Homo et catho: sortir de l'impasse

Le pape François a lancé un pavé dans le bénitier en reconnaissant l’union civile des personnes homosexuelles. Un réel soutien pour les homosexuels catholiques qui entrouvre une porte dans l'Église pour sortir de l’impasse.

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“Les personnes homosexuelles ont droit à être dans une famille, ce sont des enfants de Dieu, elles ont droit à une famille. On ne peut évincer personne d’une famille, ni lui rendre la vie impossible à cause de cela. Ce que nous devons faire, c’est une loi d’union civile, elles ont le droit d’être légalement protégées. J’ai défendu cela.“ C’est ce qu’a déclaré le pape François dans le documentaire Francesco qui lui est consacré et a été diffusé au Festival international du film de Rome en octobre dernier. Après son appel qux catholiques d’aller aux périphéries pour se décentrer, d’accueillir largement et en fraternité les “migrants“, le souverain pontife poursuit sur sa lancée avec la volonté de ramener l’Église catholique a ses valeurs fondamentales, dont l’amour chrétien embrassant largement l’humanité et considèrant chacun et chacune comme un frère et une soeur. 

La plus ancienne association LGBT+ de France, David & Jonathan (D&J), est chrétienne et se réjouit dans un communiqué que “le pape rappelle également l’importance de soutenir la place des personnes LGBT+ dans les diocèses et paroisses, où nous sommes nombreuses et nombreux а être engagé.e.s, et parfois au prix de discriminations.“ L’association observe “que cette ouverture de l’Eglise catholique se fasse par le détour de “petites phrases” pontificales révèle cependant la fragilité des avancées permises par la démarche du pape François.“ Et de réaffirmer “notre engagement en faveur d’une pleine égalité pour les personnes et couples homosexuels, notamment dans le mariage.“

L’éthique de l’altérité

Claude Besson est engagé en paroisse et dans des mouvements d’Église, il a co-fondé l’association Réflexion et Partage et travaille à un meilleur accueil des personnes homosexuelles et de leurs familles dans l’Église catholique. Il est l’auteur de Homosexuels catholiques : sortir de l’impasse. Et il pose d’entrée le sujet de l’altérité “qui se trouve être un des arguments de certains milieux catholiques pour sigmatiser les personnes homosexuelles : “Les homosexuels refusent la différence !“ Formule qui devient dans la bouche de certains intellectuels : “L’homosexualité est un déni de l’altérité.“ D’après lui, le débat ne peut être binaire homme/femme : “la différence des sexes garantit-elle le travail de l’altérité ? Deux personnes de même sexe sont-elles les mêmes ? Ne serait-ce pas réduire les hommes et les femmes à leurs attributs sexuels ? Si la différence sexuelle est importante, elle n’est pas la seule.“

Pour Besson, “l’altérité est un apprentissage qui n’est jamais terminé. elle permet à chacun d’être ce qu’il est dans la relation, de mener sa propre vie, de ne jamais se sentir dévoré par l’autre, quel qu’il soit (conjoint, ami, parent, enseignant, collègue, etc.). Ce travail éthique est le même pour tous.“ Il poursuit : “En ce qui concerne l’homosexualité, l’enjeu est de relier ce travail de l’altérité à la différence fondamentale des sexes. Qu’est-ce qui va permettre, dans un amour de personnes homosexuelles - où la ressemblance de fait est présente - de faire droit au travail d’altérité ? Il est probable que l’indifférenciation est un risque important de la relation homosexuelle. Mais, son contraire, le manque de communication, n’est-il pas un moindre risque dans le couple hétérosexuel ? Le travail de l’altérité est une dynamique à laquelle il faut faire attention dans un cas comme dans l’autre. Le couple homosexuel doit apprendre à se différencier et le couple hétérosexuel à se rapprocher.“ 

Claude Besson insiste : “ce n’est pas parce que deux êtres sont similaires d’un point de vue biologique qu’ils sont le “même“ : deux hommes, deux femmes ont des personnalités différentes et uniques qui en font des êtres singuliers.“ Hétéro ou homo, l’être humain en relation avec d’autres doit avoir la même vigilance : “la véritable relation à l’autre prend en compte la différence, en ayant une pleine conscience de ce qu’il est possible pour chacun d’accepter ou non. La richesse de l’altérité repose sur cette tension qui, par des questionnements, est source d’évolution personnelle. L’altérité nous ramène au coeur de l’éthique, dont la question essentielle est celle de la relation ajustée à l’autre et aux autres.“  

Aimer en vérité

Alors, comment allier son homosexualité à sa foi ? Pour Claude Besson, “un(e) chrétien(ne) qui se découvre homosexuel(le) le vit souvent comme une inquiétude, voire un bouleversement. Il (elle) prend très vite conscience que son désir se heurte à l’hostilité de son entourage et au discours officiel de l’Eglise catholique. S’y ajoute une question parfois angoissante : “Suis-je encore aimé(e) de Dieu quand j’ai des relations homosexuelles ?“

L’auteur s’appuie sur des témoignages d’acteurs qui se sont retrouvés pris dans ce paradoxe. Tel Christian, prêtre de quarante  et un ans, dans une ville moyenne de province : “Comment pouvais-je être témoin de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour chaque homme si je n’avais pas fait cette expérience personnelle de libération ? […] Homme et prêtre, je suis un tout indissociable. […] Oui, je crois que mon affectivité est une richesse pour mon ministère, comme elle peut l’être pour la vie d’un homosexuel laïc, quoi que puissent en penser certains.“

Les enquêtes sociologiques sur le sujet font le même constat : “être catholique accroît la difficulté à vivre paisiblement une orientation homosexuelle.“ Ainsi, “l’enquête de Martine Gross [“Être chrétien et homosexuel en France“, 2008.] révèle que les gays et lesbiennes chrétiens ayant intériorisé les discours de l’Église institutionnelle vivent souvent avec déshonneur et culpabilité la découverte de leur homosexualité.“  Et, “cette culpabilité et cette honte génèrent chez les personnes un sentiment de solitude et une quasi-obligation à mentir, à taire qui elles sont.“

Pour Claude Besson, l’institution Église catholique a un long chemin à parcourir. Et de conclure : “Apprenons les uns des autres qu’aimer en vérité est une aventure qui se vit jour après jour. L’événement d’amour est quotidien.“

 

Bibliographie

BESSON, Claude. Homosexuels catholiques. Sortir de l’impasse. Éditions de l’Atelier, 2018. 168 pages.

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