Le PKK une organisation terroriste ? L'injure faite au peuple kurde

Le 7 novembre 2020, le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué se rapportant au Kurdistan irakien, sans rapport avec les Kurdes de Turquie, s'oblige à rappeler que le PKK est considéré par l'Union européenne comme une organisation terroriste. Révoltant et honteux.

Le PKK une organisation terroriste ? L'injure faite au peuple kurde

Le 7 novembre 2020, le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué se rapportant au Kurdistan irakien, sans rapport avec les Kurdes de Turquie, s'oblige à rappeler que le PKK est considéré par l'Union européenne comme une organisation terroriste. Révoltant et honteux. Les Kurdes de Turquie n'ont cessé depuis la fin l'Empire ottoman en 1920 de réclamer leur droit à l'indépendance ou une autonomie au sein de l'État turc. Depuis plus de quarante ans, le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) lutte, avec les armes de la démocratie et des moyens pacifiques. Le refus de toute concession et la brutale répression du pouvoir d’Ankara ne laissant pas d’autres voies, comme les Vietnamiens, comme les Algériens, comme en France, les résistants à l’occupation nazie, les militants kurdes ont eu recours à la lutte armée. Le PKK fut alors qualifié de terroristes. Mettant fin à la lutte armée, en 2013, un cessez-le-feu a été conclu au terme de négociations avec la Turquie, cessez-le-feu que le pouvoir turc n'a jamais respecté, la seule politique d'Erdogan est la violence et la répression. Double peine, non seulement les droits des Kurdes sont niés, mais ils sont qualifiés de terroristes.

Qui sont les terroristes ? Pour connaître la lutte et les souffrances des populations kurdes, mais aussi connaître un bel acte de solidarité militante, il faut lire Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde[1], qui relate de 1994 à 2019, l'engagement des Amitiés kurdes de Bretagne. Ce livre témoigne par les liens créés sur le terrain en Turquie, de la répression des militantes et militants kurdes qui demandent la reconnaissance de leur langue, de leurs traditions, de leur identité. Il témoigne des violences militaires, policières et des forces spéciales, des bombardements et des destructions de villages, des humiliations et des contrôles permanents, des arrestations massives, des tortures, des viols, des procès où la défense est entravée, des prisons, des grèves de la faim jusqu’à la mort, des disparitions, des assassinats en Turquie et à Paris, de l’exil.  Ce livre nous fait entendre la voix de ce paysan : « Si je vous parle, je risque d’être tué, mais vous pourrez dire ce qui se passe ici. Si je ne parle pas, je risque d’être tué quand même, mais personne n’en saura rien » ou celle de Gülcihan Şimşek, incarcérée pendant des années sans jugement qui, apprenant l’assassinat à Paris de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez par les services d’Erdogan, écrit de sa cellule : « Nous avons été réveillés par ces exécutions inacceptables. Pourtant, nous avions prévu de nous réveiller avec des espoirs de paix… »

Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde, c'est aussi le témoignage d'une solidarité exemplaire, que ce soit pour dénoncer la répression, alerter sur les actes commis, appeler au respect des droits de l’homme, mobiliser personnalités et autorités pour intervenir contre l’iniquité des procès et la libération de ceux qui sont dans les prisons. Travail d'alerte indissociable de celui fait avec les Kurdes exilés, confrontés comme l'écrit si justement André Métayer, à « l’abandon de tout pour pouvoir survivre et l’exil comme seule issue, les difficultés, les peurs et les humiliations subies, parce qu’étrangers, l’espoir aussi de retrouver un souffle pour pouvoir, à distance, continuer le combat. » Une solidarité contre la barbarie qui a ouvert le chemin à une compréhension partagée des différences de traditions et de culture et permis que s'établisse une confiance touchant à l’intime.

Une lutte qui a connu ses victoires, évitant les expulsions, des dizaines de réfugiés ont obtenu leur carte de séjour et retrouvé l’espoir, mais il demeure des plaies ineffaçables, celle de Siddik Kaya, son village détruit, grâce à l'entraide qui lie les opprimés, réussit à gagner la France. L’asile politique lui ayant été refusé par l’OFPRA, Siddik Kaya sera renvoyé en Turquie, torturé puis retrouvé mort dans le Tigre.

Vingt-cinq années aux côtés du peuple kurde, c'est aussi une solidarité avec les Kurdes de la Rojava, région annexée à la Syrie par l’accord franco-turc du 20 octobre 1921. Les Yekîneyên Parastina Gel (Unités de protection du peuple kurde) ont, dans le cours de la guerre civile en Syrie, résisté et vaincu Daech à Kobané puis, avec les Forces démocratiques syriennes, elles ont fait tomber Raqqa, la « capitale » de l’État islamique, mettant fin au califat. Mais, comme leurs frères et sœurs en Turquie, sur l’autel de la realpolitik, les Kurdes de la Rojava ont été abandonnés et trahis par la communauté internationale, capitulant devant Erdogan.

Pourquoi un peuple lutte, pourquoi un peuple se soulève-t-il jusqu’à prendre les armes ? Les Kurdes se sont soulevés en Turquie contre les discriminations, les injustices, pour le droit à leur culture, pour leur identité. Akim Birdal, président de l’Association turque des droits de l’homme, le dit, comme un cri : « Le choix qui est imposé au peuple kurde est soit de se mettre du côté de l’État turc, en devenant protecteur de village, soit de prendre son arme et d’aller à la montagne... Ou encore de prendre le chemin de l’exil. »

Mais l’Histoire porte jugement et distingue qui sont les vrais terroristes. Le Tribunal international des peuples a rendu en 2019 à Bruxelles son verdict[2]  : « L’état turc est reconnu responsable du déni au peuple kurde de son droit à l’autodétermination, en lui imposant l’identité turque, en niant l’identité et la présence du peuple kurde, en réprimant sa participation à la vie politique, économique et culturelle du pays, interprétés comme une menace à l’autorité de l’état turc… Le président de l'État turc, Recep Tayyip Erdogan, porte une responsabilité directe pour les crimes de guerre et les crimes d'État commis en particulier dans les villes du Sud Est de l'Anatolie. »

Les Amis kurdes de Bretagne sont porteurs de ce jugement citoyen, comme ils portent le souhait de Gülcihan Şimşek. : « Nous espérons toujours voir la paix arriver sur les ailes d’une colombe ou pousser sur les branches d’un olivier. »

 

[1] André Metayer, Vingt-cinq années au côté du peuple kurde, Préfaces de Mgr Jacques Gaillot et de N. Andersson, dont découle cette contribution : https://www.akb.bzh/vingt-cinq-annees-aux-cotes-du-peuple-kurde/

[2]http://permanentpeoplestribunal.org/wp-content/uploads/2018/05/PPT_JUDGMENT_TURKEY_KURDS_-FR_.pdf

 

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