J'ai croisé Machaon !

La nature est surprenante. Aujourd'hui j'ai fait la connaissance d'un individu qui porte beau et dont le nom m'a entraîné sur des sentiers imprévus.

Chemin du 1er août 2019

J’ai croisé Machaon  !

Le Machaon, sur mes plates-bandes ... © Patrice Morel (Août 2019) Le Machaon, sur mes plates-bandes ... © Patrice Morel (Août 2019)

Et je l’ai appelé Emmanuel. C’est un papillon, le plus ample, le plus grand, le plus remarqué de nos lépidoptères diurnes. Le Machaon : une sorte de monarque en bel habit qui butine allègrement le pollen des citoyens. On le trouve chez nous, en France, il n’est pas courant mais il arrive qu’on le rencontre sans s’y attendre, au coin du bois, ou de l’autre côté de la rue, voire dans le jardin de quelques gaulois réfractaire au changement, où il s’autorise à venir se sustenter.

Je l’ai coincé ce midi, empiétant sans prévenir sur mes plates-bandes, pas gêné, en plein repas gastronomique et dégustation majeure, entouré de sa cour bourdonnante faiseuse de miel et lècheuse de trompes, sous l’or estival de mon palais montagnard.
Le Machaon était aux anges ! Attablé, admiré, affamé de belle denrée, en livrée colorée, il ressemblait à un prince, un roitelet respecté et adulé par la petite noblesse zonzonnant à ses côtés, colonie travailleuse en habits mordorés. 

Il se piquait la ruche le gaillard, il pompait le meilleur des nectars, un breuvage de type méridional issu de mon travail colossal : arrachage, desherbage, bêchage, piquage, élagage, taillage, un boulot de serf, de manant, de sans-dents comme disait l’autre ! Le bel insecte monté fin mais paré royalement, pomponné et poudré, se gobergeait sans retenue, voletant dans ma tablée parme, ondoyant dans l’allée mauve, se tapant la cloche dans mes plans payés un pognon de dingue au Gamm’Vert du coin.

Sacré Machaon !

Ce Machaon a perdu un bout de queue à gauche , probablement un raid inamical ... © Patrice Morel (Août 2019) Ce Machaon a perdu un bout de queue à gauche , probablement un raid inamical ... © Patrice Morel (Août 2019)
J’ai quand même remarqué que ce danseur étoile, quelque-part en chemin, avait perdu de sa superbe. Il lui manquait un bout de queue, à gauche. Il paraît que c’est fréquent chez ces voltigeurs un rien suffisants. Ils sont parfois victimes d’une frappe aérienne, d’un raid inamical, d’une attaque d’oiseaux.

En l’occurrence, ce Machaon pompeux et pompeur, avait dû frôler la correctionnelle car dans mon environnement proche sévissent quelques piafs et volatiles un brin aigris. Vous savez ceux «qui ne sont rien», mais qui parfois ouvrent leur bec ! Le merle noir par exemple : il y en a plusieurs dans le secteur ; ils forment un black-bloc redoutable.  Sans compter, bien évidemment, la horde inattendue, hivernale et printanière, qui a surgi comme dans le film de Hitchcock :  milliers de moineaux et passereaux à duvet jaune, vindicatifs, mordants, au chant strident, une invasion sans précédent, probablement le réchauffement social !

Le Machaon se tient toujours bien droit ! © Patrice Morel (Août 2019) Le Machaon se tient toujours bien droit ! © Patrice Morel (Août 2019)

 

Si bien que le Machaon y a laissé des plumes. Mais bon, cela ne semble pas le gêner. Il parade, et butine sans arrêt : un bourreau de la trompe vous dis-je ! D’ailleurs c’est la meilleure façon de se payer un costard, paraît-il.

 

PS - Je n’avais pas prévu de pondre ces quelques lignes. Mais quand j’ai vu la bestiole  paonner sur mes lavandes, puis venir se pavaner sous mon objectif, et qu’ensuite j’ai découvert son nom sur mon portable, vous comprenez aisément, hein .... bon !

Le Machaon trompe énormément ! © Patrice Morel (août 2019) Le Machaon trompe énormément ! © Patrice Morel (août 2019)

  

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