Sacco, le micro dort ...

Un commentateur sportif est mort. Il travaillait à la radio. Son accent et ses délires ont accompagné notre jeunesse. Eugène Saccomano avait le football dans le sang et dans l'accent. Il nous a fait rire et pleurer .

Chemin du 8 octobre 2019

Sacco, la voix sacrée !

 © Patrice Morel (octobre 2019) © Patrice Morel (octobre 2019)

Il existe des chemins embroussaillés, des sentiers enfouis sous le taillis, des layons disparaissant dans la vorgine : ce sont les méandres de notre mémoire, les lacets oubliés de notre passé, les sinuosités étouffées de notre vie.

Pourtant, ces lieux et ces moments envolés, évanouis, flétris, ressurgissent parfois aussi nettement, aussi clairement qu’à l’origine. Il suffit d’un évènement, d’une disparition par exemple, comme celle  annoncée lundi 7 octobre du commentateur sportif Eugène Saccomano.

Sacco parlait dans le poste ! A la radio. Il en faisait des tonnes. Avec lui un match de foot sans réelle envergure se transformait en épopée : le miracle des ondes sans l’image !

Saccomano était un petit gars pas bien haut, mais sa voix enflait, roulait et roucoulait, un organe de géant castré parfois, un délire de verbes et de mots explosant le micro, comme ce 3-0 d’éternité un jour de juillet 98, Zizou, Zizou, Zizou .....

 

https://www.youtube.com/watch?v=q_RRIv7Z6xk&feature=share&fbclid=IwAR2hVMYiGVUBfjcmYxZ7tWYZNIN8-XrOn-P8e04sY_bKfZAxX8lZ-OJgujM

 

 © Patrice Morel (octobre 2019) © Patrice Morel (octobre 2019)
Saccomano portait un prénom vintage : Eugène. Né en 1936 sous le Front Populaire il était de cette génération dont les parents reprenaient en choeur avec Bourvil la chanson des bords de Marne, à Joinville le Pont, pont pont, «Chez Gégèèèènne !»   

https://www.youtube.com/watch?v=y6MmU8P1fio

 Populaire, Eugène Saccomano le fut, sans nul doute. Ses éclats radiophoniques ont égaillé, enflammé notre imagination d’adolescents ou d’adultes passionnés de foot et parfois privés de télévision pour une raison ou une autre. Sacco a illuminé les nuits noires de dortoir de nombreux lycéens,  et de pas mal de bidasses aussi au temps du service obligatoire. Mon transistor planqué sous les draps, les écouteurs à l’oreille, je jubilais lors des soirées de championnat ou de rencontres internationales, caserne Dupleix à Paname !

 https://www.youtube.com/watch?v=kE5_zAWmIPc

 Sacco était aussi un malin ! Il archivait et publiait le ballon rond sous toutes les coutures, une vraie rente ! Je recevais régulièrement, en tant que confrère journaliste, ses bouquins annuels : les stars de la coupe du monde, les stars de la ligue des champions, l’année du football... Mes étagères en sont pleines et j’ai du Saccomano sous les yeux tous les jours.

 

 © Patrice Morel (octobre 2019) © Patrice Morel (octobre 2019)
J’ignore comment était le bonhomme dans la vie. Je ne l’ai croisé que brièvement dans les stades, les tribunes de presse, les conférences d’après-match. Je n’osais l’aborder car il restait à mes yeux celui qui enchantait mes soirées depuis si longtemps, caché dans le récepteur !

Mais j’avoue avoir reçu un choc hier soir, vers 19 heures, lorsque sur RMC Sport, Christophe Dugarry et Jean-Louis Tourre ont interrompu leur émission habituelle pour annoncer le décès de Sacco. Ce n’était pas Chirac. Ce n’était pas un grand homme. Ce n’était pas non plus un être exemplaire. Mais c’était un proche, quelqu’un de la famille en somme.

La disparition d’une voix.

La disparition d’un timbre.

La disparition d’un flot.

La disparition d’un accent.

La disparition d’un homme au feu sacré, à la passion débordante, qui savait les faire partager, et qui pouvait nous faire faire rêver

Voilà, c’est tout bête, mais je tenais à le dire. La mort d’Eugène Saccomano laisse un vide entre nos oreilles et fait ressurgir les voies du passé, ces chemins creux si particuliers de la mémoire, ces endroits oubliés où nous allions entre passionnés refaire le match !

 © Patrice Morel (octobre 2019) © Patrice Morel (octobre 2019)

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