Chemin du 27 décembre 2025
C'était Dany du maquis !
Agrandissement : Illustration 1
J’ai marché avec lui, en 2004, du côté de la ferme d’Ambel, un bout du monde perdu dans la neige où les hivers sont terribles. Sur ce haut plateau dénudé, les flocons filent à l’horizontale sans obstacle, sans retenue, sans pitié. Pourtant c’est bien ici, dans ce désert montagnard, que le premier camp de réfractaires du Vercors s’est installé en février 1943, sous couverture de bûcheronnage et sous les ordres du lieutenant Stephen (André Valot). De nombreux jeunes qui refusaient de partir travailler en Allemagne pour l’occupant nazi se réfugièrent dans les zones boisées et tentèrent de vivre comme la troupe de Robin en forêt de Sherwood :
« On leur apportait du pain, des pommes-de-terre, du vin, et c’était loin, il n’y avait pas de route, c’était escarpé, mais on avait la santé et surtout on détestait les boches ! »
Agrandissement : Illustration 2
Daniel Huillier avait donc 15 ans seulement et il entrait en résistance. Depuis son village de Villard-de-Lans il n’hésitait pas à faire des dizaines de kilomètres pour que le camp d’Ambel puisse subsister malgré l’isolement et le climat. Il fallait que survive la cinquantaine de maquisards réunis en cet endroit perdu ; il s’agissait essentiellement de cheminots de la région grenobloise, employés protégés et salariés d’une société forestière dont la famille Huillier était partie prenante.
« Ces jeunes coupaient les arbres, et les troncs étaient descendus vers la vallée de Bouvante par un câble qui défiait le vertige m’expliquait Dany, et il ajoutait avec un sourire malicieux : « les Allemands récupéraient le bois et ne se doutaient pas qu’ils finançaient un camp de « terroristes », comme ils appelaient alors les dissidents ».
J’ai encore marché avec Dany, dans la prairie de Darbounouse, au coeur du massif du Vercors. Il y avait avec nous le grand Eloi Arribert, un courageux qui avait affronté les Allemands en juillet 44 à Valchevrière, hameau incendié dont les ruines restent préservées aujourd’hui.
Agrandissement : Illustration 3
Darbounouse, c’est magique : une immense clairière loin de tout, en forme de coquillage où eut lieu le premier parachutage d’armes sur le massif en novembre 1943. Daniel Huillier et Eloi Arribert m’ont conduit jusqu’aux endroits où tombèrent du ciel, sous parachutes, les containers remplis de fusils, de mitraillettes Sten, de munitions, mais aussi de biscuits, de corned-beef et de chocolat :
« Il y avait quatre avions qui sont arrivés de nuit, dans l’axe de la prairie. Nous avions allumé les feux et les pilotes ont bien repéré le terrain malgré les forêts très denses alentours. Ce sont les premières armes dont ont disposé les gars du Vercors. En novembre 43, il y avait déjà plusieurs camps organisés et les types ont été rassurés, on ne nous oubliait pas ! C’était une impression très forte, l’enthousiasme était total, on voulait en découdre avec les Allemands ! »
Enfin j’ai marché avec Dany à Saint-Nizier-du-Moucherotte, sur ce que l’on peut appeler « le balcon de la gloire », une sorte de très grande terrasse naturelle dominant Grenoble, faite de prés, de haies, de bosquets, sous la montagne des « Trois Pucelles ». Ici, en juin 1944, des maquisards héroïques, dirigés par le capitaine Goderville, c‘est-à-dire le grand écrivain Jean Prévost, ont repoussé l’attaque allemande déclenchée depuis la vallée.
« Ce fut une victoire, mais de courte durée. Les Allemands sont revenus avec des forces bien plus importantes et ont repoussé le maquis vers l’intérieur du massif. Beaucoup de maisons et de fermes furent incendiées à Saint-Nizier. Aujourd’hui, il y a là une nécropole où sont enterrés de nombreux résistants, et bien sûr Jean Prévost qui tomba dans une embuscade au pied du Vercors le 1er août 1944. »
Agrandissement : Illustration 5
Après guerre, Dany Huillier s’occupa d’entretenir, avec l’association des « Pionniers du Vercors » dont il devint président, la mémoire des combattants qui laissèrent leur vie sur ce territoire long de soixante kilomètres et large de quarante. Daniel fut aussi un joueur réputé de hockey sur glace, international français, et plus tard président du club des « Ours de Villard-de-Lans » dont les joutes avec les « Brûleurs de Loups de Grenoble » constituèrent, des années durant, un rendez-vous épique, très haut en couleur.
Dany nous a quittés en cette veille de Noël 2025, laissant le souvenir d’un homme carré, solide, le dernier maquisard du Vercors !
Agrandissement : Illustration 6