La fin du début

Le résultat de la primaire socialiste est sans appel. Manuel Valls a été « dégagé » et, avec lui, ceux qui défendent une conception néoconservatrice de la gauche. Les deux millions d’électeurs qui ont permis la nette victoire de Benoit Hamon, ont aussi signifié la fin d’un cycle politique, commencé sous François Mitterrand, en 1981 ; la gauche de la «synthèse» est morte, vive la gauche de l’espoir et du projet!

Je ne vais donc pas bouder mon plaisir devant cet événement politique majeur, qui doit constituer le signal de la recomposition politique. Car le vote de ce dimanche est à la fois une bonne nouvelle pour la gauche et pour l‘écologie politique, et un message clair quant à ce que ne veut plus le « peuple » de gauche. Cette primaire avait en effet toutes les allures d’un referendum contre le quinquennat de François Hollande, contre l’autoritarisme de Manuel Valls, contre les politiques libérales et austéritaires d’un gouvernement qui a renoncé, dès le premier jour, à conduire une politique de gauche.

Celui qui a divisé la société en recourant à la déchéance de nationalité, au 49.3, à la répression qui a abouti à la mort de Rémi Fraisse ; celui qui voulait interdire les manifestations contre la Loi Travail et a repris à son compte les campagnes de la droite réactionnaire sur le Burkini, le voile à l’université, la stigmatisation des musulmans, a été licencié par le peuple de gauche. En 2016, avec Patrick Farbiaz, j’avais écrit un pamphlet  intitulé « Contre Valls, réponse aux néoconservateurs ». Hier, le peuple de gauche a validé ce cri de colère. Bon débarras !

Dans mon bordelais, on dit qu’il faut du temps pour faire un bon cru. La cuvée du redressement, que Montebourg et Hamon ont offerte au Président, a mis deux ans et cinq mois à fermenter et donne désormais un bon vin, qu’il reste pourtant à charpenter… A condition d’y ajouter les arômes de l’écologie et de la France insoumise ! Et ce n’est pas gagné. Même si le candidat d’EELV, Yannick Jadot - qui peine à se faire entendre malgré ses qualités et un projet solide - accepte de s’effacer, faute de parrainages ou contraint par ses amis à soutenir le vainqueur de la primaire socialiste, Jean-Luc Mélenchon, lui, ira sans doute jusqu’au bout…A moins d’être débordé par la dynamique qui est en train de se développer autour de Benoit Hamon et d’être conduit à accepter un accord que nous sommes si nombreux à souhaiter et à attendre.

Sinon, il  faudra que les urnes départagent les deux responsables de gauche qui ont intégré l’écologie à leur logiciel. Mais le travail ne sera pas fini pour autant. En effet, le social libéralisme a un candidat de substitution en la personne d’Emmanuel Macron, cette « lune blanche » née du brouillard numérique, de la dictature des sondages et du vide politique. Plus il reste flou sur son projet et plus il engrange de soutiens ! il n’incarne pas la « rupture », mais une forme de régression politique propre à cette société des apparences et du culte de soi. Si les ennuis de François Fillon se confirmaient, il serait le bénéficiaire de cette improbable course à l’échalote présidentielle qui sort les sortants à la vitesse de la lumière.

Il faut donc tout faire pour qu’un rassemblement se concrétise, pour que cette dynamique ne soit pas un leurre débouchant sur le énième replâtrage d’une gauche plurielle vassalisée par un PS hégémonique. Et les tentations de l’appareil, paniqué devant un tel bouleversement, de phagocyter Benoit Hamon, vont être grandes ! Force est de constater que la voie est étroite pour lui. D’autant plus que les candidats du PS aux législatives ont déjà été désignés. Par exemple, comment un candidat, qui souhaite abolir la loi travail, pourra-t-il défendre la candidature de la ministre du travail dans le 18eme arrondissement de Paris ? A quel niveau placera-t-il le curseur des compromis sur son programme ?

Ce qui est certain c’est qu’un pas de plus a été franchi, hier, vers la fin du PS d’Epinay. Le basculement du monde, qui s’opère depuis la chute du Mur de Berlin et l’avènement du néolibéralisme, produit ses conséquences sur le champ politique français. Les bouleversements dus à la révolution numérique, à la conscience écologique de nos limites, au phénomène migratoire, à la révolution du droit des femmes et au droit des peuples à une nouvelle décolonisation, ne pouvaient pas rester sans réponse.

La social-démocratie n’est plus une solution, mais un problème. Voilà ce que signifie le tsunami de ce dimanche. On ne peut que se réjouir de ce sursaut démocratique. Maintenant, comme le disait Marceau Pivert, un frondeur de 1936, « Tout est possible », le meilleur comme le pire. A nous de nous montrer à la hauteur de ce défi.

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