L'avénement du jeune monarque républicain

La cérémonie de passation des pouvoirs a confirmé la soirée électorale du second tour. Nous assistons au retour en force de la monarchie présidentielle, « old school ».

La cérémonie de passation des pouvoirs a confirmé la soirée électorale du second tour. Nous assistons au retour en force de la monarchie présidentielle, « old school ». Emmanuel Macron surjoue son rôle de petit prince devenant Roi. Le nouveau Président, maitre des horloges et des images, veut montrer avec ostentation qu’il rompt avec la vulgarité de nouveau riche qu’affectionnait Nicolas Sarkozy et la normalité de son prédécesseur.

Ce retour en grâce de la fonction présidentielle a pour modèle De Gaulle. Comme si, 60 ans après, nous assistions à la renaissance de la Vème république. Pourtant l’Histoire, comme le souligne Karl Marx, l’auteur du « 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte », paraphrasant Hegel, s’écrit toujours deux fois : la première en tragédie, la seconde en farce. Emmanuel Macron reprend la langue, la gestuelle, les rites, instaurés par l’homme de Colombey - les -Deux-Eglises. Mais cette langue, ces gestes, ne sont que des postures et cachent mal l’appétit d’une génération de prédateurs, qui s’apprêtent à dépecer ce qui reste du programme du Conseil national de la Résistance.

La réapparition du spectre de De Gaulle, la mise en scène de l’apparat et des ors de l’Elysée, ne sont qu’un leurre pour faire oublier la crise profonde d’un régime touché par l’obsolescence. Ce n’est pas en marchant lentement, en remontant les Champs Elysées en voiture blindée ou en les redescendant dans une voiture héritière de la DS noire présidentielle qu’on se glisse dans les habits du Général. Ce n’est pas en singeant le splendide isolement du monarque, qui décide seul au-dessus du système partidaire, qu’on restaurera l’autorité et la légitimité défuntes d’un système à bout de souffle. C’est pourtant ce qu’apparemment le nouveau Président s’évertue à démontrer par les images depuis le 7 mai à 20 H.

« Si les Français veulent un roi président, je leur en fabriquerai un, en tout bien tout honneur », semble nous dire à chacune de ses sorties le prince du peuple des start-up. Pourquoi pas ? Mais il y a un flou et donc un loup, comme dirait la grand -mère de Martine Aubry. Et ce loup, c’est qu’en 1958, De Gaulle, fort se son rôle de général de la France libre, de sa traversée du désert, s’appuyant sur la volonté de mettre fin à la guerre d’Algérie,  avait les moyens de sa politique. 2017 n’est pas 1958. Et Emmanuel Macron risque de sortir à ses dépens de cette ambiguïté. Certes, le clivage gauche-droite est moins prégnant que jadis, mais la régénération du mythe néo-archaïque gaullien, bonapartiste ou royaliste, ne résistera ni aux premières nominations, ni aux élections législatives ni, surtout, aux premières décisions. Ces dernières s’apparenteront plutôt au « coup d’Etat permanent », dénoncé par François Mitterrand, avec la procédure autoritaire des ordonnances décrétées en plein été. De Gaulle avait eu cinq ans devant lui pour faire prospérer son régime avant le réveil du mouvement ouvrier lors de la grande grève des mineurs en 1963. Le temps s’accélérant, Emmanuel Macron aura moins de cinq mois pour casser le Code du travail et comme il le dit : « libérer les énergies et les entreprises ». C’est pour cette raison qu’il veut  marginaliser ses « frondeurs » éventuels, comme Manuel Valls et François Bayrou, annihiler la gauche et briser la droite. Dans les pas de De Gaulle il a besoin d’un Parlement godillot, rebaptisé « Société civile » et entièrement à sa botte, car rempli de parlementaires sans autre légitimité que de dépendre de son bon vouloir. Certes, le Parlement n’a jamais été qu’une chambre d’enregistrement. Mais là, plus question de s’embarrasser d’états d’âme qui renforceraient la révolte de la populace à l’ère du management de crise. Avec son discours d’Alger, dans lequel il leur racontait une fable se terminant par « Je vous ais compris », De Gaulle s’était mis à dos les colons d’Algérie. Emmanuel Macron  lance la même tirade mais, cette fois, à destination de tous les Français, ajoutant «  je vous aime tous ». Pas sûr que les vieilles ficelles fonctionnent. De Gaulle s’était servi de la guerre d’Algérie pour camoufler son vrai projet : en finir avec les structures archaïques de la Troisième et de la Quatrième République, adapter la France à la logique du capitalisme financier ; Emmanuel Macron justifie de la nécessaire guerre à mener contre le terrorisme pour masquer son projet de guerre sociale. Je ne suis pas certain qu’une majorité de Français adoube son objectif réel : faire de la France la vitrine de la mondialisation néo-libérale.

 

Le président aura peut-être restauré le clinquant de la Vème, mais la nomination d’Edouard Philippe au poste de Premier ministre n’a pas de quoi rassurer ses fans issus de la gauche hollandaise et doit nous convaincre de défendre avec encore plus de force notre projet écologiste d’une société plus juste et plus tolérante.  

 

Noël Mamère

Le 15/05/2017.

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