Le soir pour m'endormir, mes doudous préférés sont Les Inrocks et Le Monde 2. J'en récupère de vieux exemplaires à la Maffiosa (pas la meilleure pizzeria des Batignolles mais, de loin, la plus agréable) et, dans un premier temps, j'ai toujours l'impression que je vais y découvrir quelque chose. Et puis non. Quelque soit le sujet, c'est toujours la même rengaine. Le même ton - volontairement incisif d'une part (un peu coup de poing, comme le théâtre et le cinéma à la mode depuis une dizaine d'années) et ostensiblement nuancé de l'autre. Jamais rien qui puisse les mettre en questions, eux. Il y a aussi de ça chez de grands (et admirables) artistes. Ils font toute leur vie la même chose. Et d'autant plus que quand ça commence à se reconnaître, à "marcher" et, donc à se vendre. C'est fou le succès qu'atteignent certains artistes quand leur travail n'a plus aucun intérêt. Il faut dire que certains ont tellement trimé pour en arriver à être vus qu'il ne vont tout de même pas s'emmerder ensuite à faire autrement. Et si nous, les clients, on a juste besoin de passer un petit moment douillet pour dormir tranquille - il n'y aucune raison que ça change. Dans les Inrocks, ils sont tous habillés pareil. Même les jeunes. Les jeunes s'habillent comme moi il y a quarante ans. En 1970, il ne me serait pas venu à l'esprit de m'habiller comme dans les années '30 - comme mon grand-père (quoique). Dans Le Monde 2, ils en sont à nous vanter, via un artiste local, les "bonnes raison d'aller" dans telle ou telle ville (Restos, musées, cafés, art contemporain...). On n'est plus très loin du magazine d'Air France. Bon, on y reviendra parce que pendant ce temps, en France, les fascistes grimpent dans les sondages. Suivis de près, dans les idées et les projets, par une bonne partie de la Droite - et la Gauche, alors ? Dans Aprile de Nanni Moretti, on le voit regarder un débat télévisé entre Berlusconi et D'Alema (je crois). À un moment, excédé par l'apathie de D'Alema, Moretti se met à crier (de mémoire) - Ne te laisse pas entraîner là-dessus, dis quelque chose, réponds, je t'en supplie, dis-quelque chose - Dì qualcosa di sinistra ! Dis quelque chose de Gauche...
Quelque temps avant sa mort, il paraît que Serge Daney avait laissé en annonce sur son répondeur - Soyez sympa, dites quelque chose.