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Billet de blog 28 nov. 2009

Pour Aminatou Haidar

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Aminatou Haidar, activiste sahraouie des droits de l’homme expulsée du Sahara Occidental par le Maroc le 14 novembre 2009, et débarquée de l’avion contre sa volonté à l’aéroport de Lanzarote (Iles Canaries), est en grève de la faim dans cet aéroport depuis le 16 novembre à minuit. Elle réclame simplement de pouvoir rentrer chez elle, à El Aaïun, et pour cela il faut que le Maroc, mais aussi l’Espagne qui l’a fait débarquer alors qu’elle n’avait pas de papiers et s’y refusait, suivent le droit international qui stipule que : « Personne ne sera arbitrairement privé de son droit à entrer dans son propre pays. »

«Si estuviera en Lanzarote, estaría contigo».

Le samedi 21 novembre, José Saramago, prix Nobel de littérature 1998, a envoyé à Aminatou Haidar une lettre magnifique, qui a été lue publiquement à Lanzarote par l’un des nombreux amis qui sont venus la soutenir.

En voici la traduction en français.

« Chère Aminatou Haidar,

Si j’étais à Lanzarote, je serais avec toi. Et non pas parce que tu serais une militante séparatiste, comme t’a désignée l’ambassadeur du Maroc, mais précisément pour le contraire : je crois que la planète appartient à tous, et que tous nous avons droit à notre espace pour pouvoir vivre en harmonie.

Je crois que les séparatistes sont ceux qui séparent les gens de leur terre, qui les en expulsent, qui essaient de les en déraciner. Tout cela pour que certains – se sentant différents – gagnent du pouvoir, et que les autres perdent l’estime de soi et finissent par être engloutis sous l’injustice. Le Maroc a manqué à toutes les règles de bonne conduite avec le Sahara. Le fait de rejeter les Sahraouis est la démonstration que la société marocaine, qui ne proteste pas devant ce que l’on fait subir à son voisin, n’a pas encore intégré la Charte des droits de l’Homme. Surtout, il fait apparaître que le Maroc ne se respecte pas soi-même : un pays qui est sûr de son passé n’a pas besoin d’exproprier celui d’à côté pour exprimer une grandeur que personne ne lui reconnaîtra jamais.

Car si le pouvoir marocain finit par faire plier les Sahraouis, ce pays, admirable pour d’autres choses, aura obtenu la plus triste des victoires, une victoire sans honneur, sans éclat, arrachée à la vie et aux rêves de tant de gens qui voulaient vivre en paix sur leur terre et avec leurs voisins, pour faire du continent, ensemble, un lieu plus habitable.

Chère Aminatou Haidar. Tu as donné un exemple de valeur reconnue dans le monde entier. Ne mets pas ta vie en danger, parce qu’il reste devant toi beaucoup de batailles et que tu es nécessaire. Nous tes amis, les amis de ton peuple, nous prendrons le relais dans tous les forums utiles. Au gouvernement espagnol, nous demandons d’être sensible. Envers toi, envers ton peuple. Nous savons que les relations internationales sont très complexes, mais il y a beaucoup d’années déjà que l’esclavage, pour les personnes et pour les peuples, a été aboli. Il ne s’agit pas d’humanitarisme : les résolutions des Nations Unies, le droit international et le sens commun sont du même côté, et au Maroc comme en Espagne on le sait.

Nous attendons que l’on laisse Aminatou rentrer chez elle, en pleine lumière, en reconnaissant sa valeur, parce que ce sont les personnes comme elle qui donnent de la personnalité à notre temps. Sans elle, nous serions tous plus pauvres.

Aminatou n’a pas de problème, c’est le Maroc qui en a un. Et il peut le résoudre, il devra le résoudre, non seulement à cause d’une frêle jeune femme, mais aussi à cause de tout un peuple qui ne se rend pas, parce qu’il ne peut comprendre cette irrationnalité, ni cet appétit expansionniste qui appartient à un autre temps, à un autre stade de la civilisation. »

José Saramago (Prix Nobel de littérature 1998)

On trouvera les informations sur la grève de la faim d’Aminatou et les nombreuses actions de soutien qui ont lieu à Lanzarote et partout en Espagne sur le blog suivant :

http://todosconaminatu.blogspot.com/

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