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Billet de blog 9 août 2022

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Dix raisons pour lesquelles il faut regarder « l'Amie Prodigieuse »

Basée sur la tétralogie « L'Amie Prodigieuse » d'Elena Ferrante, la série réalisée par Saverio Costanzo raconte le parcours d'une transfuge de classe des quartiers populaires de Naples au milieu intellectuel de gauche.

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Basée (assez fidèlement si mon souvenir est bon) sur la tétralogie L'Amie Prodigieuse (L'Amica Geniale) d'Elena Ferrante, parue à partir de 2012 en Italie (2014 en France), la série, réalisée par Saverio Costanzo et produite par RAI et HBO, raconte le parcours d'une transfuge de classe, Elena Greco, dite Lenù, qui, née dans les années 50 dans un quartier populaire de Naples, intègre le milieu intellectuel de gauche.

Voici 10 raisons pour lesquelles cette série composée (pour l'instant) de trois saisons vaut la peine d'être regardée. (ATTENTION : si ce billet révèle certains éléments de l'histoire, cela n'enlève rien au plaisir que vous aurez à la regarder.)

  1. L'italien. Quel plaisir d'entendre parler non seulement italien mais également le dialecte napolitain que parle toute la famille et les amis d'enfance d'Elena ! Les deux langues manifestent la coupure entre le milieu populaire (qui parle napolitain) et les milieux plus éduqués et bourgeois (qui parlent italien).

  2. L'Italie. Si le quartier de Naples a été reconstitué en studio, les vues d'Ischia, de Naples, de Pise et de Florence sont magnifiques (et cela change des paysages urbains américains!)

  3. Le parcours d'une transfuge de classe. La série montre les efforts d'Elena pour s'extraire de son milieu, les différentes passeur.ses qui l'aident, sa volonté de se conformer aux normes bourgeoises et les va-et-vient entre les deux mondes qui n'ont pas les mêmes codes ni les mêmes références culturelles ni la même langue. Cette position de transfuge, à cheval sur deux milieux, lui vaut des remarques cruelles et blessantes qui lui rappellent qu'elle n'est à sa place nulle part.

  4. Une amitié houleuse. La série est une histoire d'amitié entre Lenù et Lila (Raffaella Cerullo), fille du cordonnier. Lila, également dotée d'une intelligence exceptionnelle, ne bénéficiera pas de la chance d'Elena de poursuivre ses études au-delà de l'école primaire. Les deux personnages évoluent en parallèle, l'une dans un milieu bourgeois, l'autre survivant dans un milieu pauvre et violent. Leur amitié mélange amour, admiration, complicité et jalousie, incompréhension, périodes de silence et d'éloignement.

  5. Le point de vue d'une femme. Tous les événements sont vus et racontés par le prisme d'Elena avec quelques excursions qui adoptent le point de vue de Lila. Leurs yeux voient et montrent les violences sexistes et sexuelles qu'elles subissent aussi bien dans le quartier pauvre de Naples que dans le milieu bourgeois intellectuel de gauche. Elles naviguent entre soumission aux diktats, rébellion ouverte, ou résistance plus subreptice. Les deux parcours d'émancipation ne cachent rien de leurs difficultés ni de leurs compromissions.

  6. La maternité et le travail domestique gratuit. Que ce soit dans un appartement exigu de Naples ou dans un large logement de Florence, la maternité signifie travail domestique gratuit. Ce sont les femmes qui s'occupent des enfants, qui cuisinent pour leurs maris et qui nettoient la maison. La série montre parfaitement la difficulté des jeunes mères à se dérober du temps pour une activité intellectuelle ou un engagement politique aussi intenses que ceux des hommes.

  7. La littérature. Les personnages évoquent en vrac et sans exhaustivité Virgile, Horace, Gramsci, Elena Morante, Starobinski. La série fait la part belle à la littérature de fiction et d'idées.

  8. La vie politique de l'Italie. La vie d'Elena et Lila croise des camorristes, des communistes, des fascistes, les attentats des années de plomb, et la révolution féministe.

  9. La bande-son composée par Max Richter. Ecoutez la marche du violoncelle dans Days go by ou sa recomposition virevoltante des Quatre saisons de Vivaldi ou tout simplement le générique Whispers, tourbillonnant comme la vie.

  10. Les aisselles velues. Alors que dans n'importe film d'époque, la moindre paysanne est très souvent épilée, Lenù et Lila ne s'épilent pas. Elles se baignent, portent de jolies robes colorées, les aisselles poilues.

La série est diffusée sur Canal+ ou s'achète en DVD.Pour en savoir plus sur l'identité supposée de l'autrice de L'Amie Prodigieuse, je vous renvoie à cet article de Médiapart : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/021016/la-vraie-elena-ferrante

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