La bonne surprise des primaires de l'écologie

Ce premier tour des primaires de l’écologie a donc été l’occasion d’une importante redistribution des cartes au sein de ce qui reste d’EELV et de sa petite galaxie de sympathisants qui, finalement, ont fait la différence et créé la surprise en éliminant la favorite, Cécile Duflot.

Trois leçons peuvent être tirées de ce résultat aussi inattendu que logique , qui nécessitent un petit retour en arrière :

Il y a trois ans, maintenant, j’avais claqué la porte du parti, en désaccord avec la gouvernance de la direction, que j’accusais de verrouillage et que je qualifiais de « firme », et avec la participation d’écologistes à un gouvernement déjà si loin de ses engagements en matière d’écologie. Trois ans plus tard, après le départ de Cécile Duflot et Pascal Canfin du gouvernement, contesté par une partie non négligeable d’EELV ; après les désertions des Placé, de Rugy, Pompili et Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale, partis rejoindre le PS, après trois ans de querelles intestines et de luttes pour les places, ce vote m’a malheureusement donné raison : la « troupe » ne suit plus ; elle a renversé la table et sanctionné Cécile Duflot, première victime collatérale d’un système à bout de souffle. Ce qui est en cause dans ce désaveu est sans doute moins le verrouillage des postes clefs que l’éloignement progressif d’un parti devenu hors-sol, tout à son entre soi politicien et à ses petits arrangements au point d’en oublier l’essentiel : la société et ses attentes.

Quel gâchis, quand on se souvient de l’espoir suscité par notre succès aux européennes de 2009, derrière Dany, Eva, José et quelques autres, quand il s’agissait du « dépassement » des Verts, devenus Europe-Ecologie-Les-Verts, de l’entrée massive de la société civile avec la « coopérative », promesses d’une force écologiste capable de s’inscrire dans une logique de transformation et de ne plus se borner au témoignage. Espoir vite étouffé par un appareil des Verts craignant de perdre son contrôle sur le parti et manifestement allergique à cette bouffée d’air. Résultat : un parti en miettes, inaudible et qui, saisi par l’effroi du précipice, oubliant son aversion pour les têtes qui dépassent, s’en remet au sauveur Hulot - moi, le premier ! - avant de chasser brutalement Duflot.

Hulot, en positif, Duflot, en négatif, sont les deux faces d’un même miroir, qui renvoie l’image d’un parti en perdition et souffrant d’une grande « fatigue » politique.

Même si EELV n’est plus que l’ombre de lui même, même si, aujourd’hui, il est rejeté sur le bord du chemin et laisse vacant un espace politique préempté par Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas trop tard pour son redressement et sa reconstruction. Mais il n’y parviendra pas seul et ne pourra se satisfaire d’avoir « renversé la table ».

L’avantage des deux candidats restés en lice pour le deuxième tour est qu’ils ne se sont pas construits dans l’appareil, mais sur le terrain des luttes écologiques. L’un et l’autre sont dotés d’une solide expérience militante et possèdent aujourd’hui l’indispensable  maitrise des institutions en tant que députés européens. Je ne vais pas ici dresser un tableau comparatif de leurs mérites respectifs et de leurs engagements passés et actuels mais, l’un comme l’autre ont su désobéir quand il le fallait et résister aux puissants lobbies de l’agro-industrie ou de l’industrie pharmaceutique….Bien des écologistes aimeraient pouvoir présenter de tels « brevets » avant d’aller devant les électeurs ! Et c’est cela qui compte aujourd’hui, bien plus que la notoriété, pour tous ceux qui attendent l’occasion de se réconcilier avec la politique pour construire un autre monde.

A l’heure où les débats politiques sont dominés par l’indigence, où la communication et le storytelling se substituent aux projets, où le paraître l’emporte sur le réel, où tout n’est que brouillard dans lequel se perdent les citoyens, la tâche sera difficile pour les écologistes. Dans un monde dominé par la simplification, la tyrannie de l’émotion et la dictature de l’instant, il leur reste en effet peu de place pour expliciter la complexité du monde.

Nos deux candidats n’ont pas suivi de « training » audiovisuel, ne sont pas « formatés » pour cet univers médiatique et politique, mais qu’est ce qui est, finalement, le plus important ? Maîtriser la novlangue médiatique ou incarner ceux d’en bas ? Bernie Sanders avait-il le bon « profil » ou représentait-il des convictions et des aspirations ignorées des médias mainstream, qui cherchent, d’abord, les bons « clients » capables de sortir les petites phrases du jour ? (Et j’en sais quelquechose !) La campagne du vainqueur de cette primaire, que ce soit Yannick Jadot ou Michèle Rivasi, devra s’en inspirer. Car la menace qui plane sur la candidature écologiste de 2017, c’est d’en rester au témoignage et de ne pas être en capacité de faire bouger les lignes. Ainsi, dans une situation politique confuse, il vaut mieux affirmer son indépendance totale vis à vis des institutions, des lobbies, des puissants.

Si l’écologie politique veut pouvoir peser dans la recomposition qui surviendra après les échéances fatales de 2017, - c’est là l’enjeu principal - il faut qu’elle purge les débats qui l’encombrent depuis le début de la gauche plurielle et qu’elle soit capable de lier la question sociale à l’urgence écologique. C’est à ce prix qu’elle pourra retrouver la place qu’elle n’aurait jamais du quitter et qu’elle deviendra un acteur majeur de la transformation sociale et de la transition écologique.

Bonne chance à Michèle et Yannick !

 

 

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