de ce qu'on nomme "économie", dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot.

En acceptant de ne considérer les problèmes actuels du monde qu'à travers ces lunettes sommaires gracieusement fournies par la civilisation occidentale contemporaine, on ne peut que s'engouffrer, les uns et les autres dans nos impasses respectives. Arc-boutés contre les murs à l'intérieur desquels nous avons cru construire une "identité" individuelle (et relativement collective), nous nous écharpons comme des fauves, laissant le champ libre aux forces de destruction et retardant la survenue d'une prise de conscience véritable.

L'essentiel qui n'est pas pris en compte, c'est l'ensemble des outils symboliques qui servent à être des humains. On peut appeler ça la question culturelle, mais elle ne peut jamais se réduire à la défense - qu'on a absolument raison de faire - d'un secteur d'activités.

Sortie de secours

Elle est infiniment plus profonde et centrale et elle inclut en réalité toutes les autres questions. C'est la question de l'être humain qui parle, qui écrit, qui peint, qui chante, danse, fait de la musique, qui philosophe, qui soigne, qui invente des langages, en un mot de l'être humain qui imagine et qui le fait avec son corps. En acceptant, dans une période d'"apocalypse" (au sens que donne à ce mot René Girard) de couper les liens entre les univers, de se contenter d'un seul axe, et par exemple de ne militer que pour un secteur d'activités qui nous est présenté, de surcroît, comme annexe, non primordial, on passe complètement à côté de l'enjeu du combat pour l'humanité.

Depuis des décennies, depuis la fin des années soixante, nous essayons instinctivement sans y parvenir, de dépasser ces clivages dont nous sentons bien que l'espace qu'ils nous laissent est trop étroit et qu'ils ne servent pas suffisamment ce que nous percevons de nos intérêts communs. Et souvent les solutions qu'on trouve sont des trompe-l'œil. Pour dépasser ces clivages il y a la méthode Gilets Jaunes, la seule viable, parce qu’elle nous ramène à l’humain sensible antérieur aux séparations sociales, et la méthode capitaliste qui ne sert qu'à aggraver la situation générale. Certes les gens qui réfléchissent sont à gauche, impossible de faire autrement, mais est-ce suffisant pour comprendre pourquoi d'autres refusent de réfléchir ? La piste à creuser est certainement celle de notre besoin d'opposition et d'affrontement. Comment se sentir exister sans s'opposer à l'autre ?

À cette très vieille question les Gilets Jaunes, comme d'autres avant eux, ont tenté d'apporter une réponse provisoire et pratique, mais très puissante : en nous réjouissant de partager nos désaccords, en échangeant sans tricherie, sans lissage, sans recherche de consensus, mais avec une bienveillance absolue. En échappant de cette façon au piège politicien qui ne sert que les pouvoirs et nous mène au désastre. C'est la condition de notre survie, nous n'avons plus le choix. Tous les langages de l'art ne parlent que de ça, ne cherchent que cela, cette dynamique qui n'a besoin d'aucun aboutissement pour être réussie, ce mouvement permanent de l'être que propulse la rencontre de l'autre par le véhicule du symbole.

Nicolas Roméas

www.linsatiable.org

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
En Seine-Maritime, Alma Dufour veut concilier « fin du monde et fin du mois »
C’est l’un des slogans des « gilets jaunes » comme du mouvement climat. La militante écologiste, qui assume cette double filiation, se lance sous les couleurs de l’union de la gauche sur ce territoire perfusé à l’industrie lourde, qui ne lui est pas acquis.
par Mathilde Goanec
Journal — Sports
Ligue des champions : la France gagne le trophée de l’incompétence
La finale de la compétition européenne de football, samedi à Saint-Denis, a été émaillée de nombreux incidents. Des centaines de supporters de Liverpool ont été nassés, bloqués à l’entrée du stade, puis gazés par les forces de l’ordre. Une faillite des pouvoirs publics français qui ponctue de longues années d’un maintien de l’ordre répressif et inadapté, souvent violent.
par Ilyes Ramdani
Journal — Europe
En Italie, Aboubakar Soumahoro porte la voix des ouvriers agricoles et autres « invisibles »
L’activiste d’origine ivoirienne, débarqué en Italie à l’âge de 19 ans, défend les ouvriers agricoles migrants et dénonce le racisme prégnant dans la classe politique transalpine. De là à basculer dans la politique traditionnelle, en vue des prochaines élections ? Rencontre à Rome. 
par Ludovic Lamant
Journal — Moyen-Orient
Le pouvoir iranien en voie de talibanisation
La hausse exponentielle des prix pousse à la révolte les villes du sud et de l’ouest de l’Iran. Une contestation que les forces sécuritaires ne parviennent pas à arrêter, tandis que le régime s’emploie à mettre en place une politique de ségrégation à l’égard des femmes.
par Jean-Pierre Perrin

La sélection du Club

Billet de blog
Mères célibataires, les grandes oubliées
Mes parents ont divorcé quand j'avais 8 ans. Une histoire assez classique : une crise de la quarantaine assez poussée de la part du père. Son objectif à partir de ce moment fut simple : être le moins investi possible dans la vie de ses enfants. Ma mère s'est donc retrouvée seule avec deux enfants à charge, sans aucune famille à proximité.
par ORSINOS
Billet d’édition
Ma grand-mère, fille mère
Les récits familiaux reprennent dans l'édition «Nos ancêtres les gauloises». Celui-ci nous est proposé par un contributeur qui tient à rester anonyme. Son histoire, entre mémoire et fiction, explore un secret de famille où la vie des bonnes «engrossées» par leur patron rencontre celle des soldats de la Guerre de 14...
par ELISE THIEBAUT
Billet de blog
Les mères peuvent-elles parler ?
C'est la nuit. Les phares des voitures défilent sur le périphérique balayant de leurs rayons lumineux le lit et les murs de ma chambre d'hôpital. Je m'y accroche comme à un rocher. Autour de moi, tout tangue. Mon bébé hurle dans mes bras.
par Nina Innana
Billet de blog
« La puissance des mères », extrait du livre de Fatima Ouassak
A l'occasion de la fête des mères, et de son braquage par le Front de mères pour faire de cette journée à l'origine réactionnaire une célébration de nos luttes et de nos victoires, extrait du livre « La Puissance des mères, pour un nouveau sujet révolutionnaire » de Fatima Ouassak. Il s'agit de la conclusion, manifeste écologiste, féministe et antiraciste, lue par Audrey Vernon.
par Jean-Marc B