Tous en forêt !

Les mots qui nous enveloppent ne sont pas beaux : confinement, covid, couvre-feu, épidémie, hospitalisation, intubation... Leur consonance inquiète, leur écho préoccupe. Ils nous enferment, nous emprisonnent. 21 mars, journée internationale des forêts ! L'occasion d'aller en sous-bois et d'oublier un instant virus et lendemains incertains...

Chemin du 21 mars 2021

Tous en forêt !

Forêts du Moucherotte , Vercors © Patrice Morel (mars 2021) Forêts du Moucherotte , Vercors © Patrice Morel (mars 2021)

Les mots qui nous enveloppent ne sont pas beaux : confinement, covid, couvre-feu, épidémie, hospitalisation, intubation... Leur consonance inquiète, leur écho préoccupe. Ils nous enferment, nous emprisonnent. Carcan verbal et camisole sanitaire.

L’individu est aux arrêts. On le surveille derrière l’oeilleton, on le juge, on le condamne. Privation de sortie, ni zinc, ni cinoche, masque sur le pif, gel sur les paluches, amendes pas douces et garde à vue.

Le bougre s’agite, s’irrite, s’excite. La réclusion le met en boule, en bile, en pelote, en pétard... Il faut le piquer pour le calmer.

Rat des villes, il prend la fuite : c’est l’exode, juin 40, la panique, la ruée derrière la ligne de démarcation et de réanimation, en carriole dorée ou rame bondée.

Rat des champs, il prend ses précautions, c’est l’attente, la drôle de guerre, le marché noir, les patates au fond de la cave, les conserves dans le vieux pétrin, un sanglier dans le congélateur, le pinard et la gnôle sous la paille, chevrotine et sulfateuse dans l’armoire du grand-père.

Vieilles branches © Patrice Morel (mars 2021) Vieilles branches © Patrice Morel (mars 2021)

«Pov’petit» comme dirait le gonze en Dauphiné avec l’accent de Saint-Marcellin : «ça va puis durer longtemps c’t’affaire ?»

A mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge.

Je soupçonne même certains Thénardier, sans revenu, ni retenue, de taper à la source sur le pèlerin de passage et de faire main basse sur le grisbi. Comme jadis là-haut en Ardèche, du côté de Peyrebeille... D’ailleurs le fait-divers peu ordinaire commence à fleurir tel la jonquille en sous-bois, et les manchots du PSG sont visités de nuit alors qu’ils se dandinent en caleçon dans leur parc des princes.

Mais je m’égare ...

Où voulais-je en venir ?

Ah oui... Il y a bien une solution pour éviter la mise au gnouf, un vrai choix sauvage pour s’épargner la geôle, le trou, la taule...

Prendre le maquis, voilà c’est ça, devenir Robin Hood et s’évader sous la canopée, se planquer, renifler et respirer dans le petit bois derrière chez soi, ou dans l’immense forêt tout là-bas : Fontainebleau, Compiègne, Brocéliande, Chambord, Tronçais, Huelgoat, Iraty, Vizzavona, les Palanges, la Chartreuse, le Vercors ! Echapper aux maux du moment, être homo sapiens tout simplement, fuir entre les troncs dressés, slalomer sous les branches caressantes, oublier les porte-voix de l’information, rejeter la morale bien pensante, faire litière des oukases, zapper les mises en demeure, être libre et embrasser les arbres.

Hêtre ou ne pas hêtre ? © Patrice Morel (mars 2021) Hêtre ou ne pas hêtre ? © Patrice Morel (mars 2021)

Justement, ce dimanche 21 mars a été baptisé «journée internationale des forêts». Cela tombe à point. Ma promenade quotidienne est baignée de chlorophylle et de sève contenue, d’odeurs de résine et de planches écorcées. Sous les feuilles en tapis, l’underground frémit, les racines se moquent bien des corneilles, les bourgeons mettent le nez dehors, les oiseaux se fichent pas mal du covid et font du trapèze.

Certes, à l’orée du printemps, l’hiver a tenté de frapper une dernière fois. Comme le virus. Vicieusement. Sans prévenir, il a recouvert la montagne d’une sacrée poudreuse. Mais le Vercors est vacciné. D’Ambel au Moucherotte, des Coulmes à la Grande Cabane, de Lente aux Ecouges, les anticorps font leur boulot, le suc irrigue les troncs, l’épicéa est droit comme un «i», le pin à crochets s’accroche, le fayard n’est pas fuyard, les belles billes résistent, hardies du tronc, comme d’habitude.

Et finalement cette chantilly onctueuse qui recouvre la futaie à l’heure des primevères me ravit. Depuis tout petit, le dimanche, j’aime bien me régaler d’une pâtisserie à la crème. Voici donc la récompense : forêt noire et sucre glace, c’est chou, non ?

Petit bois derrière chez soi ! © Patrice Morel (mars 2021) Petit bois derrière chez soi ! © Patrice Morel (mars 2021)

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