Et si la révolution prenait des allures joyeuses…

Alors que la violence semble irrémédiablement monter en puissance et tisse désormais sa toile jusque dans les milieux dits progressistes, dont certain.e.s n'hésitent plus à la revendiquer, un vent de fraîcheur agite une lueur d'espoir pour toutes celles et ceux qui continuent à croire que résister joyeusement et construire sont deux piliers essentiels pour l'avènement d'une nouvelle société.

Rassemblement Collectif Citoyen de Tourcoing pour défendre la culture et le lien social, 30 avril 2021 © Jean-Philippe Huguet Rassemblement Collectif Citoyen de Tourcoing pour défendre la culture et le lien social, 30 avril 2021 © Jean-Philippe Huguet
Depuis quelques temps règne sur notre "douce France" un climat de plus en plus lourd, de plus en plus oppressant. Les tensions sont plus que jamais exacerbées et personne ne sait aujourd’hui jusqu’où celles-ci peuvent nous emmener. La crise sanitaire, par les mesures qui l’ont accompagnée, n’a fait qu’accentuer le phénomène. Car peut-être l’avons-nous déjà oublié mais les mois ayant précédé cette crise avaient été éprouvants pour bon nombre d’entre nous ; les luttes sociales, climatiques, démocratiques ne cessant de s’intensifier depuis 2018.

Dans ce contexte, la violence gagnait et continue logiquement de gagner du terrain, annonçant pour nous toutes et tous des jours incertains, laissant même place parfois à une forme de désespoir. Or, depuis quelques semaines, un élément est peut-être en train de changer la donne. Comme une lueur dans un horizon jusque-là bien sombre, à laquelle nous avons besoin de nous raccrocher collectivement. Celle d’une révolution à venir. Une révolution différente, aux allures joyeuses. Véritablement populaire, sociale, festive, solidaire, poétique aussi, mais non moins déterminée et efficace : une révolution en tout point non-violente.

La victoire de l’Affaire du siècle début février contre l’Etat, l’abandon du projet de terminal T4 à Roissy quelques jours plus tard, étaient venus récompenser le travail acharné de militantes et de militants déterminé.es à ne rien lâcher. Des victoires surtout symboliques tant les enjeux sont colossaux et les mesures prises par nos dirigeants jusqu’ici indignes. L’Etat ne dupe personne. Ces victoires posent toutefois des jalons essentiels sur une route qui sera, nous le savons, forcément longue et parsemée d’embûches. A l’heure où nous publions cet article, les débats sont vifs concernant la tenue d’un referendum pour inscrire (ou non) la protection du climat dans notre Constitution. Comme pour de nombreuses propositions faites par la Convention citoyenne, un rétropédalage présidentiel n’est pas à exclure. Cela voudra-t-il dire pour autant que la stratégie non-violente a échoué ? Nous sommes convaincu.e.s du contraire. Qui aurait imaginé il y a encore quelques années que ce sujet non seulement serait sur la table mais qu’il deviendrait de surcroit de plus en plus concret ?

Et puis, ces dernières semaines, il s’est passé un drôle de phénomène. Une poignée de fous, de Saltimbanks de fortune, a décidé de ne plus obéir aveuglément à des mesures sanitaires qui, dans le contexte si particulier que nous traversons, posent souvent question. Loin d’être les inconscients que certaines âmes chagrines voudraient nous décrire, ces artistes en mal de musique, en mal de partage, de convivialité et d’amour tout simplement, notion qui échappe hélas un peu à nos dirigeants, ont décidé de désobéir et de « danser encore ».  Un tour de chant incroyable lancé courant décembre par HK, personnalité membre de Non-Violence XXI, afin de dénoncer la fermeture des lieux culturels, lieux dit « non-essentiels », et au-delà, l’absence de tout débat démocratique sur les choix politiques d’une société en temps de pandémie. Le but ici est bien de nous interpeller, de questionner notre docilité voire notre soumission dans ces circonstances exceptionnelles. Notre passivité aussi devant un recul évident de nos libertés(1). Le propos a fait mouche. Déjà plus de 3,5 millions de vues sur Youtube, des reprises et des Flashmobs partout, en France et à l'international, puisque la chanson a déjà été traduite en espagnol, allemand, portugais, néerlandais, anglais et a même été reprise par des soignants pour une version revisitée intitulée "Soigner encore". Lorsqu'on a la chance de participer à un de ces moments, on est immédiatement frappé par quelque chose : le besoin que les gens ont de se retrouver, de se rassembler, mais aussi de marquer leur désaccord vis-à-vis de mesures économiques ou sanitaires toujours plus coercitives et anti-démocratiques. 

Et si la révolution prenait des allures joyeuses. Un rêve pieux et stérile pour certain.e.s. Une utopie concrète lorsqu'on y prend part et que l'on ressent intimement l'énergie qui se dégage de ces moments de lutte et de partage...

Le mercredi 19 mai à partir de 17h, nous vous proposons de nous rejoindre place de la République à Paris où nous organisons notre première Agora de la Non-Violence, pour un moment de résistance joyeuse et conviviale avec HK, un moment où le débat démocratique prend sa pleine mesure et où la parole peut s'exprimer en toute liberté.

Un moment pour échanger sur nos différences, sur ce qui nous rassemble, et pourquoi pas pour Rêver encore... 

Johann Naessens, coordinateur Non-Violence XXI

(1) Tribune de Noam Chomsky, Angela Davis, Tawakkol Karman (prix Nobel de la paix 2011) et 18 autres personnalités du monde entier engagées sur la question des droits humains, Huffington Post le 29/03/2021.

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