Mettre les voiles ...

Rentrée masquée dans les grandes cités. Populisme et dictatures au galop. Il faudrait pouvoir rester au bord de l'eau et admirer les papillons de l'été 2020 !

Chemin du 29 août 2020

Mettre les voiles...

Les vacances, loin de monsieur Hulot © Patrice Morel (août 2020) Les vacances, loin de monsieur Hulot © Patrice Morel (août 2020)

La rentrée est angoissante. Le virus reste actif. Les gouvernants sont impuissants. Quelques mabouls dirigent des pays majeurs. La police et les milices tirent sur tout ce qui bouge, aux USA, en Turquie, à Hong-Kong. Le vil poison revient au goût du jour. Des élections sont truquées pas loin de chez nous...
Que faire ?
J’ai jeté mon masque à bactéries, j’ai pris mon casque à musique, j’ai chargé mon sac à dos, serviette de bain, appareil photo, bouquin, et j’ai changé d’époque...
Ballet contemporain dans l'anse de Dinan à Crozon © Patrice Morel (août 2020) Ballet contemporain dans l'anse de Dinan à Crozon © Patrice Morel (août 2020)

Dylan nasille et gratte, il me guide sur le sentier de la plage. Entre fougères et ronciers la piste devient «highway 61», le paysage s’impose, grandiose, sable, falaises, océan, j’oublie Erdogan, je zappe le Kremlin, je marche pieds nus, les coquillages s’étalent à perte de vue, les oiseaux de mer sont aux affaires, penchés sur les algues à la traîne, et surtout des dizaines de papillons colorés flottent entre liquide bouillonnant et nuages turbulents : ce sont des humains éthérés, suspendus aux souffles marins, danseuses et danseurs contemporains exécutant un ballet unique, citoyennes et citoyens en combinaison noire oubliant les affres du quotidien, black blocs non violents, très mobiles, jaillissant ici, bondissant là, manifestants pacifiques sous banderoles arc-en-ciel, libres sous pavillon de plaisance, la paix en étendard, tous anars, tous le panard ! Et je crois savoir ce qu’ils pensent : ils conchient les crétins qui nous dirigent !
J’exagère peut-être un peu !
L'été de l'oubli ... © Patrice Morel (août 2020) L'été de l'oubli ... © Patrice Morel (août 2020)

Qu’y a-t-il dans le cerveau d’un homme poisson, d’une sirène volante, que pense ce mec musclé, bras tendus vers un bout de tissu dérisoire, jambes en appui sur une latte minuscule ? Probablement est-il branché sur le seul présent, sur l’immédiat, sur l’instant qui court, l’équilibre en cours, mais pas sur le cours politique des choses, il ne va pas se la mettre au court-bouillon, la rate, hein !
Quand même, c’est mon huitième été en ce bout du monde ensorcelé, et jamais je n’ai vu autant de lépidoptères sportifs en mer d’Iroise ! Fuite en avant vers un paradis français ? Echappée belle au royaume salé ? Refuge inespéré en terre iodée ?
Dans mes oreilles la basse lourde de Deep Purple scande «smoke on the water». Pétard du passé, mais joint contemporain : la fumée rock-and-roll convient bien à ce spectacle acrobatique et fluide, à ces pirouettes célestes et ces plantages aquatiques. Un type devant moi regarde ce cirque du soleil en connaisseur ; on dirait Tati avec son bob, le grand Jacques sans sa pipe : c’est jour de fête, les vacances loin, très loin, de M. Hulot, ministre humilié...

Papillons en mer d'Iroise © Patrice Morel (août 2020) Papillons en mer d'Iroise © Patrice Morel (août 2020)

Ici, on contemple et on oublie ! On n’attend plus grand chose du monde d’en haut, des sinistres cravatés et des marchands d’illusions, alors on se le fait soi-même le monde rêvé, au large, en bas, en haut, avec quelques ronds dans l’eau.
Cet été 2020 me paraît surréaliste. Difficile à cerner. Par certains aspects, et j’espère bien me tromper, il pourrait faire songer à l’été 39 quand tout le monde pensait au conflit proche et jouait l’oubli dans les plaisirs de la belle saison.
Les fous sont à la tête des peuples. Et le peuple s’en fout.
Mellow Yellow © Patrice Morel (août 2020) Mellow Yellow © Patrice Morel (août 2020)

Nino m’a rejoint, gentil et pessimiste, voix d'hier dans mes esgourdes. Je longe la marée et sa ligne blanche d’écume, "le temps dure longtemps", j’avance vers les rochers noirs, "on dirait le sud", il y a des pins maritimes sur la lande mauve, cela sent l’algue et le miel, le soleil tape, il y a plein d’enfants qui se roulent sur le sable, il y a plein de chiens, il ne manque rien, le sable blanc brille de diamants, on dirait le sud, «un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien, on n’aime pas ça mais on ne sait pas quoi faire, on dit c’est le destin ...»
L’été des papillons, c’était pourtant bien !
Sous le grain © Patrice Morel (août 2020) Sous le grain © Patrice Morel (août 2020)

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