Un bout de route ...

Le 10 décembre 2018, sous la pression des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron annonçait quelques mesures d'apaisement. Une réponse qui m'a paru bien pâle par rapport au chantier à mener. Exaspéré, je suis sorti prendre l'air !

Chemin du 11 décembre 2018

Un bout de route ...

Route des Mercier, Lans-en-Vercors © Patrice Morel (décembre 2018) Route des Mercier, Lans-en-Vercors © Patrice Morel (décembre 2018)

Sortir et marcher ! Rien de plus facile en principe : une paire de pompes solides, un peu de courage, et bonjour le bitume. Bon, ça grimpe de suite derrière chez moi, les premiers mètres sont démoralisants, faut se convaincre, mettre un pied devant l’autre, comme dit la chanson, et recommencer... Après soixante balais, tu as des lutins dans le cervelet qui agitent des pancartes, des trolls qui tentent de te retenir à coups d’images virtuelles et de slogans alléchants : vive la sieste, canapé Ligne Roset ! Les pieds dans la cheminée, chaussettes Bleu Forêt ! Le nez dans le goulot, Comptoir Irlandais... Si bien que souvent, arrivé en lisière de forêt, c’est à dire 500 mètres plus loin, tu conclues, quasi satisfait et 100% mauvaise foi : ça suffit, les poumons sont nettoyés, rentrons !
Je pense à ça, parce qu’hier soir, sur le chemin de l’ouverture, sur une route qui aurait pu autoriser l’aventure, et malgré un dénivelé sensible, Emmanuel Macron avait l’occasion de marcher vraiment.

Hélas, il a fait demi-tour. Le président semblait bien parti, chaussé pour aller loin, porteur d’espoir. Mais après treize minutes, il a tourné casaque, quasi droit dans ses bottes de sept lieues qui devaient lui filer des ampoules. Alors certes, il a tenté de juguler ses mauvais démons et d’aller à la rencontre du peuple des sous-bois, ces Robin rebelles groupés autour de cabanes sommaires ; certes il a effectué un bout de chemin volontaire, le pas décidé, le regard devant, fixé sur le prompteur ; certes il a esquissé un chant du départ martial et amical à la fois, ce qui ne va pas de soi ; certes il a pris à contre-pied quelques-uns de ses ministres marcheurs fidèles : «dans la troupe y a pas de jambes de bois, y a des nouilles, mais ça ne se voit pas » .

La politique ? Il s'en fiche pas mal , lui ! © Patrice Morel (décembre 2018) La politique ? Il s'en fiche pas mal , lui ! © Patrice Morel (décembre 2018)

Mais voilà, comme moi, certains jours de grand courage, il n’a fait que plaire à une minorité de muscles, de ligaments, de bronches et oublié le coeur du problème, ce palpitant fatigué qui mérite beaucoup plus d’oxygène et de grand air.
Même pas la moitié du chemin ! Il avait l’air vieux le président. Il s’est donné bonne conscience, il a espéré réparer les désordres et atténuer les douleurs. Je crois qu’il a simplement mis un emplâtre sur une béquille .
Aujourd’hui mardi 11 décembre 2018, j’en ai assez entendu. Je rêve de grands espaces paradisiaques, de contrées roses pour les enfants et les petits enfants, de festins et de papillottes à vie pour tous, de traîneaux et d’élans dans le ciel, je rêve de jours heureux quoi !
Et l’on me sert un fada et des fadaises, une fable fade et un brouet sévère, sans saveur, pas de sucreries, mais des chars bleu horizon sur le pavé de mes illusions.
Ce n’est pas avec un menu pareil que je vais pouvoir marcher à donf ! J’aurai certainement l’estomac dans les talons. Ma foi, le soleil brille sur la neige du Vercors et je vais sortir quand même. J’irai plus loin que la lisière des grands bois, je traverserai la forêt, je passerai devant la cabane des loups, et là-bas, au bout du chemin j’apercevrai le Mont-Blanc, mon dessert préféré. Consolation .

Chemin d'hiver en Vercors © Patrice Morel (décembre 2018) Chemin d'hiver en Vercors © Patrice Morel (décembre 2018)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.