Octobre fauve

L'automne offre couleurs et beauté. C'est aussi la saison scolaire par excellence : nouveaux cours, nouvelles rencontres, bonheurs neufs, amours et mélancolie. Le premier trimestre 2020-21, hélas, restera celui de l'horreur : octobre des fauves !

Chemin du 22 octobre 2020

Octobre fauve

 © Patrice Morel (octobre 2020) © Patrice Morel (octobre 2020)

L’école, ça vous reste dans la peau, et surtout l’automne, avec ses couleurs, l'ocre et le carmin, ses odeurs de pommes et de raisin. Souvenez-vous, c’était hier, ou avant-hier, sur le chemin, vous aviez la tête en l’air et un peu de chagrin, vous aimiez ces branches d’or et de sang qui pliaient sur les jardins, ces papillons de végétal endormi qui tombaient dans les caniveaux, vous marchiez vers votre destin, vers la porte obligatoire, avec plus ou moins d’envie, vers l’odeur puissante des couloirs de la République, et des fournitures scolaires, cuir et craie pour les plus anciens, plastique des protège-cahiers, colle Cléopâtre, fumet bien dégueu du réfectoire, ou du self, frites grasses, lentilles à la nage, oui souvenez-vous de ces mois d’automne lointains, un peu enfouis, parfois oubliés, quand votre regard se portait vers le ciel adouci derrière une vitre de la classe enfantine ou du cours moyen ...

 © Patrice Morel (octobre 2020) © Patrice Morel (octobre 2020)

Je pensais à tout cela, hier matin, en roulant dans ma montagne d’octobre, en écoutant les infos, et les commentaires horrifiés sur l’assassinat, la décapitation, de ce professeur à Conflans.

Octobre rouge. Octobre sanglant. Automne malade.

L’école est un terrain miné. 

Que doit-on enseigner et comment ?

Parfois, lorsque je me promène ainsi sur les routes des Alpes, je fredonne involontairement quelques paroles d’une très vieille chanson que nous apprenait notre instituteur à la fin des années 50 ; ça disait comme ça :

« Qu'elle est jolie notre rivière

Qu'elle est jolie notre maison

Qu'elle est jolie la France entière

Qu'elle est jolie en toute saison !

Montagnes bleues l'été, l'hiver montagnes blanches

Printemps du mois d'avril, automne au chant berceur ...»

 © Patrice Morel (octobre 2020) © Patrice Morel (octobre 2020)

En rentrant chez moi, hier, j’ai voulu savoir d’où venait ce refrain entraînant que l’on ingurgitait en primaire. Alors figurez-vous qu'il s’agit d’un chant écrit par Charles Trénet en 1941 pour ne pas déplaire au Maréchal Pétain, intitulé «la Marche des Jeunes» !

J’en suis resté sur le cul : moi le passionné de Résistance, qui conchie à longueur de temps le Maréchal, la Révolution Nationale de 1940, moi le pourfendeur de Doriot, de Laval et Darnand, j’ai donc les neurones encore squattés par un air collabo. Ben merde alors !

Je n’en veux pas à mon instituteur à postériori. Il m'a appris tant de choses positives. Et puis Charles Trénet avait de bons côtés aussi. Mais quand même, le doute m’habite... Les programmes incluaient-ils ce morceau d’anthologie à l’époque ?

Il est vrai que dans l'après-guerre chez le curé on chantait du latin de messe, et chez le maître d'école on entonnait plutôt du français très martial: "le Chant du Départ", "les Allobroges", "la Marseillaise"... Dans les villages c'était le temps des fanfares. Logiquement l'école marchait au pas. Jusqu'au rock'n roll. Jusqu'en 68 ! La pédagogie dans l’enseignement public évolue avec l'état et le contexte de la société. Logique.

Aujourd'hui, face aux montées populistes et religieuses, face aux fanatismes, enseigner l’indispensable liberté d’expression comme le faisait Samuel Paty est vital. Nécessaire. Pulmonaire. C’est résister à l’intolérance, à l’intégrisme, aux fous de dieu.

 © Patrice Morel (octobre 2020) © Patrice Morel (octobre 2020)

Je serai prof actuellement, en plein automne de désarroi, quand les enfants et les ados ressentent profondément l’horreur de l’actualité, et la mélancolie de cette saison particulière, je mettrais au programme des chansons d’amour qui les encourageraient à l’expression, à écrire, à dire, à raconter, à échanger, à s’engager...

«Chanson d’automne» de Verlaine, par Georges Brassens : https://www.facebook.com/watch/?v=654337874726616

«Octobre» de Cabrel : https://www.youtube.com/watch?v=Pesye8CpYpY

«L’automne» de Christophe Maé : https://www.youtube.com/watch?v=LDShTzfumQk

Et en cours d’anglais, «forever autumn» des Moody Blues : https://www.youtube.com/watch?v=Al-ESH-XfQc

Il y en a d’autres. «Chanson d’automne» par le groupe «I Am», par exemple, plus dure, plus guerrière et désespérée, mais qui dit ceci

"Saisis ma main

De bon cœur j'la tends

Fleur délicate

Cœur battant

Et là c'est tous c'que j'ai

Tiens dans ma paume

Papier froissé

Chanson d'automne..."

Oui, il y en a d’autres, alors à vous de proposer et de faire aimer l’été indien .

 © Patrice Morel (octobre 2020) © Patrice Morel (octobre 2020)

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