Nounours du Vercors
Journaliste de terrain et de tanière
Abonné·e de Mediapart

95 Billets

1 Éditions

Billet de blog 2 janv. 2021

Page blanche

Que sera 2021 ? Bien malin qui saurait le dire. Loin des métropoles, des villes et des surveillances policières, la nature console et réconforte. Elle a toujours le dernier mot. Surtout en hiver .

Nounours du Vercors
Journaliste de terrain et de tanière
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Chemin du 2 janvier 2021

Page blanche

Si loin du monde ! © Patrice Morel (décembre 2020)

L’an nouveau s’installe, un album vierge est à remplir. Celui qui se présente succède à un noir manuscrit, chargé de ratures et tâché d’encre indélébile. 2020 fut un vilain brouillon de vie commune, un cahier d’humanité mal imprimé et piétrement relié, saturé de mots définitifs, de morts anticipées, de cris macabres, d’écrits morbides, de maux sépulcraux, de silhouettes funèbres en processions planétaires, et d’employés furtifs chargés d’inhumations solitaires.

Les croque-morts ont eu du boulot, eux, l’industrie du cercueil aussi !

Alors, que faudra-t-il écrire, dessiner, peindre sur le nouveau livre qui s’ouvre ?

L’angoisse ou l’attraction de la page blanche remonte à l’école primaire. C’est l’âge où il faut se lancer, se raconter, se livrer, tenter de mettre sur le papier des impressions vécues, des moments de vie personnels ou aperçus : «racontez vos vacances, décrivez votre promenade préférée, parlez de votre animal adoré ...»

On n’oublie jamais les enthousiasmes ou les sueurs froides provoqués par ces rédactions que le maître imposait à toute la classe. Que décrire, que dépeindre, que relater, que rapporter, que confier, que révéler ?

Vercors et virginité © Patrice Morel (décembre 2020)

En ce 2 janvier 2021 je me sens un peu ramené à cette situation d’enfance, quand le manque d’expérience de la vie ne pouvait faire jaillir des mots d’avenir sur nos cahiers d’écolier, à grands ou petits carreaux.

Un jour, l’instituteur nous avait demandé : « comment voyez-vous l’an 2000 ? »

Et il fallait remplir une page entière, au-moins. C’était le temps du progrès, des nouveautés, du frigidaire qui débarquait, des voitures toujours plus belles, alors les mômes de 1958 que nous étions voyaient des bagnoles en l’air, des fusées vers la lune ou Saturne, des hommes volants, des trains électriques longs comme en Amérique, fendant la campagne et la montagne à toute vitesse, tels le Transperceneige de Rochette ...

Aujourd’hui, si le père Oudot (c’était notre instit !) nous demandait simplement «comment voyez-vous 2021 ?» je crois que nous serions très embarrassés ...

Et la page blanche le resterait un bon moment.

Solitude assumée © Patrice Morel (décembre 2020)

Tout a changé si brusquement dans nos vies. Comment envisager l’imprévisible ?

Autour de moi, la neige enveloppe le Vercors, elle s’allonge paresseuse sur les branches solides et dénudées de mon orme, elle transforme en peignes blancs les extrémités fragiles des bouleaux, les grandes forêts sont en vitrine comme une pâtisserie géante recouverte de sucre glace, il y a de l’ouate dans l’air, ça je peux le décrire, ça c’est éternel, c’est un confort, une consolation, un refuge, mais demain, hein, comment concevoir demain, comment appréhender ce futur proche, malade et déroutant ?

En fait, je crois que la réponse est là, sous mes yeux, dans cette nature que certains redécouvrent et qu’il va falloir respecter désormais sous peine de mort globale et mondialisée.

Ce matin, je me suis enfoncé dans la poudreuse et je suis allé jusqu’à l’érable qui pousse devant la maison ; j’ai suspendu des boules de graisse pour les mésanges acrobates, assez loin des branches solides afin que les pies lourdaudes ne puissent bouffer en trois coups de bec cette pitance de complément.

De la fenêtre de la cuisine, je pourrai voir le ballet des belles voltigeuses et j’oublierai à ce spectacle réjouissant les malheurs du monde, le virus, les masques, les prêcheurs, les menteurs, les ministres, les sinistres...

La page blanche est autour de moi. Elle se remplit seule. Je me fous de 2021. Je suis un moine de la Grande Chartreuse. Contemplatif. Silencieux. Sobre.

Quoique... Vous avez dit Chartreuse ?

2021, route incertaine ... © Patrice Morel (décembre 2020)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d'un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viol, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
par Marine Turchi
Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal
En Italie, la post-fasciste Giorgia Meloni cherche à faire oublier ses racines
Elle espère devenir l’an prochain la première femme à présider le Conseil en Italie. Héritière d’un parti post-fasciste, ancienne ministre de Berlusconi, Giorgia Meloni se démène pour bâtir un parti conservateur plus respectable, en courtisant l’électorat de Matteo Salvini. Une tentative périlleuse de « dédiabolisation ».
par Ludovic Lamant
Journal
Mario Vargas Llosa, Nobel de l’indécence
L’écrivain péruvien de 86 ans, entré à l’Académie française en fin d’année dernière, vient de déclarer sa préférence pour Bolsonaro face à Lula. Cette nouvelle prise de position politique reflète un parcours intellectuel de plus en plus contesté, marqué par des soutiens à des figures d’extrême droite en Amérique mais aussi de la droite dure en Espagne. Une enquête du n° 20 de la « Revue du Crieur », disponible en librairie. 
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Quand Macron inventait « l'écologie de production » pour disqualifier les pensées écologistes
[Rediffusion] Au cours de son allocution télévisée du 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réconcilier la croissance et l'écologie de production ». Innovation sémantique dénuée de sens, ce terme vise à disqualifier les pensées écologistes qui veulent au contraire poser des limites, sociales et écologiques, à la production. Macron, qui veut sauver la croissance quoi qu'il en coûte, n'en veut pas.
par Maxime Combes
Billet de blog
Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de « Printemps silencieux » (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Rapport Meadows 11 : est-il encore temps ?
Est-il encore temps, ou a-t-on déjà dépassé les limites ? C'est la question qui s'impose à la suite des lourds bilans dressés dans les précédents épisodes. Écoutons ce qu'a à nous dire sur le sujet le spécialiste en sciences et génie de l'environnement Aurélien Boutaud.
par Pierre Sassier
Billet de blog
Le stade grotesque (la langue du néolibéralisme)
[Rediffusion] Récemment, je suis tombée sur une citation de la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher... Il y a beaucoup de façons de caractériser le capitalisme actuel. À toutes définitions politiques et économiques, je propose d'ajouter la notion de grotesque.
par leslie kaplan