Heure d'hiver

J'ai écrit cela le 28 octobre 2018, probablement la dernière fois que l'on passait à l'heure d'hiver. Pas trop tôt ! Qu'est ce qu'on nous a compliqué la vie avec ces décalages horaires forcés !

Chemin du 28 octobre 2018

Heure d’hiver

L'arbre roux © Patrice Morel (octobre 2018) L'arbre roux © Patrice Morel (octobre 2018)

Dimanche 28 octobre 2018. Pour la dernière fois peut-être la nuit a reculé d’une heure. Les cravatés de Bruxelles veulent mettre un terme à ce manège qui dure depuis 1976 : quarante deux ans de gymnastique horlogère. Pas dommage !
L’aiguille est sur le 8, mais il faut lire 7. Je me suis réveillé trop tôt. L’aube traîne la patte. Il y a un silence bizarre. Comme si la neige tombait...
J’ouvre un volet. Des plumes d’oreiller se balancent dans le ciel. Elles improvisent un ballet léger sur fond blême. On dirait un largage de la 82ème aéroportée sur Sainte-Mère Eglise ! Je sais, je suis un peu obsessionnel concernant 1944 mais c’est l’image qui m'est venue de suite.
Après j’ai pensé à mes anciens collègues de la rédaction : on va encore leur demander d’être des envoyés spéciaux sur le front de la première blancheur, on va les seriner avec ce foutu «marronnier» , "la neige arrive ", qui s’ajoutera à celui de l’heure d’hiver et éclipsera les heurts divers, ceux du Brésil par exemple à l’aube d’un néo fascisme...

Moi, je m'en moque de l'heure d'hiver ! © Patrice Morel (octobre 2018) Moi, je m'en moque de l'heure d'hiver ! © Patrice Morel (octobre 2018)

Pourtant, juste avant la Toussaint, une bataille céleste de pelochons n’est pas rare, et une avoinée de flocons non plus. Qu’à cela ne tienne, c’est l’actu Coco ! Nous aurons donc droit à des ouvertures de journaux catastrophées : il y aura des naufragés du bitume, des villages coupés du monde, une avalanche d’interviews à chaud, et des reporters morts de froid.
Moi, je suis content, peinard en peignoir, devant mon petit noir à l’italienne, devant ma petite baguette parisienne, devant mon petit beurre breton et mon miel du Vercors !

Falaises d'Engins et montagne du Moucherotte © Patrice Morel (octobre 2018) Falaises d'Engins et montagne du Moucherotte © Patrice Morel (octobre 2018)

Le métier ? J’ai tourné la page, enfin presque, parce que certaines nuits le cauchemar récurrent m’empoigne la cervelle : j’ai un papier urgent à rédiger, ou le canard à présenter, et je n’ai aucune info, rien, pas la moindre possibilité d’improviser. C’est à toi mec, antenne dans dix secondes ! Alors évidemment, le réveil est béni .
Tout à l’heure j’irai à pied, sur la petite route des Mercier, et je vous ferai la Une du journal, à ma manière, en couleurs d’automne : l’été des indiens sera là, agressé par le général hiver ; le gradé aura son manteau blanc mais son scalp sera roux, sorte de trumperie climatique, à l’heure des chrysanthèmes et d’une nature mourante mais qui nous enterrera tous, qu’on le veuille ou non.

Moi pareil, rien à secouer de l'heure d'hiver ! © Patrice Morel (octobre 2018) Moi pareil, rien à secouer de l'heure d'hiver ! © Patrice Morel (octobre 2018)

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