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Billet de blog 1 nov. 2017

Pr. Noureddine Aoussat / L'affaire Tariq Ramadan : Lui, elles, et nous autres...

Voilà donc maintenant plus d’une semaine, que les réseaux sociaux -Twitter et facebook-, s’enflamment d’articles et de posts sur l’affaire Tariq Ramadan. Quelle doit-être la réaction la plus juste des musulmans de France ? En fait, ce que je redoute le plus dans cette affaire, ce sont les excès de réactions, dans un sens comme dans un autre, chez nos autres, j'entends !

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L’affaire Tariq Ramadan : Lui, elles et nous autres…

Le triptyque salvateur

Cette lettre, même si ses premiers destinataires sont les musulmans, elle est ouverte à tous.

En guise de rappel

L’islam nous apprend qu’il y a trois choses sacrément inviolables, chez tout être humain : La vie, l’honneur et les biens en possession. Nul ne peut, sous peine de condamnation dans cette vie et dans l’autre, attenter à la vie d’autrui, ou l’injurier et porter atteinte à son honneur, ou encore lui voler et le déposséder d’un bien sans son accord et consentement.

Dans un étonnant et troublant, mais néanmoins authentique récit, le compagnon Ibnou Omar affirme que l’honneur du musulman est encore plus sacré que celui de la Kaaba. Je dis que ce récit est troublant, car il semble aujourd’hui difficile de réaliser qu’insulter un musulman, le calomnier, porter atteinte à son honneur et sa considération soit plus grave que d’insulter la Kaaba, qui, en revanche est unanimement respectée et révérée par tous les musulmans.

Malheureusement, dans les pays musulmans, ou ailleurs où les musulmans vivent en nombre, cette inviolabilité de l’honneur et de la dignité de la personne est très peu respectée ; ce qui est fort regrettable. Mais en dépit de cet état de fait, il n’en demeure pas moins, qu’aujourd’hui plus que jamais : les enseignements de l’islam ont toujours considéré, et considèreront toujours, que porter atteinte à une personne dans son honneur et sa dignité ou l’en accuser est un fait très grave.

Subséquemment, et pour préserver l’honneur de la personne et sa dignité, entre autres dispositions, l’islam a formellement et expressément interdit toute relation sexuelle hors mariage, même avec le consentement des deux parties.  Et comme cette relation est considérée comme un acte fortement répréhensible et infamant même, l’islam interdit formellement toute accusation de fornication, formulée sans preuves solides à l’encontre de toute personne proche ou lointaine.  

L'affaire Tariq Ramadan 

Voilà donc maintenant plus d’une semaine, que les réseaux sociaux -Twitter et facebook-, s’enflamment d’articles et de posts sur l’affaire Tariq Ramadan. Et Il va sans dire, qu’il soit dit en passant, que cette affaire est une superbe aubaine pour la fachosphère et la galaxie islamophobe. Caroline Fourest, qui dit attendre cette occasion depuis 2011, exulte de joie dans son édito du dernier Marianne. D’ailleurs, elle n’a attendu ni que l’accusé soit écouté, ni que la justice rende son verdict, pour le condamner sans appel. Elle va même plus loin…, -serait-ce étonnant de la part de cette sérial menteuse ? - Quant à la rédaction de ce magazine, elle triomphe déjà de « la chute annoncée d’un tartuffe islamiste » !

Il va sans dire également, et on n’a point besoin de le deviner, que tout porte à croire que ces éclats de joies et ces jubilations, et ce, jusqu’à ce que la justice se prononce, vont aller crescendo.

Que dire de tout cela ? Disons tout simplement que tout le monde connait la haine et l’hostilité que ces médias vouaient déjà à Tariq Ramadan, bien avant qu’il n’y ait une quelconque plainte ou dénonciation de ce genre. Ces personnes et ces médias, le haïssaient pour ses idées, qu’ils avaient du mal à contrer, et encore moins à abattre. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui espèrent, enfin trouver en ces plaintes, l’angle d’attaque pour liquider « l’homme qui cherchait à islamiser l’Occident » (dixit le magazine l’Express, en 2004). Bref !

Bref, écris-je, spontanément ! . Mais pourquoi bref, en fait ? Ce n’est pas parce que, ce que je viens d’écrire plus haut est sans importance, loin s’en faut. Bref, parce que tout cela est su et connu, et n’est que périphérique par rapport à ce qui doit-être central dans cette affaire. À mon sens, il y a des aspects de cette affaire encore plus importants à évoquer : Quelle doit-être la réaction la plus juste des musulmans de France, de Suisse ou d’ailleurs, face à cette affaire ? Voilà la seule raison qui me motive à rédiger ce papier.

En fait, ce que je redoute le plus dans cette affaire, ce sont les excès de réactions, dans un sens comme dans l’autre. Voilà pourquoi j’insiste pour que tout excès de réaction émotive ou subjective, doit-être jugulé par la tempérance de l’esprit et la sérénité de la réflexion, d’une part ; et l’objectivité du jugement et la dignité du comportement, d’autre part.

Mais malheureusement, tout cela est plus facile à dire qu’à faire. Alors, puissions-nous, à défaut de parvenir vraiment à cette position juste, au moins nous en rapprocher autant que faire se peut… ? Nous n’avons en tout cas pas le choix, c’est même un devoir moral et islamique de le faire. Être juste dans son jugement et son témoignage est le huitième commandement du Coran : « Et quand vous témoignez, soyez impartiaux, fût-ce à l’égard d’un proche parent ! », nous dit Allah. [152 ; 6]

La preuve s’il en fallait une, pour montrer que c’est plus facile à faire qu’à dire, c’est qu’en analysant les réactions des musulmans, une typologie de trois tendances s’est d’ores et déjà dégagée.

Les musulmans qui arc-boutent derrière le déni !

En effet, par rapport à ces accusations sordides et gravissimes, il y a une première partie de nos frères et sœurs qui crie au complot, et arc-boute derrière le déni total. Il convient donc de préciser ce qui suit : Même s’il n’y a aucun doute que Henda Ayari, la première accusatrice de Tariq Ramadan est aujourd’hui une militante anti-voile islamique ; et ses publications sur son compte tweeter le montrent bien ; tout comme, quand on lit certaines de ses publications et les photos qui vont avec, on sent bien que cette dame est fragile sur le plan de l’identité et la psyché.  N’est-elle pas facilement manipulable ? ; est-elle déjà manipulée, notamment par la sphère sioniste ?  Ces questions sont très sensées, au vu de beaucoup d’indices. Quant à l’autre porte drapeau de l’actuelle campagne anti Tariq Ramadan, et qui répond au nom de Lucia Canovi, elle est visiblement une illuminée qui croit que la terre est plate, et que Jeanne d’Arc est une prophétesse, et d’autres idées noires et glauques. Toutefois, ceux qui se servent de ces deux cas pour crier au complot, devraient ne point sous-estimer le fond de cette affaire. En effet, d’autres plaintes moins bruyantes risquent de tomber dans les jours qui viennent, et la position de déni sera de moins en moins tenable.

Par contre, se borner à dire que Tariq Ramadan est au demeurant présumé innocent, et il restera innocent, en dépit de la multiplication des plaintes -quelle que soit leur sérieux-, jusqu’à preuve de sa culpabilité par voie de justice ; est une attitude à mon sens digne, juste et raisonnable.

Donc, pour l’instant, islamiquement, laïquement, universellement, toute personne honnête et digne, à moins d’être malveillante et de mauvaise foi, doit considérer Tariq Ramadan comme présumé innocent de ce dont on l’accuse, jusqu’à preuve de sa culpabilité.

Je parlerai un peu plus loin, quand j’évoquerai le triptyque salvateur, des trois attitudes que doit observer le musulman ou la musulmane quand un-e coreligionnaire est accusé-e d’adultère.   

 Les musulmans qui le condamnent avant même le procès ! 

Le deuxième type de réaction, est celui qui regroupe ceux et celles qui n’en ont cure du principe universel de la présomption d’innocence. Certes, ils ne sont pas assez nombreux pour l’instant, mais ce type de réaction, sous l’effet des médias, risque de grossir dans les jours et semaines qui viennent. Nous lisons déjà depuis une petite semaine ici et là sur facebook, des posts d’acteurs de la communauté, qui sous forme de fables, de questions posées soi-disant pour le débat, ou d’autres procédés, s’attaquer à Tariq Ramadan, le jetant en pâture. On peut dire que ce sont leurs sentiments, et leurs pressentiments, qui leur dictent cette conduite, en négligeant le sacro-saint principe de préemption d’innocence. Mais personne n’est dupe, il doit y avoir aussi une bonne dose de ressentiments accumulés durant des années, envers un homme qui dérange beaucoup, à tort ou à raison, même au sein de la communauté.

À toutes ces personnes, on ne saurait trop les conseiller de se retourner vers elles-mêmes, et chercher au fond d’elles-mêmes, pour trouver un peu de dignité qui les fera taire et cesser de désigner comme coupable un homme, qui n’est, pour l’instant et avant que la justice n’ait tranché, qu’un accusé !  

Force est de constater donc, que quand les premiers semblent avoir hissé Tariq Ramadan sur un nuage, le sanctifiant et considérant presque comme un infaillible, ; en revanche, ces derniers semblent avoir porté l’accusé sur l’échafaud, et prêt à l’exécuter, sans procès. Les extrêmes ont rarement, -pour ne pas dire jamais- raison !  Toutefois, et comme je l’ai déjà expliqué plus haut, la raison, l’éthique, la justice du jugement et la justesse du propos -qu’on peut prononcer en de tels cas- reste de dire et clamer mordicus : qu’un accusé bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à ce que la justice le déclare coupable.

Les silencieux, les gênés, et les désabusés

Le troisième type de réaction, et qui forme le plus gros contingent, est celui des silencieux. Certains sont habituellement taiseux, mais d’autres sont curieusement silencieux. Or, personne n’est dupe, et sans même minimiser la difficulté de se prononcer sur un tel sujet ; néanmoins certains silences sont trop bavards, voire assourdissants. « On dévoile plus souvent ses opinions par son silence que par ses paroles » écrivait la poétesse Constance de Théis, dans pensées diverses en 1835.

Certaines personnes ou associations qu’on croyait amis ou proches de Tariq Ramadan, sont curieusement plongées dans un mutisme, qui en dit long. Encore une fois, même s’il n’est pas facile de se prononcer en de telles circonstances, mais garder le silence et ne pas s’exprimer est incompréhensible.

Alors, que faut-il penser de cette affaire ? Que faut-il faire à présent ? ; Que faut-il dire ? ; comment faut-il réagir ?... Autant de questions qui taraudent nombre de gens. Je ne prétends pas apporter dans ce papier la réponse définitive à toutes ces questions, mais je ne pourrais me dérober au devoir qui est le mien de prodiguer conseil et bonne parole j’espère, à qui veut l’entendre.

La première et dernière fois, où je me suis assis côte à côte avec Tariq Ramadan, remonte à avril ou mai 1994. Nous avions co-animé un atelier-débat sur le thème de « la solidarité et la fraternité ». C’était au 4ème et dernier congrès de l’Ujm à Villeurbanne, à Lyon. À l’époque, j’étais encore étudiant en doctorat à Aix-en-Provence. Depuis, il m’est arrivé de le croiser et échanger les salutations et autres amabilités, sans jamais nous y attarder. Je connais très bien le frère Tariq Ramadan, surtout sur le plan intellectuel, à travers ses écrits. Cette lettre est plus une analyse et de prise de position qu’un témoignage personnel.

Aujourd’hui, ce frère se trouve soumis à une terrible épreuve, et plus que jamais, à mon sens, il a besoin de notre solidarité. Mais solidarité, ne signifie point qu’on le couvre d’une infaillibilité, ou d’une quelconque impeccabilité du comportement, qui fait dire à certains que cette accusation « c’est impossible ». Tout est possible chez l’être humain, quel qu’il soit, même chez les prédicateurs et religieux, excepté les messagers et prophètes envoyés de Dieu, qui, eux sont vraiment infaillibles.

Les décrets d’Allah, ce qu’Il prédestine aux uns et aux autres, et les épreuves auxquelles Il soumet certaines personnes, restent toujours impénétrables et insondables, et souvent incompréhensibles même.

Il faut partir du principe que Dieu est Omnipotent, Dieu est Omniscient, et rien ne peut arriver sans qu’Il ne le sache et sans qu’Il ne le veuille. Certaines choses peuvent arriver dans la vie, Allah ne les aime pas, Allah ne les agrée pas non plus, mais ontologiquement il les a voulus et a permet qu’elles adviennent.

L’homme reste entièrement responsable et maître de son action tant en bien qu’en mal. Mais il y a parfois, voire souvent, une part de mystère de ce que l’homme est capable de commettre tant en bien qu’en mal, et qui échappent à notre entendement. Encore, une fois la Sagesse d’Allah et Sa volonté restent parfois insondables et impénétrables, et sachons rester humbles, essayer de comprendre sans toutefois prétendre pouvoir tout expliquer.

Sachons donc comprendre les évènements de la vie, appliquons-nous à les analyser avec raison, sagesse et sérénité, et, ensuite, tirons avec courage et espoir, toutes leçons en conséquence.

Le triptyque salvateur :

Le Coran a rendu immortel et inoubliable un épisode de la vie du Prophète salla Allahou ‘alayhi wa sallam, quand sa belle-aimée et épouse Aïcha fut accusée par un hypocrite d’avoir commis l’infâme. Ce fut une très dure épreuve pour Aïcha qui en était très malade, et également pour le Prophète, qui en était troublé. La rumeur a duré plus d’un mois, colportée et propagée par certains, amplifiée par d’autres, avant que la révélation des versets coraniques de la sourate « La Lumière » ne viennent dissiper le trouble et innocenter Aïcha.

Attention, l’histoire ne se répète pas !

 Elle ne se répète jamais. Mais des évènements de l’histoire peuvent survenir à des siècles et millénaires mêmes d’intervalle, et d’avoir en gros les mêmes tenants et aboutissants, les mêmes causes et les mêmes effets. Il y a donc lieu d’être vigilant, d’apprendre ou réapprendre des leçons de l’histoire, mais sans croire que l’histoire va se répéter.

Aussi, je tiens à inviter mes frères et sœurs à être raisonnables et très vigilants, et de na pas chercher à expliquer l’actuelle affaire de Tariq Ramadan à l’aune de l’histoire de Aïcha. La calomnie et l’accusation infâmes dont notre mère Aïcha a fait l’objet, et dont elle a été innocentée fait partie des faits historiques. Nous en connaissons tous les tenants et aboutissants. Cependant, l’accusation sordide et calomnieuse a priori, dont Tariq Ramadan fait l’objet, elle ne fait que commencer. Nous ne connaissons même pas tous les tenants de cette affaire, et encore moins quels seront ses aboutissants.

Voilà pourquoi Allah, dans cette sourate, nous donne des directives et des règles de principe à observer et à s’y conformer face aux affaires d’accusations d’adultère, mais Il ne nous dit rien sur l’issue de ces accusations. Personne ne peut donc présager de l’issue et dénouement de l’accusation dont est l’objet Tariq Ramadan, mais nous devons méditer les dix versets de la sourate la Lumière et nous en éclairer.

Les trois principes du triptyque salvateur :

Premier principe : faire preuve d’empathie. L’empathie, ne signifie pas du tout prendre parti, partager ou s’aligner sur la position d’une des deux parties. Faire preuve d’empathie, c’est de comprendre la détresse dans laquelle peuvent se trouver les deux parties, le présumé coupable, ou le ou les présumée-s victimes, et essayer de s’identifier à l’un et l’autre. « Et si c’était moi le mis en cause ? » ; et « si c’était ma fille, ou ma sœur la plaignante ? »…

Deuxième principe : S’en tenir aux faits, et n’accorder d’intérêt qu’à ce qui est avéré et factuel. Ce qui signifie, qu’il faut absolument boucher les oreilles et n’écouter aucun propos de ceux, nombreux dans de telles épreuves, à jouer à monsieur connait tout de cette affaire, ou à madame connait le sujet dans les moindres détails. Bien entendu, les deux premières attitudes doivent induire une troisième, et qui consiste à ne pas diffuser et colporter, si tant est qu’il y ait un intérêt à le faire, que ce a été dit, et dont on est sûrs que ça été dit, par une des parties concernées ou par leurs avocats. Autrement dit, faire très attention à la désinformation, la manipulation et la propagande.

Troisième principe : Ne pas oublier que dans ces deux plaintes, il y a Tariq Ramadan qui sait ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait ; il y a les deux plaignantes, qui savent aussi ce qu’elles ont subi ou n’ont pas subi ; et Il y a aussi une troisième partie souvent oubliée. Cette troisième partie n’est ni nous les musulmans qui soutenons ou opposons à Tariq Ramadan, qui soutenons ou opposons aux victimes. Ce ne sont pas, non plus, toutes ces meutes qui n’ont même pas attendu que l’enquête soir bien lancée pour faire subir à Tariq Ramadan un lynchage inouï. La troisième partie dans cette affaire, et dont je fais allusion dans le titre en le désignant par Lui, c’est Allah l’Unique, pour qui rien n’échappe. Nombre d’entre nous musulmans, semblons oublier que toute cette affaire se déroule sous le Regard d’Allah, sous Son Omniscience, et sous Son Omnipotence.

Ne l’oublions pas ! N’oublions pas que notre témoignage dans ce bas monde, comme pour toutes nos positions ? Allah nous entend, et en Est Témoin aujourd’hui, et nous en serons comptables devant Lui demain au jour du jugement dernier. Aussi, faisons attention à ce que nous disons et écrivons aujourd’hui, car tout nous est consigné, et nous en répondrons devant Allah !

Et, en parlant de l’Omniscience et Omnipotence d’Allah, ayons confiance, que cette épreuve, quelle que soit son issue à la fin du procès, -procès qui risque de prendre des mois avant d’avoir lieu-, ce qui en ressortira ne sera qu’un bien, si nous savons tirer leçons des évènements et vicissitudes de la vie.

PS : Ce post scriptum est aussi important que mon propos plus haut. En effet, par honnêteté morale, avant qu’elle ne soit intellectuelle, et par soucis de franchise, et Allah m’est Témoin, je ne pourrais clore cette lettre sans préciser deux points, qui me tiennent à cœur.

Premièrement : J’ai longuement parlé de Tariq Ramadan dans cette lettre, j’ai parlé de Nous, et je viens juste de parler de Celui qu’on croit absent, et qui pourtant est toujours Présent. Mais je n’ai pas dit grand-chose sur elles, les victimes. J’avoue que j’ai du mal à en parler, tant que pour l’instant la seule présumée victime est Henda Ayari. Je tiens à préciser que si d’autres victimes, sans doute des sœurs, se manifesteraient et porteraient plaintes, Allah est Témoin, je serai à leur côté et les défendrai et soutiendrai dans leur démarche comme je défendrai ma sœur ou ma fille.

Malheureusement, Je dis bien malheureusement, j’ai du mal à voir en Henda Ayari, qu’Allah me pardonne si je me trompe, autre chose qu’une militante. À deux reprises, j’ai passé plus d’une heure à chaque fois, à regarder son compte tweeter : à passer en revue ses messages, ses photos, ses commentaires ; et j’avoue que son côté militante anti voile, et parfois anti islam même, quand bien-même elle se dit toujours bonne musulmane, m’empêchent de la regarder autrement. Mon regard de professeur de communication me joue peut-être des tours ; je regarde trop le détail, là où le diable se cache ; mais pour moi cette femme n’est pas qu’une présumée victime...  Toutefois, et parce que je suis et j’en fait mienne cette parole du Prophète, qui nous invite à aimer modérément, et à détester modérément, pour ne pas trouver du mal à changer de position, si les personnes que nous aimons ou détestons venaient à changer et que nous devions changer d’appréciation, je m'éforcerai de la regarder autrement. J’ai d'ailleurs essayé de regarder Henda Ayari, comme une présumée victime, mais la dernière sottise exécrable et nauséeuse qu’elle a prononcé sur un plateau de télévision, en disant que pour Tariq Ramadan, « la femme est soit voilée soit violée », elle m’a donné le haut le cœur. Comment elle peut prononcer un mensonge aussi éhonté ?

Deuxièmement : J’aimerai terminer par préciser, au cas où cela n’a pas été compris ou entendu, que Tariq Ramadan est une grande figure de l’islam de France, de ces vingt dernières années, mais il n’a jamais eu pour vocation d’incarner ni l’islam de France, ni les musulmans de France. Aussi, Tariq Ramadan est une grande voix de l’islam francophone, mais il n’en a jamais été le porte-parole. Dans cette affaire, c’est uniquement Tariq Ramadan, et lui seul, qui est engagé. Et, personnellement, je dirai deux mots : Soyons dignes, et faisons confiance en la justice, pour faire son travail en toute impartialité.

Pr. Noureddine Aoussat

Paris, le samedi 28 octobre, et mardi 1 novembre pour la conclusion.

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