Faut-il choisir entre Pétain, Maurras, Céline ou Brasillach ?

Démarche électoraliste, le discours « bleu marine » évitant l’excès d’outrances et de vociférations, normalise le rejet de l’autre et brouille l’entendement de nombre de citoyens. Il n’est donc pas besoin, constat « rassurant », d’être fasciste pour voter Front national. Mais plumitifs et causeurs aux principes et à l'éthique débridés, autrement plus pernicieux que ne le furent les provocations du patriarche, tourbillonnent alentour et relayent cette « résistible ascension ».

Par leurs écrits et leurs paroles, ils dressent des murs, légitiment l’exclusion de l’autre, décident qui aime ou non son pays, vulgarisent les haines, grandes et petites, embrument de leurs certitudes le passé et le présent, valorisent le Blanc, l’Occidental, la Chrétienté. Ils ont rédactions et micros ouverts, mais se présentent comme des hérauts proscrits. Qu’il s’agisse de morale, de la place de la femme et de l’homme dans la société, de religion, de l’étranger, de leur jugement sur l’Histoire, le ton est catégorique.

Ainsi, eux (et d’autres) exigent que les musulmans de France – soupçonnés quand ce n'est pas accusés de coresponsabilité - dénoncent (« pas en mon nom »), l’immonde engendré par des pouvoirs autocratiques et les interventions militaires buschienne. Exigence pour exigence, quand, au lendemain du 17 octobre 1961, ont pouvait lire dans Les Temps Modernes, sous le tire « La bataille de Paris » : « Pogrom ; le mot jusqu’ici ne s’écrivait pas en français » et dans Esprit :« La Seine charrie les frères des cadavres qui dorment au fond de la baie d’Alger »,se seraient-ils alors dressés pour dire « pas en mon nom » ?

Ces noirs et ces Arabes qu’ils vouent aux gémonies, faut-il leur rappeler que sur les 300 hommes qui, en mars 1941, à Koufra, ont prêté serment de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Strasbourg, 250 étaient des colonisés et qu’en 1944 la 1re Armée française était composée de 134.000 Algériens, 73.000 Marocains, 26.000 Tunisiens et 92.000 ressortissants d'Afrique noire. Amenant le général de Lattre de Tassigny a écrire que « L'âme commune » de l'armée française de libération « est née de l'amalgame intime et fraternel des 250 000 soldats venus de l'Empire et des 137 000 FFI ». Iront-ils jusqu'à contester que les FFI ont écrit une des plus belles pages de l’Histoire du peuple français et à nier le rôle des tirailleurs, troupes coloniales, combattants d’outre-mer enrôlés qui ont participé à nous libérer du nazisme ?

Ce cercle des défenseurs de la supériorité de l’homme blanc, oublie une évidence : on est toujours le « bougnoule » de quelqu’un. Ainsi, dans l’Essai sur la noblesse de France d’Henri de Boulainvilliers, peut-on lire : « Il y a deux races d’hommes dans le pays », la noblesse française d’origine germanique et le tiers état composé des Gallo-Romains et Boulainvilliers et d’affirmer : « Tous les Franks furent gentilshommes et tous les Gaulois roturiers ». Ce qui était pour Boulainvilliers une réaction à la décadence de la noblesse, devient chez Gobineau le mythe d’un retour à une population pure : les Aryens, cette Atlantide raciale que Friederich List et d’autres placeront dans le monde germanique, ouvrant le champ à des meutes désinhibées de gauleiter pour qui les “sous-hommes” n’ont d’autre horizon que « Nacht und Nebel ».

Ne sous-estimons pas les l’attraction de ces discours nauséabonds, ce sont de tels discours qui ont nourri les certitudes criminelles des Paul Touvier comme des René Bousquet. Certes, l’Histoire ne se répète jamais ; elle bégaye. C’est pire encore. Ne me demandez donc pas de choisir entre Pétain, Maurras, Céline ou Brasillach.

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