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Billet de blog 20 janv. 2023

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Loup y-es-tu ?

Avoir le loup comme voisin modifie l'intensité d'une vie ! Et ramène l'égo à son minimum vital...

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Chemin du 20 janvier 2023

Loup y-es-tu ?

Dans le val de Lans-en-Vercors plusieurs attaques de loups ont déjà eu lieu © Patrice Morel (janvier 2023)

Moins quinze au mercure, il a peu neigé mais suffisamment pour faire tomber le grand froid sur la montagne. Cette nuit les loups sont certainement descendus près des villages. Une meute affamée a dévoré un poney lundi à Saint-Nazaire, dans le Vercors sud. Là-bas, c’est un peu le western, une terre d’aventure, quelques vastes plateaux d’altitude déserts, deux ou trois bourgs ensommeillés, de gros hameaux isolés, et des fermes épaisses perdues en milieu de clairières, comme celle choisie par l’écrivain Daniel Pennac, à Vassieux, pour y trouver source et ressources littéraires.

Le loup préfère évidemment ce Vercors très sauvage de la Drôme pour vivre à son aise. L’animal est un peu moins présent, moins tranquille, dans le secteur isérois, au nord du massif, zone plus habitée, plus proche de la grande ville. Ce qui n’empêche pas le garou de venir croquer une biche, en pleine nuit, dans le coeur des communes, comme ce fut le cas plusieurs fois à Lans-en-Vercors ou à Corrençon.

Il faut s’habituer à ce voisinage devenu plus abrupt et carnassier.

Derrière les maisons, à pas de loup, la bête approche ! © Patrice Morel (janvier 2023)

Depuis quarante ans, ma maison est posée tranquillement, à la lisière des forêts sombres. Je n’ai pas choisi l’endroit, ce fut un coup de foudre : un espace berceau, plein champ, avec vue grand large sur le val des « Quatre Montagnes », je n’ai pas mis de barrières, j’ai planté quelques arbres, cela permet aux chevreuils, aux renards, aux sangliers de traverser peinards devant chez moi, en me faisant un clin d’oeil !

Ici, dans les années 80 et 90, le loup n’existait pour personne ou presque. Il demeurait un personnage de conte, que l’on décrivait en fronçant les sourcils à ses enfants, une bestiole aplatie entre les pages d’un album et qui en sortait plus ou moins méchamment le temps d’un récit à dormir debout, ou pas !

Mais avec le siècle nouveau, la faune environnante, celle qui croise mon regard quand elle passe sous mes fenêtres, semble plus craintive : ongulés et mammifères forestiers cavalent et bondissent plus souvent qu’ils ne flânent sur mon lopin de terre. Certes, la circulation automobile et la fréquentation touristique ont augmenté, certes les chasseurs organisent des battues plus voyantes, mais surtout le loup est revenu, et ça change l’atmosphère !

Le Vercors, une terre de prédilection pour la faune sauvage © Patrice Morel (décembre 2022)

Alors vous allez penser, lui il n’aime pas la bête aux grandes dents. Il est du côté de mère-grand et du chaperon rouge. 
Pas du tout !

D’ailleurs ce matin, quand j’ai mis le nez à la fenêtre, quand j’ai senti que le congélateur naturel tournait à fond, je me suis dit : « il n’est pas loin », et cela m’a réjoui ; « il n’est pas loin le bougre, peut-être même est-il venu cette nuit jusque sur le palier. »

Un loup, c’est craintif et ce n’est pas effrayant pour l’homme, juste un peu glaçant, si l’on tombe sur lui, nez à museau, comme me l’avait raconté une bergère de la forêt de Lente : « j’ai ouvert la porte pour aller voir le troupeau, et ses yeux brillaient dans la nuit, près de l’enclos ! »

Mais oui, il faut bien qu’il croûte le gaillard ! Et régulièrement les brebis sont attaquées. Que faire, que dire, comment rendre moins passionné le débat ?

Vastes forêts, clairières solitaires, falaises escarpées, hameaux isolés, un territoire vite adopté © Patrice Morel (janvier 2023)

Pour le moment, qui est aussi me concernant celui d’une retraite bien méritée, obtenue après d’innombrables semaines de 60 heures et parfois plus (je dis cela par souci d’actualité, en pensant aux jeunes qui pourraient me traiter de privilégié, de vieux con et de OK boomer autocentré), pour le moment donc, disais-je, la présence d’un animal de légende à portée de domicile, ne me dérange pas, bien au contraire. Mes promenades solitaires n’en sont que plus fascinantes et mes convictions Rousseauistes renforcées.

Si certains élus, certain président, prenaient le temps de venir partager avec moi ces moments de marche en univers réel, ils rapetisseraient, perdraient probablement de leur égo, et renonceraient peut-être à leurs rêves de monarques ou de roitelets.

Là, vous dites, ce mec hurle avec les loups !

Mais non, une nature sans la bête, c’est un paysage aplani, lisse, une société endormie et apathique. Une forêt sans canis lupus, c’est comme une démocratie avachie, une monarchie républicaine ! Métaphore quand tu nous tiens, ahououou , ahououou …

"M'entends-tu, que fais-tu ?" © Patrice Morel (janvier 2023)

https://www.francebleu.fr/.../je-suis-restee-petrifiee-a...

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