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Billet de blog 19 mars 2011

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Mercredi 16 mars, Racisme pas ordinaire à Paris

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Un jour de l'hiver dernier, angle rue de Lévis, rue Legendre (17è), une femme noire se fait copieusement insulter par un blanc. Elle, grosse jeune femme, nounou de trois enfants blancs dont un au berceau. Lui, grande armoire à glace d'une vingtaine d'années, pantalon militaire, crâne rose et rasé. Quand j'arrive, ça gueule déjà très fort et je crois comprendre qu'elle a traversé trop lentement au passage protégé et que ça lui a porté sur le système. Il lui hurle de "rentrer dans son pays" et d'aller se "faire mettre par des négros de son espèce". Elle lui hurle encore plus fort de fermer sa "grande gueule de con"et qu'elle est ici chez elle "autant" que lui. Autour, ça proteste. Instinctivement, je vais demander à l'homme de rentrer dans sa voiture et de laisser tomber. Des femmes (blanches) demandent à la Noire de ne pas insister - ça va déjà trop loin. Le grand type me gueule que c'est à elle de dégager et pas à lui, il est chez lui, et si je continue, je sens que je vais me prendre au mieux une droite, au pire un bon coup de boule. Aussi, je ne fais pas trop le malin et jugeant que la situation est en impasse et que ça ne peut que dégénérer, je persiste à essayer de le faire rentrer dans sa bagnole et partir pour que ça s'arrête. Pendant ce temps, l'autre qui ne lâche rien vient lui cracher sur la voiture et même, par une vitre ouverte, sur les fauteuils. Curieusement, la fureur de l'homme ne monte pas d'un cran. Il ouvre son coffre (là, j'ai peur), il en sort un... rouleau de sopalin et éponge les crachats tout en continuant à dégueuler ses ordures. Arrive, d'un pas rapide et nerveux, un petit jeune homme blanc et musclé qui ordonne au grand de "fermer sa gueule", de "dégager" et à la nounou de considérer qu'elle a la responsabilité de la sécurité de trois enfants et qu'elle n'a pas à les exposer à ça. Donc "Madame, vous rentrez là où vous devez aller" et "toi, tu arrêtes de parler comme ça, il ne faut pas parler comme ça, tu montes dans ta caisse et tu rentres chez toi". L'énervé répond que dans ce "pays de merde, lui, on le tutoie, l'autre on lui dit Vous" et qu'il rentrera où il veut en démarrant bruyamment. La nounou s'éloigne. Fin.

Depuis que j'ai raconté une scène de racisme ordinaire en Corse (billet du 28/02), je pensais à celle-là. Et je ne pouvais pas m'empêcher d'essayer de les comparer. En Corse, il est impensable qu'une femme (noire ou pas) soit insultée ainsi dans la rue. Ou alors, peut-être, par une autre femme. Il est d'ailleurs extrêmement rare que l'on s'y insulte dans un espace public. Le recours à la violence, voire à la violence armée, étant toujours possible, on fait gaffe. Et puis, on ne sait jamais à qui on a affaire - à quelle famille appartient la personne que l'on a en face de soi. Quand je suis arrivé à Paris, j'étais vraiment étonné d'entendre des gens s'insulter. Dans la rue, au volant. Et sans que cela ne prête jamais vraiment à conséquence. En revanche, bien que je connaisse en Corse beaucoup de gens non racistes - des gens vraiment magnifiques - j'y ai toujours entendu beaucoup de propos relevant - à des degrés divers - du racisme. Et là où ils sont le plus effrayants, comme sans remède, c'est quand on sent qu'ils sont très profondément enracinés. Qu'il semble aller de soi pour finalement beaucoup de gens en Corse que l'Autre (non corse et plutôt arabe) peut, par sa seule existence, nuire à la leur. Cela n'est certes pas spécifique à la Corse. C'est vrai. Aujourd'hui, le racisme se manifestant même au sommet de l'État, les lignes rouges ont été dépassées dans tous les milieux et dans toutes les régions. Alors "J'ai un rêve" a prononcé un jour à la tribune de l'Assemblée de Corse un de nos plus vieux et respectables hommes politiques qui aime se référer aux grands de ce monde. Ce à quoi un autre lui aurait soufflé, une fois descendu du perchoir - "Le rêve passe".

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