Le mari de ma voisine aux géraniums (billet du 6 février) était dans le cinéma et semblerait vouloir y être encore. Chaque fois que je le croise, soit il va place de Clichy, soit il en revient. Le matin, c'est pour y voir un film. L'après-midi, c'est pour un rendez-vous. Je suis ainsi informé de l'actualité cinématographique comme personne. Car il va tout voir. Mais tout. Et bien qu'il estime qu'une bonne part de la production ne devrait pas sortir du salon des gens qui l'ont commise, il reste jusqu'à la fin, son thermos de café entre les cuisses, son portable sur mode avion. Ses rendez-vous sont toujours auréolés de mystère. Un gros producteur, une tête d'affiche, voire une fille qui fait carrière à Hollywood. Le démarrage de son prochain film est imminent, le scénario a plu. Mais les années passent, des projets se cassent la gueule, d'autres naissent et rien ne bouge. Quand je pense à lui, j'essaie d'imaginer ses rêves. Ses rêves de cinéma. Je les imagine fous. Comme des rêves d'amour, de chair et d'extase de Sade emprisonné. Des histoires fantastiques. Des castings féeriques. Des tapis rouges qui montent au ciel. Je me mets à rêver d'une caméra virtuelle qui filmerait ses songes les plus extravagants. Parfois, je vais boire un café à la Brasserie Wepler, place de Clichy (là où il donne ses rendez-vous). Nous ne nous y sommes jamais croisés. Mais j'y vois souvent quelqu'un qui me fait penser à lui. C'est un homme qui a réalisé un très gros succès dans les années '90 et plus rien depuis. Il est, lui aussi toujours en rendez-vous et je vois à ses airs et à ses attitudes qu'il rêve lui aussi de cinéma. Ses bras, souvent grands ouverts, battent et brassent un air vers lequel, il semble ne plus pouvoir s'envoler, peut-être plombé par son trop grand poids de rêves.
Billet de blog 4 mars 2011
Jeudi 3 mars, La vie rêvée des rêves ?
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