Durant cette campagne présidentielle improbable, éclatent des polémiques qui suscitent émotion et bavardages. La dernière en date nous est fournie par le brouhaha sur le rôle de la justice en période électorale. Gageons que, pour les chômeurs en fin de droit, les retraités à 600 euros, les jeunes dans la galère, les cris d’orfraies de Marine Le Pen et de François Fillon résonneront étrangement. Dénoncer la « chasse aux sorcières », qui serait organisée par des juges rouges, quand eux-mêmes appellent au châtiment des délinquants, quand ils veulent abaisser la majorité pénale à 16 ans, jeter en prison tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un jeune en colère, est quand même fort de café ! Tandis qu’ils se donnent le beau rôle, « la tête haute et les mains propres », chaque jour nous apprend qu’ils ont pillé des sommes faramineuses dans les poches des contribuables. Où est passée la décence ? Pour mieux dissimuler leurs turpitudes, ils donnent dans la surenchère, tout en dénonçant la partialité de la justice au nom de la sacro-sainte séparation des pouvoirs.

J’ai déjà écrit dans cette chronique ce que le Pénélopegate m’inspire : un mélange de dégoût et de compassion pour les électeurs de droite, qui se voient voler leur élection par un candidat se révélant l’exact contraire de ce qu’il prétendait être : une sorte de saint homme qui voulait redresser le pays  et surtout les pauvres avec de la sueur et des larmes. Mais ce Churchill de pacotille n’est désormais plus le seul à tirer à vue sur la magistrature. Il vient d’être rejoint par Marine Le Pen, cette avocate défroquée pour qui les juges ne sont pas de « chez nous », avec laquelle il forme désormais une sorte de couple à la Thénardier. Mais la fille du milliardaire de Montretout, va plus loin en revendiquant elle-même ses détournements au nom de la lutte contre l’Union européenne. Elle sait que son électorat la suivra sur ce chemin boueux. En se présentant une nouvelle fois comme victime d’un complot « ourdi par la Commission de Bruxelles et le pouvoir socialiste », elle consolide son emprise sur des gens écoeurés par un système qui les condamne à la survie. C’est d’ailleurs ce que démontre l’excellent film de Lucas Belvaux, « Chez nous », qui montre bien comment la désespérance nourrit le vote FN.

Mais Fillon et Le Pen ont une autre caractéristique en commun : Ils attaquent les contre manifestants qui s’opposent à leurs politiques. Fillon, surtout, qui dénonce les concerts de casseroles entendus à chacun de ses déplacements. Le «pauvre » homme que voilà. « Le Parisien » de ce dimanche rappelait qu’un de ses illustres prédécesseurs, Adolphe Thiers, eut droit à de semblables charivaris pour avoir trahi la révolution de 1830 en écrasant la Commune de Paris quarante ans plus tard. Tous ces gens qui tapent aujourd’hui dans leurs casseroles ne veulent pas d’une campagne présidentielle aseptisée où l’on entendrait que des appels à l’austérité et à la chasse aux migrants. Ce n’est pas cette France-là qu’ils souhaitent. A grand bruit, ils se révoltent contre l’injustice et les profiteurs, contre les hypocrites et les voleurs, ils cultivent l’insoumission, l’indignation et la révolte, ils entrent en résistance contre les fascistes, les post fascistes, les homophobes et les racistes de tout acabit.  

C’est ici, en France, qu’a été écrite la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, la Constitution et érigé le principe du droit à l’insurrection. La France n’est pas seulement le pays de l’exception culturelle, mais aussi celui de l’exception sociale et politique. Tout est fait par les différents candidats, de l’extrême droite au centre droit, pour nous le faire oublier. Mais nous sommes au pays de Victor Hugo, ce géant qui pouvait écrire dans un poème qu’on devrait faire lire dans toutes les écoles :

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ;

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.

Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.

C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.

Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.

Ceux-là vivent, Seigneur ! Les autres, je les plains.

Car de son vague ennui le néant les enivre,

Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre »

 

Oui, haut les cœurs, dans cette campagne présidentielle, faisons triompher nos droits contre leurs privilèges car les Fillon et Le Pen ne nous voleront pas ce qui fait l’âme de la France depuis des siècles : le soulèvement de la vie.

 

Noël Mamère.

Le 27/02/2017.

 

 

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vous savez quel est le minimum vieillesse (dont je suis ayant droit)  actuellement ?

vous avez les chiffres qui datent de quand ? 649 euros en .... 2008 Déçu