La bataille du rail

France Télévisions diffuse ce jeudi 30 avril 2020 à 22h 50 un documentaire consacré au sauvetage de la ligne ferroviaire des Alpes, entre Grenoble et Gap. Une victoire obtenue de haute lutte par un collectif de défense de cette voie ferrée qui devait être supprimée.

Chemin du 29 avril 2020

 La bataille du rail ...

Passage à niveau près de Clelles avec le massif de l'Obiou barrant l'horizon © P.Morel/E.Corre Passage à niveau près de Clelles avec le massif de l'Obiou barrant l'horizon © P.Morel/E.Corre

Quand ma chronique rencontre le beau travail journalistique réalisé par l’un de mes enfants, je ne peux être que «bien riant» comme on dit en Dauphiné  !  Et le Dauphiné, précisément, offre ses plus beaux paysages à ce documentaire réalisé par Pierrick Morel et son collègue Emmanuel Corre : «Notre train quotidien» .  Le film retrace en 52 minutes le combat victorieux livré depuis des années par des gens simples voulant conserver leur unique moyen de déplacement. On parle ici de la magnifique ligne ferroviaire des Alpes, entre Grenoble et Gap. Une voie unique mais combien nécessaire à la vie des populations qu’elle traverse.

Dans la cabine ... © P.Morel/E.Corre Dans la cabine ... © P.Morel/E.Corre
 Depuis 150 ans, la machine et ses deux ou trois rames serpentent au pied des montagnes du Vercors, du Trièves et des Hautes Alpes, s’engagent sous les tunnels ancestraux, franchissent des viaducs impressionnants, et stoppent dans de nombreuses petites gares à l’ancienne, formidables témoignages en dur de ce que savaient faire les cheminots du siècle passé.  Cette ligne superbe, en bord de précipices spectaculaires, parallèle à des torrents et des rivières indomptés, était condamnée par les choix budgétaires de gouvernements successifs. Les politiciens parisiens et la SNCF préféraient miser sur la grande vitesse, oubliant les besoins élémentaires de ces Français dont la vie est liée au chemin de fer, à leur train, à leurs travailleurs du rail.  Ces "messieurs qu'on nomme grands" étaient incapables d’imaginer la vie des populations montagnardes, ou pire, étaient indifférents à leur sort. Ils se montraient plus soucieux de leur petite carrière dans la capitale que de l’avenir immédiat de ceux qui les avaient élus.

Patatras, ils ont perdu !

Passage hivernal au col de Lus-la-Croix Haute © Collectif Etoile Ferroviaire de Veynes Passage hivernal au col de Lus-la-Croix Haute © Collectif Etoile Ferroviaire de Veynes
 Et pourtant la lutte était quasi impossible à gagner. C’était «chronique d’une mort annoncée».  Des mois, des années, de protestation, d’actions parfois spectaculaires, rien n’y faisait. 
Et puis il y eut l’an dernier les revendications portées par les «Gilets Jaunes». Ont-elles contribué à faire basculer la décision finale en faveur des combattants du petit train des Alpes ? En tout cas elles ont éclairé d’un jour nouveau la colère des délaissés, le désespoir «des gens  qui ne sont rien» pour reprendre une formule présidentielle.
Depuis sa montagne, Bianca va travailler tous les jours à Grenoble © P.Morel/E.Corre Depuis sa montagne, Bianca va travailler tous les jours à Grenoble © P.Morel/E.Corre
 

Quand j’étais étudiant à Grenoble, il y a si longtemps hélas, j’avais deux amies qui chaque lundi et chaque samedi empruntaient la ligne entre Grenoble et Gap. Quand elles débarquaient sur le campus avec leur accent chantant des Hautes-Alpes, c’était le soleil du sud qui éclairait la grisaille hivernale grenobloise. N’est ce pas Claudine et Francette ?

Nicole n'a pas de voiture ; le train lui permet d'aller voir ses enfants à Grenoble © P.Morel/E.Corre Nicole n'a pas de voiture ; le train lui permet d'aller voir ses enfants à Grenoble © P.Morel/E.Corre
Aujourd’hui encore nombreux sont les étudiants fidèles au train bleu, mais il y a aussi Bianca qui bosse à Grenoble et habite dans la verdure du Trièves, il y a Nicole qui n’a pas de voiture et a besoin du chemin de fer pour aller en ville, chez le coiffeur ou voir ses enfants, il y a Joseph-Emmanuel qui travaille à Lyon et qui chaque week-end revient en famille près de Gap, il y a Oualid qui après un grave accident regagne peu à peu de l’autonomie grâce au train.

Cette véritable ligne de vie irrigue des terres sauvages loin d’être abandonnées. Elles sont habitées par des gens fiers, ancrés dans un pays authentique, et moderne qu’on le veuille ou non. C’est la France surprenante des oiseaux, des chevreuils, des loups aussi, celle de l’agriculture biologique et du télétravail, celle des paysans et des auto-entrepreneurs, la France des destins choisis, du labeur et des vacances, de la beauté et de l’air transparent, la France enviée désormais par bien des confinés urbains.

Hier soir j’ai regardé le film consacré au danseur Rudolph Noureev. J’ai découvert avec amusement que même adulte et adulé, il restait fasciné par les petits trains électriques et leur environnement. 

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La locomotive, les wagons, les passages à niveaux, les gares de campagne, les ponts et les tunnels, les aiguillages, les rails font partie de notre univers à tous. Le TGV aussi, évidemment. Mais pourquoi décider dans un bureau aseptisé de Bercy que la rentabilité doive absolument tuer la mobilité ?

La bataille gagnée par les maquisards du rail dans les Alpes est un premier pas. Et logiquement, les lendemains de confinement devraient confirmer ce retour à plus d’humanité. Ou alors, c’est à désespérer.

Notre train quotidien, France 3, inédit, réalisé par Pierrick Morel et Emmanuel Corre, une coproduction Capa, avec la participation de France Télévisions et du CNC. Durée 52’36 .

Voici le lien vers le "replay" de ce documentaire :  https://www.france.tv/documentaires/societe/1409683-notre-train-quotidien.html

En approche de la cuvette grenobloise. Au fond le massif de la Chartreuse . © P.Morel/E.Corre En approche de la cuvette grenobloise. Au fond le massif de la Chartreuse . © P.Morel/E.Corre

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