1. Vous avez quitté la Corse à vingt ans, vous en avez vingt de plus. Votre téléphone sonne. C'est Jeanine, votre grande histoire du CM1. Justement, elle organise les retrouvailles des huit élèves que vous étiez alors (si loin de tout).
A/Vous prenez l'accent parisien et feignez de vous étonner de vous découvrir un homonyme avant de lui souhaiter bonne chance à cette cruche qui ne voulait jamais mettre la langue.
B / Votre pouls s'accélère à la pensée du grand demi-frère de Jeanine. Celui qui faisait du Culturisme dans sa cave à l'abri des regards, sauf du votre (déjà moins innocent).
C/ C'est plus fort que vous, dès que la Corse vous rappelle, vous recommencez à rouler les R. Vous faites semblant de vous inquiéter de l'avenir des enfants du premier mariage de Jeanine avec Boubacar Diouf. Ils ont du mal à s'intégrer à Ajaccio.Vous pensez - Si t'avais mis la langue, espèce de dinde, on aurait repeuplé la Corse avec des petits Corses. Des vrais.
D/ Ça c'est vraiment vous. Vous dites à votre épouse avachie devant Plus belle la vie que vous allez descendre les poubelles et, du vide-ordures, vous rappelez Jeanine mais vous tremblez tellement que vous faites le numéro de votre femme qui vous signale que vous êtes parti sans la poubelle. Soupçons.
2. Vous ne soupçonniez pas la détérmination qui anime Jeanine. Un an plus tard, vous êtes attablé devant trois pavés de lasagnes à la brousse et aux blettes en compagnie de dames enrobées et de bons vivants qui rient pour rien (les bons vivants vous dépriment).
A/ En vous concentrant sur ce qu'il reste des fossettes de Jeanine, vous revoyez le maquis de votre enfance. Vous jouiez souvent au grand homme qui influe sur le destin du monde. Si elle avait mis la langue cette cruche, vous n'auriez pas joué aux cow-boys jusqu'à treize ans.
B/ Putain, c'est qui la loque humaine près de Jeanine qui se ressert des lasagnes en rotant et que les autres appellent Bob l'éponge. Quoi ! C'est son frère, ce gros tas de gélatine ! Heureusement, Jean-Féfé est là et il n'a pas trop changé. Ses déhanchements sur Rivers of Babylone en 86 sur la plage de Calvi vous avaient fait oublier Tchernobyl (dix ans d'analyse pour mettre des mots là-dessus).
C/ Vous prenez l'air satisfait et pour mettre un peu d'ambiance, vous racontez La Légion saute sur Kolwezy ou les contes et légendes du G.I.G.N. Tout en riant avec cette bande de ploucs, vous épiez ceux qui rient jaune.
D/ Vous avez écouté poliment le récit des dépressions de Jeanine, de Françoise, de Lucette et de Brigitte. Mais elle sont restées au village. Vous exaltez l'art de vivre au village en pensant qu'une de ces cruches vous imagine comme l'antidépresseur idéal quand votre épouse leur raconte que vous êtes allergique au pollen. Vous vous resservez rageusement du fromage de chèvre.
3. Avec eux, c'est toujours pareil, ils ne savent plus s'arrêter. Après le repas, c'est la tournée des bouges. À trois heures du matin, c'est l'orgie.
A/ À la vision de Bob l'éponge torse nu, en pagne tahitien trop court, servant à la louche un cocktail de son invention (gin-vodka-tequila-grand Marnier - banga), vos rêveries sur les bonnets 95 D s'effondrent. Vous avez une pensée émue pour un vieux tube de Richard Anthony -"Tiens, qu'est-ce qui m'arrive aujourd'hui, je suis amoureux de ma femme"(qui sait au moins se servir de sa langue, elle).
B/ Vous lâchez prise. Entre Bob l'éponge qui s'est enfermée dans l'arrière salle de billard avec une brebis égarée et qui hurle - On a les boules mais y a qu'une queue... et Jean-Féfé qui supplie Kevin fromWaterloo (le fils gominé de Jeanine) de lui remettre pour la onzième fois Rivers of Babylone, vous n'hésitez plus. Vous attrapez Jean Féfé par le débardeur (moulant) et lui criez à genoux - Jean Féfé, tout ce chemin qu'il m'a fallu faire pour arriver jusqu'à toi !
C/ La world music, très peu pour vous (surtout le Raï). Au second couplet de Aïcha, Aïcha (repris en choeur par ces dindes en sueur), vous regardez Kevin from Waterloo droit dans les yeux. Il s'agenouille devant vous, baise votre chevalière, vous lui pincez la joue. La B.O du Parrain passe en boucle jusqu'au lever du jour.
D/ Après avoir lu tout Shakespeare en anglais sur la grande roue du Millenium et tous les poètes arabes classiques dans la fraîcheur des berges du Nil, vous pensiez avoir atteint le zen. Mais à quatre heures du matin déboule Jessica, la fille de Jeanine, de retour d'un concours de sosies à Cuba (elle est le sosie officiel de Pénélope Cruz). Elle vous propose une initiation à la Salsa en vous apprenant que le but de l'homme est "d'asseoir la fille sur son membre". Pris de tremblements incontrôlables, vous demandez - Lequel ? (fucking Fidel).
Vous avez un maximum de:
A: Pas de doutes, vous rappeler vos liens à la Corse vous indispose. Un Corse à l'horizon, vous riez jaune et vous avez honte. Et beaucoup de Corses ont honte de vous. Vous êtes Jean Tiberi.
B: Aucune personnalité. Vous en souffrez. Mais l'appel de Jeanine vous ouvre une voie. Vous rentrez au pays et devenez militant nationaliste tendance écolo.
C: Pour vous Ricard rime avec Dollar. Les tapes dans le dos en ricanant, c'est vraiment vous. Mais votre double jeu est tout de même visible et on doute que vous soyez vraiment corse. Vous êtes Charles Pasqua.
D: Désoeuvré, vous vous traîniez quelque peu. On vous sent toujours un peu dans l'ombre, en retrait. Trop émotif pour les grandes occasions. Vous retournerez toujours à vos livres, en Corse ou ailleurs, cela n'a aucune importance. Vous êtes Lucien Bonaparte.