Chiche, Nicolas!

Nicolas Hulot, notre nouveau ministre d’Etat, chargé de « la transition écologique solidaire » vient de présenter son « projet de société » - rien de moins ! - articulé autour de l’écologie. A croire qu’il ne se contente plus de murmurer à l’oreille des présidents, mais qu’il a convaincu notre Bonaparte du XXIème siècle de changer de « logiciel », ce qui ne serait pas une mince performance !

Chiche, Nicolas !

Nicolas Hulot, notre nouveau ministre d’Etat, chargé de « la transition écologique solidaire » vient de présenter son « projet de société » - rien de moins ! - articulé autour de l’écologie. A croire qu’il ne se contente plus de murmurer à l’oreille des présidents, mais qu’il a convaincu notre Bonaparte du XXIème siècle de changer de « logiciel », ce qui ne serait pas une mince performance !

Nous ne demandons qu’à le croire tant nous savons que les périls sont grands et qu’il n’y aura pas de « plan B ». Mais faut-il accorder crédit à de si belles déclarations et intentions, évidemment sincères, quand on considère « l’environnement » politique et économique du ministre Hulot ? Comment va-t-il pouvoir s’imposer à la fois aux lobbies de la chimie, des technosciences, de l’agro-industrie, du pétrole, de l’automobile, des transports…Qui ont toujours imposé leur loi jusqu’à ce jour ? Trouvera-t-il dans le Président et son Premier ministre (qui a voté contre toutes les lois allant dans le sens de la transition écologique quand il était encore député Les Républicains) les alliés et les protecteurs nécessaires pour faire barrage à tant d’adversaires ? A peine l’encre de sa feuille de route était-elle sèche que le ministre de l’agriculture annonçait son intention de renoncer à l’interdiction des néonicotinoïdes, (les « tueurs » d’abeilles) et à l’épandage de pesticides par hélicoptère. Il aura fallu un twitt du ministre écolo pour démentir cette information…Ce qui en dit long sur les tensions au sein du gouvernement

entre les tenants de la logique néo-libérale, à la botte des lobbies ( le ministre Travert vient pourtant du PS ! Mais, dans ce pays, nous savons que le vrai ministre de l’agriculture n’est autre que la FNSEA), les plus nombreux et celui qui prône l’alternative écologique. Il risque d’y avoir encore d’autres fritures sur la ligne ! Nicolas Hulot risque donc de se retrouver dans la même situation que nous, les vieux écolos, avec l’ensemble de la gauche et de la droite, qui nous gratifiaient de « bonnes idées » avant de s’empresser de les combattre au motif qu’elles freinaient le « Progrès ». Car c’est bien sur le sens à lui donner que nous nous séparions et qu’il y avait malentendu. Ce divorce culturel est devenu un problème politique au fur et à mesure de nos participations aux institutions et dans l’exercice du pouvoir. Considérés par nos partenaires comme des utopistes, seulement utiles au moment des élections, ou comme des alibis de politiques publiques souvent aux antipodes de nos propositions, nous n’avons jamais réussi à construire de projets sérieux avec eux. A l’exception de Hamon et de Mélenchon, qui ont intégré le « logiciel » de l’écologie dans leur projet politique, elle reste encore marginale à gauche, comme à droite et au centre, parce que tous ces gens là regardent le monde d’aujourd’hui avec les lunettes du XXème siècle. Et ce n’est pas le « dépassement » des partis auquel prétend le jeune président qui changera les mentalités de l’ancien monde. Le « Nouveau Monde » qu’il nous propose risque fort de ressembler à l’ancien, d’autant qu’il donne tout pouvoir à la haute fonction publique ( dont il vient) étroitement liée au pouvoir économique du Medef et des Startuper. Derrière les grands mots et les postures martiales se dissimule la victoire de la nouvelle bourgeoisie et des élites technocratiques, telles que les décrivaient Charles Wright Mills dans « l’élite au pouvoir », dès les années 50.

Voilà donc dans quoi se trouve plongé Nicolas Hulot qui, pour l’heure, cherche désespérément le soutien des ONG, qu’il consulte chaque jour, pour tenter de trouver un appui du côté de la société mobilisée afin de ne pas se retrouver trop isolé au milieu de ces adeptes du retour à la croissance et des nouvelles technologies censées nous promettre un monde meilleur. Soit il en reste au « storytelling » et devient un alibi, et il perdra toute crédibilité auprès de ceux qui fondent beaucoup d’espoir dans sa nomination, soit il profite de sa légitimité incontestable, de son poids dans l’opinion, pour forcer la porte et donner l’impulsion nécessaire à une politique de transition écologique encore dans les limbes et sous la surveillance des lobbies.  

Un « projet de société » de l’ampleur voulue par Nicolas Hulot ne peut pas être conduit par un seul homme, a fortiori isolé dans un gouvernement qui en propose un autre, néo-libéral. La quadrature du cercle, en quelque sorte. Pourtant, le moment est favorable à un tel projet. Nombreux sont ceux qui , en France comme ailleurs, attendent du politique qu’il fixe des objectifs, qui sont mobilisés pour mettre en œuvre l’alternative écologique, condition de notre survie et de celle de nos enfants. Ceux-là sont prêts à se mobiliser, à se réconcilier avec la politique, à s’en servir enfin comme d’un outil d’émancipation, de liberté et de lutte contre toutes les formes d’inégalités, y compris environnementales. Ils ont bien noté l’intitulé du ministère Hulot : « de la transition écologique solidaire ».

C’est le moment de rendre l’écologie au peuple, de l’y associer pour mieux le libérer de ses contraintes. C’est ce qui attend Nicolas Hulot et nous l’y aiderons.

 

Noël Mamère

Le 26/06/2017.

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