Macron et les gilets jaunes : le mépris pour aumône

Impréparation, mesquinerie et mépris, voici ce qui caractérise les annonces d'un Président acculé et qui cherche à acheter du temps, mais qui n'entend en rien remettre en cause la politique de classe qu'il mène depuis 18 mois.

« Quand le sage désigne la lune, le sot regarde le doigt ». Tel pourrait être le résumé de l’intervention présidentielle de lundi soir. En effet, alors que le mouvement des gilets jaunes soulève des questions aussi profondes que celles de la démocratie et plus particulièrement de la représentativité de nos gouvernants, de l’accroissement des inégalités et de la précarité ou de l’abandon de territoires entiers où les services publics ne cessent de disparaître, le Président, contraint et forcé, n’a consenti qu’à examiner, qui plus est sous sa forme la plus mesquine et dans la plus grande impréparation, la question du pouvoir d’achat. Et encore, les réponses apportées dans ce domaine ne constituent qu’une forme d’aumône et prouvent le mépris du Gouvernement pour sa population.   

Du mépris car il s’agit pour la plupart d’entre elles de mesures bricolées sur un coin de table, destinées à maximiser l’effet d’annonce tout en minimisant le coût, en veillant évidemment à ne jamais remettre en cause la politique de classe menée depuis 18 mois, qui favorise outrageusement les ultra-riches.

Concernant l’annonce de l’augmentation de 100 euros du SMIC, il ne s’agit nullement d’une augmentation du SMIC puisque, en dépit des multiples déclarations contradictoires, il semble bien que ce soit la voie de l’augmentation de la prime d’activité qui est envisagée. Une véritable augmentation du SMIC possède de nombreuses vertus comme une répartition des richesses plus favorable au travail, un effet de diffusion sur l’ensemble des salaires, qui aurait permis à l’ensemble des salariés de voir leurs salaires progresser, ou une augmentation des cotisations, qui aurait pu permettre d’espérer de meilleures pensions de retraites. Autant d’avantages que n’offre pas cette augmentation de la prime d’activité (qui ne serait d’ailleurs peut-être que de 80 euros, le Gouvernement intégrant dans son calcul l’augmentation légale du SMIC, preuve supplémentaire du caractère mesquin de la mesure), qui de plus ne profiterait même pas à l’ensemble des salariés au SMIC. En effet, les salariés au SMIC dont les revenus du conjoint dépassent un certain seuil ne sont pas éligibles à ce dispositif.

S’agissant de la défiscalisation des heures supplémentaires, au-delà des questions techniques posées (est-il techniquement aisé de défiscaliser ces heures supplémentaires alors même que l’année 2019 sera la première année où le prélèvement à la source s’appliquera ?), le Président ressort des tiroirs une vieille mesure de Sarkozy dont l’inefficacité économique et les effets pervers ont été plusieurs fois démontrés[1]. Une telle mesure est en effet défavorable pour l’emploi (il devient moins coûteux de faire faire 3,5 heures sup par semaine en plus à 10 salariés que d’embaucher un nouveau salarié à 35 heure) et pour l’augmentation des salaires.

Concernant les mesures en faveur des retraités, il convient de souligner que l’annulation de la hausse de la CSG pour certains retraités ne concerne pour l’instant que la seule année 2019. Rien n’est dit pour les années à venir, signe là-encore que le Gouvernement cherche à acheter du temps et espère calmer la révolte, plutôt que de répondre à la baisse à venir des revenus des retraités les plus précaires. Preuve supplémentaire de cette affirmation, le Président n’entend pas revenir sur la désindexation des pensions de retraite sur l’inflation alors que cette mesure aura des effets très nets en matière de perte de pouvoir d’achat.

Quant à la défiscalisation de la prime exceptionnelle demandée « aux employeurs qui le peuvent » (on remarquera qu’il n’est jamais demandé aux citoyens s’ils « peuvent »supporter une hausse du prix des carburants ou une baisse de leur pension de retraite), c’est un formidable effet d’aubaine pour les entreprises qui en ont les moyens. Plutôt que d’augmenter les salaires ou de verser une prime déjà prévue mais dont le montant aurait dû être supérieur, pour produire le même effet pour le salarié en matière de montant net, du fait de la fiscalisation, certaines entreprises pourront profiter de ce dispositif qui leur permettra de faire des économies supplémentaires.

Loin d’être à la hauteur des enjeux, ces mesures seront de plus financées par les salariés, de sorte que l’on reprend d’une main ce que l’on a donné de l’autre. La prime d’activité est en effet financée par l’État donc par l’impôt tandis que la défiscalisation/désocialisation des heures supplémentaires viendra réduire les recettes de l’État et de la sécurité sociale, manque à gagner qui devra être compensé par de nouveaux prélèvements. Ceci aurait pu être l’occasion de diriger ces nouveaux prélèvements vers les plus riches afin d’initier un mouvement vers plus d’égalité en matière fiscale. La non remise en cause de la suppression de l’ISF nous montre, sans surprise, qu’il n’en sera rien.

 

[1] https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/la-suppression-de-la-defiscalisation-des-heures-supplementaires-va-t-elle-creer-des-emplois/

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