noël casale (avatar)

noël casale

Abonné·e de Mediapart

280 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 avril 2012

noël casale (avatar)

noël casale

Abonné·e de Mediapart

Vote de la "colère" ou vote de la connerie

noël casale (avatar)

noël casale

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis une trentaine d'années, j'entends que le vote pour le Front National est un vote de "colère", de "protestation". Dans le même temps, j'ai rencontré et discuté pendant des heures avec des dizaines d'électeurs du F.N. en Corse du Sud, dans les Bouches du Rhône, en Seine Maritime, en Île de France et dans le Nord. Je n'ai presque jamais rencontré parmi eux des gens en colère. J'en ai vu beaucoup à bout. Travailleurs pauvres, marginaux, désocialisés, exclus de l'école, petits commerçants effrayés, mères isolées, suicidaires, toxicomanes, racistes décomplexés (Marseille), retraités épouvantés par les journaux télévisés... Des gens qui vous disent franchement pour qui va leur scrutin ou qui ont encore un peu conscience que "ce n'est pas beau", comme cette femme d'Ajaccio dernièrement qui me disait, "Ce n'est pas beau ce que je vote, mais que voulez-vous, il y a des matins, vous voyez ma fenêtre, je suis au huitième étage, eh bien, j'ai envie de me foutre vraiment par la fenêtre. Oui, je vote Marine, parce qu'il y a qu'elle qui peut changer les choses". Alors je veux bien croire qu'il y aurait des gens (démunis) en colère qui votent pour un parti (une famille) raciste et xénophobe mais je ne comprends pas le lien systématique entre la colère et la connerie. Parce que voter F.N. c'est con. Je ne dis pas que la personne qui vote est (forcément) conne mais que son geste l'est. Le seul point commun aux élécteurs F.N. que j'ai rencontré est le désespoir - l'absence quasi-totale du moindre espoir que quelque chose change dans leur vie. Et le filon des Le Pen, c'est ce désespoir. Père et fille se vautrent sans honte dans ce désespoir. Il y a des millions de gens en France qui croient vraiment, mais vraiment, que les Le Pen pourront changer quelque chose à leur vie. Et ce qui est d'autant plus étonnant (et dégueulasse), c'est que le F.N. ne leur donne rien. Concrètement que dalle. En Corse, par exemple - notre chère et belle île d'amour qui a encore perdu une occasion de se taire et de se distinguer (Le Pen et N.S. en tête au coude à coude) - le F.N. en tant qu'appareil est inexistant. Leurs représentants n'ont rien à dire. Mais rien. Sur le terrain, il n'y a personne. Et d'ailleurs qui est sur le terrain ? Des travailleurs sociaux, ça oui, et ils font un travail extraordinaire. Quand on les voit à l'oeuvre devant tant de misère, on se demande vraiment où ils trouvent leur force. Et puis même quand il y a quelque chose, quand il se passe vraiment quelque chose - comme le remarquable Projet de Rénovation Urbaine en cours dans les quartiers des Cannes et des Salines à Ajaccio - une grande partie de la population ne le voit pas, ne le voit littéralement pas. - Regardez, Madame, là sous la fenêtre de votre salon, vous voyez ce gros chantier, c'est une école primaire en construction selon les meilleurs normes écologiques. À la rentrée prochaine, votre enfant sera là. - Ah bon, ah oui, je n'avais pas fait attention. Bon , mais pour en revenir (et pour en finir) avec ce "vote de la colère", parlons un peu de nous, les gens de Bastia qui ne sont pas nés dans la cuisse de Jupiter dans les sixties, de nos parents et de nos grands-parents. Le 20 du mois, on était tous plus ou moins logés à la même enseigne. Pain et vinaigrette et un poulet rôti le dimanche en attendant la paie de papa et l'argent des ménages de maman. J'exagère à peine. Que des énervés, des violents, des sangs chauds, des gens très en colère. Alors, il y avait le Parti. Le Parti a disparu, nos grands-parents avec, un peu nos parents et pas mal d'entre nous. Et la dernière fois que ma grand-mère a voté (un an avant sa mort), c'est un jeune du Parti qui est venu la chercher en voiture dans son H.L.M. parce qu'elle avait trop mal aux jambes pour aller à pied jusqu'au bureau de vote. Je lui ai demandé - Il ne prend que toi dans ton escalier ? Et elle m'a répondu - Eh oui, quì stannu tutta a ghjurnata davant'a television e sò pieni di cachets. Cosa vuoli che lì votanu ? Votanu pè i fascisti ! / Ici, les gens passent leurs journées devant la télé et ils sont plein de cachets (comprendre tranquillisants et anti-dépresseurs). Qu'est-ce que tu veux qu'ils votent ? Ils votent pour les fascistes !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.