Notre dame de la lande

Un trésor : la lande maritime bretonne ! A parcourir tranquillement, à pied. A fréquenter en toute zénitude. Un espace protégé depuis la fin du XXème siècle. Comme quoi, il est possible de préserver nos richesses naturelles...

Chemin du 13 septembre 2020

Notre dame de la lande

Solitaire © Patrice Morel (septembre 2020) Solitaire © Patrice Morel (septembre 2020)

C’est une zone à défendre. Absolument. Un espace à protéger. Continuellement. Une étendue sauvage et fleurie à garantir, entretenir, et chérir. Eternellement.

La lande maritime tapisse le littoral breton depuis toujours, bien avant qu’Obélix n’y déracine ses menhirs, et que Panoramix n’y cueille ses plantes à potion.

Cette moquette armoricaine compose un tableau saisonnier paisible et coloré. Elle convoque la paix cérébrale, provoque le calme de l’âme, et sans équivoque aplanit les humeurs. Elle les embellit, les rafraîchit. Elle agit comme une drogue, comme une fumette après le sexe, entre rail d’Ouessant et chaussée de Sein. Elle pousse à la paresse, à la décontraction du gland comme disait l’autre !

Un petit coup de blues ? Allez hop, direction le sentier côtier. Envie de bouquiner ? Vite, une séance rocher-fauteuil en haut de falaise dans la toison odorante et vivifiante.

Lande Art © Patrice Morel (septembre 2020) Lande Art © Patrice Morel (septembre 2020)

Cette végétation rase et marine qui caresse, pique, et bourdonne, semble habitée par des esprits minuscules, des farfadets en tenue de carnaval, actifs, joyeux, maniant l’arrosoir, la serpette, et vaporisant ce jardin extraordinaire d’un parfum de miel immortel.

C’est bien ici, face aux souffles océaniques, que devraient venir s’asseoir et méditer nos excités du bocal, nos gouvernants à deux balles, incapables de sagesse et d’humilité.

Pour un Darmanin pousse-au-crime, j’ordonne une semaine le nez dans les ajoncs, au Cap de la Chèvre.

Pour un Castaner macho je prescris un mois de rando, pieds nus, entre l’ïle Vierge et les phallus dressés de Carnac.

Pour un Macron de Dieu divin je conseille un an de réflexion à la Baie des Trépassés, au milieu des bruyères cendrées. Cela le changera de la fleur de lys !

Sentier côtier dans l'anse de Dinan à Crozon (Finistère) © Patrice Morel (septembre 2020) Sentier côtier dans l'anse de Dinan à Crozon (Finistère) © Patrice Morel (septembre 2020)

La ZAD que je préfère s’étale donc ici, en bout de France, au pif de l’hexagone : un revêtement de sols design, 100% bio, à la fois vintage et furieusement contemporain. On y chemine en GR, ou mini sentiers mignons, entre flore ras-du-sol et insectes pollinisants.

Je suis tombé par hasard sur de vieilles vidéos des années 70, un reportage régional qui montrait la bordure de mer et les dunes verdoyantes de Crozon couvertes de tentes, véritable camping estival sauvage, anarchique et hippie, époque bénie de non réglementation mais aussi période inconsciente de saccage environnemental.

Il y eut ensuite, en ce lieu vaste et magnifique, un projet de complexe touristique autour d’un terrain de golf : la beauté réservée, l’Eden des riches, la propriété privée des privilégiés !

Fort heureusement, la raison l’a emporté. La création du Parc naturel régional d’Armorique en 1969, celle du Conservatoire du Littoral en 1975, puis la promulgation de la loi du même nom en 1986, et enfin l’installation du premier parc marin en mer d’Iroise en 2007, ont sauvé cette zone naturelle exceptionnelle et l’ont totalement préservée de la délirante activité humaine. Ce fut également le cas dans une partie majeure des côtes bretonnes qui s’étendent sur près de 3000 kilomètres de falaises, de criques, de dunes et de plages.

Vol stationnaire © Patrice Morel (septembre 2020) Vol stationnaire © Patrice Morel (septembre 2020)

La lande peut donc respirer, prospérer, embaumer. C’est presque un no man’s land !

Il est fort dommage pourtant que ces lois et institutions n’aient existé plus tôt. Elles auraient par exemple empêché la dévastation et la bétonnisation du littoral méditerranéen, véritable catastrophe écologique de l’après guerre.

A l’Ouest, on a donc sanctifié la nature maritime. Et l’on y vient désormais comme en pèlerinage. On s’agenouille. On bénit les dieux. On remercie le ciel. Notre dame de la lande permet aujourd’hui à la Bretagne de s’imposer comme un territoire de vie exceptionnel. Enfin presque. Il demeure en effet un combat prioritaire à mener : s’attaquer au mythologique caillon, divinité animale martyrisée, que l’on compte ici par millions, et dont le merdier asphyxie les sols et les eaux de ruissellement, recouvre certaines plage d’algues nauséabondes et mortelles. C’est le prochain combat breton ; cochon qui s’en dédie !

Jardin extraordinaire © Patrice Morel (septembre 2020) Jardin extraordinaire © Patrice Morel (septembre 2020)

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