Après Corté (billet d'hier), la vie reprend le dessus (prends ça, Pascal Paoli). Un arbre dans la brume vous émeut aux larmes - c'est le contrecoup - un merle sur la neige vous rappelle votre entrée en CM 2, deux nuages isolés, deux bonnets 95C. Au volant de votre camion vidé, vous êtes Paul Mc Cartney (période Sgt Pepper's), vous sifflez Let it be et, à la vision du sandwich que vous allez avaler avant le prochain col, vous avez une nouvelle pensée émue pour l'homme qui a eu un jour la bonne idée de glisser une tranche de jambon entre deux de pain, autrement dit, pour l'inventeur du sandwich (un Comte norvégien qui, retiré à la campagne dès 1738 et vivant sur un petit héritage, a consacré une grande partie de sa vie à chercher la superposition idéale de dizaines de denrées alimentaires). Au col, vous marquez une pause et, face aux cimes enneigées, vous vous promettez de relire tout Proust, de vous réinscrire en fac, d'apprendre l'arabe, le chinois et l'hébreu. Bref, tout va bien (prends ça Lexomil). La dernière étape de votre mission consiste à rapporter le camion à Marseille. Vous allez quitter la Corse par Ajaccio. Ouf ! La quitter par Bastia vous aurait en effet contraint à retraverser Ponte-Leccia, ce qui ne serait vraiment pas de chance. D'une humeur aventureuse et romantique, vous dévalez les lacets vers la mer en songeant que ce qui va suivre n'est qu'une promenade de santé. Que vous n'aurez qu'à vous laisser bercer par les flots jusqu'à Marseille, puis par les doux paysages de la France profonde que vous traverserez à 300 km/h pour retourner chez vous, à Paris, au coeur de la civilisation. Erreur ! Votre loueur se trouve en haut de la Canebière et ce haut de la Canebière, vous l'atteignez donc par un dimanche matin d'hiver pluvieux et venté. Il est 7h. Le garage ouvre à 9. Vous avez deux heures devant vous. Deux bars ouverts. Un mauve et un jaune. Devant, des arabes, des noirs, des mendiants. Vous franchissez le seuil du mauve jonché de mégots, de sciure et de tickets de PMU. Vous entrez dans un tableau de Jérôme Bosch - La nef des fous. Tronches de mérou, de rascasses et de dromadaires. Odeurs de bière, de vinasse et de tabac froid. On vous y vend 1,80 € un café (au comptoir) après vous avoir regardé de travers. Deux clients sur trois bourrés. Vous ressortez rapidement pour entrer dans le jaune. Même tableau, en pire. Six hommes plongés dans leurs bières, café au même prix, vous n'avez qu'un billet de vingt euros. Le patron vous chambre et sollicite ses clients pour l'aider à vous faire une blague. L'un d'eux revient à lui et se retrouve - faute de blague - à sortir les poubelles pour le patron en gueulant - Mais putain, c'est dimanche !
Billet de blog 17 mars 2011
Dimanche 13 mars, Putain, c'est dimanche !
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