Après l’expression d’Elisabeth Badinter dans Marianne sur l’affaire de Cologne

Si je suis Madame Badinter, plutôt que de stigmatiser le racisme et de craindre son explosion, il faut avant tout protéger les femmes.

Pour celles qui se sont fait violer sur la place de la Gare de Cologne, il me semble que leur protection, après viol, c’est de pouvoir déposer plainte sans honte au commissariat et d’être entendues, ce qui constitue une avancée obtenue par les luttes féministes des XXe et XXIe siècles. Avant viol, la protection des femmes relève d’éléments plus compliqués à gérer, puisqu’elle concerne les mentalités sociales et les psychologies individuelles dans lesquelles entrent le virilisme et le machisme, fortement répandus dans tous les pays, toutes les classes, tous les milieux, y compris naturellement en Occident. Et je ne crois pas que les « néo-féministes » ou féministes d’aujourd’hui aient été les dernières à travailler là-dessus, en particulier pour mettre en évidence et dénoncer les viols conjugaux ou familiaux, qui sont malheureusement les plus répandus.

Alors leur faire le reproche de se taire sur l’affaire de Cologne (« être à ce point silencieux, comme première réaction, sur les violences dont ont été victimes ces femmes… »), c’est un procès injuste. Les féministes allemandes ont bien sûr manifesté très vite leur colère et leur dégoût après ce qui s’est passé dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Mais elles se sont abstenues de dénoncer les réfugiés, les demandeurs d’asile syriens ou autres comme étant les auteurs des viols, à la différence de la presse populaire et de l’extrême-droite. Car c’est bien sûr aux enquêteurs et à la justice d’établir la responsabilité de ces crimes.

Et lorsqu’elles ont défilé ce lundi 18 janvier à Paris, les féministes françaises ont scandé très justement: « Non à la violence contre les femmes, que ce soit à Cologne, à la fête de la bière ou dans la chambre à coucher » !

Madame Badinter n’hésite pas à comparer ce qu’elle appelle le « déni » des féministes d’extrême-gauche à « ce qui se passait il y a 40 ans, du temps des staliniens », qui se taisaient sur certains thèmes pour ne pas faire « le jeu du fascisme ». Je voudrais savoir ce qui constitue pour elle le contraire de ce déni, ce qu’elle préconise donc : dénoncer les immigrés maghrébins (puisque l’on sait désormais que ce sont des Maghrébins qui sont majoritairement soupçonnés) comme étant des violeurs ? Dénoncer leurs mœurs, leur culture ? Dénoncer leur religion comme étant à l’origine de ces viols ? Dénoncer l’islam enfin ?

J’ai l’impression que c’est cette dernière proposition qui est la bonne (!). Et quand je lis : « À chaque fois, elles[les féministes] vous renvoient à la figure que, si les jeunes portent le niqab, c’est parce qu’elles le veulent bien. Et que, si vous prétendez critiquer ceci, c’est une attaque de leur pratique religieuse… », je remarque qu’Elisabeth Badinter confond le niqab (voile intégral couvrant le visage à l’exception des yeux, interdit en France dans les lieux publics) et le hijab (voile disposé sur la tête et laissant le visage apparent, également appelé « voile islamique », autorisé en France dans l’espace public mais interdit dans les écoles, collèges et lycées publics). Je ne crois pas que des féministes aient pu défendre le port du niqab. Si certaines l’ont fait, elles ont eu tort bien sûr. En revanche le port du hijab, même si je le trouve bien peu valorisant pour la féminité, doit rester à la discrétion absolue de celle qui le porte. Elle peut le porter par soumission à son mari ou à son père/frère, c’est vrai. Elle peut le porter pour sortir tranquille dans son quartier. Elle peut le porter par provoc’. Elle peut même le porter par conviction ! Mais qui suis-je – comme dirait le pape François – ou qui êtes-vous pour la juger ? Un peu d’apaisement sur ce sujet, ça ne vous paraîtrait pas une bonne chose Madame Badinter ?

Et est-ce que cela empêcherait de dénoncer toutes les formes d’oppression, d’atteintes aux libertés, y compris l’obéissance souvent réclamée des femmes à l’égard des hommes dans la culture arabo-musulmane, ou la sexualisation effrénée des regards masculins sur le corps des femmes dans cette même culture ?

Je regrette enfin que d’un appel à la protection renforcée des femmes en général on ait glissé insensiblement vers la dénonciation du port d’un vêtement par des femmes… musulmanes.

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