Trump et la droitisation du monde.

De quoi Trump est-il le nom ? Le 45ème président des Etats-Unis est passé de la Trump Tower à la Maison Blanche, sans rien changer à sa rhétorique de combat, xénophobe et raciste, sexiste et homophobe, ultra-libérale et anti écolo, contre les minorités, les pauvres et tous ceux qui n’adhèrent pas au credo de l’homme blanc.

De quoi Trump est-il le nom ? Le 45ème président des Etats-Unis est passé de la Trump Tower à la Maison Blanche, sans rien changer à sa rhétorique de combat, xénophobe et raciste, sexiste et homophobe, ultra-libérale et anti écolo, contre les minorités, les pauvres et tous ceux qui n’adhèrent pas au credo de l’homme blanc. Il met en place une équipe composée de militaires revanchards et de businessmen pétroliers et financiers. Son mode de gouvernance s’avère improbable, mais il est là et bien là, pour au moins quatre ans. 

Même s’il est déjà contesté par des millions d’américains et surtout d’américaines, qui ont manifesté dès le lendemain de son investiture, sa présidence est soutenue par un bloc social réactionnaire, qui ne se limite pas aux ouvriers blancs des ceintures industrielles en crise.  Contrairement à ce qu’on a dit durant toute la campagne américaine, le patronat US n’est pas, en soi, contre Trump.  Comme toujours, il est pragmatique et estime, pour le moment du moins, que ses intérêts sont protégés par l’abaissement des impôts sur les sociétés…Mais pas forcément par le bras de fer annoncé avec la Chine et les attaques contre l’Europe ….Wait and see !

 

La question se pose est bien de savoir si le « trumpisme » n’est qu’un accident de l’histoire américaine ou si, au contraire, il n’est que le révélateur d’une tendance qui déborde largement les frontières du nouveau monde. Force est de constater que les raisons du vote Trump se retrouvent aussi en France et dans d’autres pays européens : déclassement et baisse du revenu des classes moyennes - et notamment de l’aristocratie ouvrière, perte d’identité culturelle de ces mêmes classes face à la mondialisation et aux phénomènes migratoires, sentiment d’abandon par un Etat qui ne remplit plus ses fonctions de régulation… Autant de frustrations qui, ici, nourrissent le vote FN, la montée de la droite chrétienne Filloniste et la crise de défiance vis-à-vis du système partidaire. Le chômage de masse structurel et le basculement de l’axe du monde, de l’Atlantique vers le Pacifique, forment le décor de ce changement politique majeur.

Plus qu’une droitisation du monde, la demande d’autorité exprime le désarroi des populations face au chaos géopolitique et aux mutations technologiques sans précédent qu’elles subissent avec un grand sentiment d’impuissance et de dépossession. Cette  droitisation du monde a déjà existé, au temps de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, qui ont imposé leur agenda politique et économique, en dérégulant et en privatisant à marche forcée et en ouvrant la voie à la globalisation financière ; La chute du Mur de Berlin en 89 et la fin de l’URSS n’ayant  fait qu’accélerer ce mouvement.

Aujourd’hui, nous sommes dans une autre phase, où la droite et la gauche historiques, nées de la conjonction  de la  démocratie parlementaire, de l’Etat-nation et de la révolution industrielle, s’effacent au profit d’un autre Récit. Le village global qui leur succède met à mal ces catégories politiques traditionnelles, issues de la Révolution Française, et fait naître ce que l’on appelle improprement des « populismes » qui ne sont, en fait,  que l’expression d’une recomposition générale des forces politiques autour des « perdants » et des «  gagnants » de la globalisation et de la peur qu’elle suscite, mais aussi en fonction de nouveaux axes tels que la défense de l’espèce humaine, de la Nature, des identités culturelles menacées… Exemple ? La semaine dernière on apprenait la disparition possible des singes dans quelques dizaines d’années, à cause de la déforestation massive sur tous les continents due à la voracité des multinationales. Cette extinction programmée n’a même pas fait la une des journaux,  comme si l’on avait déjà intégré la disparition des espèces et de la biodiversité, comme si elle était inéluctable…Et que dire du peu de place accordé au dernier rapport de l’ONG Oxfam, indiquant que les huit plus grandes fortunes du monde détiennent autant que la moitié de l’humanité ? Qui peut encore défendre un tel monde ?

 

La gauche et la droite sont nées à une époque où l’homme Prométhéen croyait en sa toute puissance, où les Lumières estimaient qu’il était possible de s’affranchir de la peur ancestrale de l’Homme face au Dieu tout-puissant. Ce temps-là est révolu. Nous sommes passés de la « honte Prométhéenne », de Anders au « Prométhée réenchainé » de Charbonneau.  Après avoir voulu s’autodétruire avec le feu nucléaire, après avoir cru pouvoir dépasser sa condition - ce que nous promettent pourtant les transhumanistes -  l’espèce humaine est nue face à son destin. Il n’y a plus de grands soirs et de lendemains qui chantent… C’est d’ailleurs pourquoi les électeurs font ce que le modèle néolibéral leur enjoint : Ils zappent et ils consomment en fonction de l’état du marché politique. La preuve ? Ils se sont débarrassés de Sarkozy, Hollande, Juppé et, demain, de Valls, tout en n’ayant aucune illusion sur celui qui leur succèdera, quel qu’il soit. La seule bonne nouvelle est arrivée hier soir, avec la victoire de Benoit Hamon, le seul à gauche, avec Jean-Luc Mélenchon, à lier les dimensions sociale et écologique. Oui, c’est une bonne nouvelle, dans la perspective du « jour d’après », quand il nous faudra reconstruire sur des bases dont l’écologie sera un des principaux piliers. Cet aggiornamento culturel, largement approuvé par les électeurs de la primaire, est le signe d’un changement de paradigme politique que nous attendions depuis longtemps ; l’entrée en force de l’écologie politique dans le logiciel d’une partie de la gauche signe à la fois la fin d’un système basé sur des accords électoraux de circonstance plutôt que sur des projets et l’espoir d’un « récit » politique à la hauteur du défi historique qui est devant nous. Le temps est venu de prendre nos responsabilités, de privilégier l’intérêt  général, de protéger ce que nous avons de « commun », de retrouver ce que Orwell appelait la « common decency ». Oui, construisons un avenir en commun, qui refuse la peur et le chacun pour soi.

 

Noël Mamère

Le 23/01/2017.

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