L'écologie politique est-elle soluble dans l'élection présidentielle?

La récente défection de Nicolas Hulot, qui ne sera donc pas candidat l’élection présidentielle de 2017, renforce la crise de l’écologie politique et nous oblige à repenser notre rapport à ce moment majeur de la vie politique française.

La récente défection de Nicolas Hulot, qui ne sera donc pas candidat l’élection présidentielle de 2017, renforce la crise de l’écologie politique et nous oblige à repenser notre rapport à ce moment majeur de la vie politique française.

En annonçant ce week-end l’organisation d’une primaire, Europe-Ecologie-Les Verts a rouvert la boite de Pandore, dont sortira une nouvelle candidature de témoignage. La question que je me suis posé, avant de renoncer à m’engager dans cette aventure sans lendemain, est bien celle-ci : une candidature écologiste sans processus de rassemblement, est elle crédible, utile et souhaitable ?

Crédible ? Certainement pas.  En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les louvoiements politiciens , la somme des petits renoncements, l’accaparement par une « firme » de cet espace politique pourtant si prometteur, ont réduit l’écologie politique à sa plus simple expression…Loin des 16 % réalisés aux élections européennes de 2009. Le formidable élan donné par Dany Cohn- Bendit, José Bové, Eva Joly et quelques autres, a été détruit par ceux qui ont verrouillé l’appareil à leur profit… Avant de rejoindre sans vergogne la cohorte des soldats perdus du gouvernement Hollande-Valls, qui n’a eu de cesse de piétiner l’écologie, de Notre-Dame-des- Landes à Fessenheim.

Utile ? Pas plus. Le vote à gauche va se départager entre ceux qui, par crainte d’un 21 avril annoncé, considéreront que la droite et l’extrême droite sont le danger immédiat et ceux qui, se souvenant de 1969, estimeront qu’il est possible d’en finir avec l’hégémonie que la gauche néoconservatrice exerce sur la gauche sociale, écologique et morale depuis quatre ans d’inversion des valeurs.

Mais il ne suffira pas de desserrer l’étau et d’imposer un discours de changement positif pour espérer réaliser un score supérieur à 5%. Croire qu’une élection présidentielle peut tout changer est une illusion. Comme fut une illusion, révélatrice de notre faiblesse, notre « dévotion » nouvelle à Nicolas Hulot  - qui n’en demandait pas tant ! -  en totale contradiction avec notre soi-disant répulsion pour les hommes ou les femmes providentiels. Hors de Hulot, point de salut. Nous l’avons tous dit et répété comme un mantra et nous voilà désemparés comme des enfants sans père !

Souhaitable ? Décidément, la « mère des batailles », cette rencontre entre un homme et son peuple, selon la formule de De Gaulle, n’est pas faite pour notre famille politique. Les écologistes ont une pensée à la fois locale et globale qui ne s’articule pas avec l’Etat nation, organisateur de la joute entre des chevaliers d’un Royaume en voie de disparition, la Vème République, centralisée, jacobine et plébiscitaire. Le 7 mai 2017, à 20 heures, un visage s’affichera sur les écrans et … rien ne changera, sinon qu’un autre homme, sans doute de droite, qui continuera obstinément la même politique que le précédent.

Une révolution verte est nécessaire, mais elle se construit d’abord dans des pratiques sociales et écologiques nouvelles. La société change par le bas. La Révolution française a signé l’aboutissement d’un cycle de transformation, commencé par la bourgeoisie des dizaines d’années plus tôt, avec sa prise de pouvoir dans les bourgades et les villes et sa richesse accumulée par la colonisation et la traite négrière.

Aujourd’hui, un tel changement est à l’œuvre avec la mondialisation, qui n’offre qu’une alternative : écologie ou barbarie.  Cela s’appelle la transition. Accompagner politiquement ce mouvement veut dire, d’abord, se débarrasser de l’illusion productiviste dans nos têtes et dans la réalité…Sauf que la présidentielle est le contraire de ce message, parce qu’elle oblige à une surenchère dans la démagogie et dans les promesses non crédibles. En fait, sous sa façade démocratique, l’élection présidentielle anémie l’activité politique et en pervertit l’esprit.

Participer pour éveiller les consciences avait été utile en 1974, quand René Dumont avait brandi un verre d’eau devant les caméras pour faire comprendre l’enjeu de la raréfaction des ressources naturelles. Depuis, les candidatures se sont succédées sans nous permettre de nous inscrire dans l’espace politique autrement que de manière marginale. Il faut en tirer la conclusion.

Voilà pourquoi je comprends la démarche de Nicolas Hulot, qui veut intervenir par d’autres moyens que la participation directe à l’échéance présidentielle pour promouvoir l’écologie. Son pacte de 2007 a débouché sur le Grenelle de l’Environnement, concrétisation d’une négociation sur les questions essentielles de la biodiversité, de l’énergie et des ressources naturelles, entre partenaires qui jusqu’ici s’ignoraient. Nous avons besoin d’un « Grenelle 2 », qui acte des changements concrets dans la société française, qui soit un levier pour l’Europe de l’environnement et qui réalise le lien entre le social et l’écologie. Pour ce faire, notre famille politique doit s’auto dépasser si elle ne veut pas être condamnée à ne rester qu’une niche dans le débat national.

Construire un rassemblement qui permette à l’écologie de devenir la force motrice de la société du bien vivre, de la post croissance, convivialiste et cosmopolite, ne se réduit pas à une élection pipée qui repose avant tout sur la dictature de la com., de l’émotion et de l’argent. Reconstruire l’écologie politique est une nécessité, mais elle passe d’abord par l’engagement citoyen au plus près du terrain. Pourquoi ne pas préparer un rassemblement dans chaque circonscription, pour préparer les élections législatives  avec toutes celles et tous ceux qui veulent soutenir la transition, indépendamment de leurs étiquettes?

La gauche debout existe. Elle s’est réunie dans un combat commun contre la Loi Travail, contre la déchéance de nationalité, contre les grands projets inutiles, comme  Sivens, Notre-Dame-des-landes, Cigeo… Il faut passer du contre au pour. Et ne plus s’en remettre au choix d’une personne devenue un produit à l’obsolescence programmée le temps d’une élection spectacle. L’écologie politique vaut mieux que cela. 

P.S/1. La France a perdu. Le Portugal a gagné. La parenthèse enchantée de l’Euro est terminée. Pendant ce temps-là le 49.3 est passé comme une lettre à la poste. Goldman Sachs a embauché Barroso, démontrant à quoi servent les eurocrates et Total attaque l’Algérie en justice pour récupérer une part de la rente pétrolière. L’immobilier britannique nous rappelle la crise des subprimes, tandis que Daech multiplie les attentats à Istanbul, Bagdad et Dacca… Les jeux du stade passent, la dure loi de la réalité s’impose.

Au revoir jusqu’au premier septembre.

 

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