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Billet de blog 15 avr. 2017

Pr. Noureddine AOUSSAT : Réponse à Tariq Ramadan sur son appel à l'abstention

Partie 1 / 2 « Abstention active, ou la fuite en avant » Cher Professeur Par votre appel, datant de quinze jours, et invitant au boycott des prochaines élections présidentielles, vous avez surpris plus d’un. Vous proposez tout bonnement en effet de boycotter les scrutins du 22 avril et 7 mai. Vous avancez quatre choses en substance qui peuvent résumer vos deux appels vidéos :

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Cher Professeur

Par votre appel, datant de quinze jours, et invitant au boycott des prochaines élections présidentielles, vous avez surpris plus d’un.

Vous proposez tout bonnement en effet de boycotter les scrutins du 22 avril et 7 mai. Vous avancez quatre choses en substance qui peuvent résumer vos deux appels vidéos : « Faisons de l’abstention le premier parti de France » !! ; « Ne pas voter, c’est agir » ; « Changeons de système au lieu de nous contenter de changer de majorité » ; et pour ce faire, vous invitez alors votre auditoire à ne pas participer au vote des présidentielles, et pratiquer ce que vous appelez une « abstention active » !

J’ai espéré et attendu la publication d’un texte de votre part (ou de vos soutiens sur ce sujet), mais rien n’est paru ! Alors, pour vous répondre, bien que j’eusse préféré vous lire, je me suis contenté d’écouter avec beaucoup d’attention vos deux enregistrements. Je suis bien conscient que le discours verbal, d’une manière générale, est souvent truffé de lapsus, d’omissions et de non-dits. De plus, la langue peut fourcher. Voilà pourquoi je tiens d’emblée à vous rassurer, je ne vous tiendrai rigueur que sur le fond de votre propos et les titres et phrases accompagnant la diffusion sur votre page facebook de ces vidéos, et résumant donc votre pensée. J’ai dû donc m’atteler à la lourde tâche de faire abstraction de tout le paralangage, et me concentrer uniquement sur vos mots afin d’arriver à saisir votre propos et comprendre le message que vous faites passez  par l’une et l’autre des deux vidéos.

J’aimerais aussi vous rassurer sur un deuxième point, pour être le plus clair vis-à-vis de vous et de l’opinion d’une manière générale. C’est en tant que citoyen français ET musulman soucieux de l’avenir de notre bateau France sur lequel nous sommes embarqués, en tant qu’acteur associatif engagé sur ces questions de société, et enfin accessoirement en tant que professeur en communication, que je décortique votre appel, et vous réponds. Ce n’est donc point en tant qu’imam ou prédicateur que je critique votre appel, bien qu’il m’arrive par ailleurs – assez souvent ces deux dernières années- d’aborder ce sujet sous cet aspect. D’ailleurs, comme vos deux appels sont dénués de toute argumentation religieuse, -et c’est tant mieux pour le débat-, c’est donc loin de toute controverse normative et théologique que je critique votre appel.

Pourquoi un appel vidéo, et non un texte ?   

Au regard de l’importance du sujet, en l’occurrence l’appel au boycott d’un événement aussi important, et au regard du grand changement pour ne pas dire un revirement par rapport à votre position sur le vote, il était plus commode de s’attendre à un texte murement réfléchi et abouti dans le raisonnement. Manifestement et curieusement, vous avez plutôt choisi le contraire, en vous contentant du minimum syndical comme on dit : Deux petites vidéos !

  Je ne vous cache pas qu’en tant que professionnel de la communication, j’ai ma petite idée explicative que je vous livrerai dans le développement de cette épître. Pour commencer, un bref rappel des théories de la communication et de ce qui en ressort à propos des messages verbaux, est certainement utile pour nous éclairer un peu. En effet les analyses théoriques et empiriques des messages verbaux nous présentent deux thèses :

-          La première stipule que le paralangage compte plus que les mots : « ce n’est pas ce que vous dites qui compte ; c’est la manière dont vous le dites ». Dans cette thèse, datant des années 70, le poids des mots dans la persuasion ne compte que pour 7 %, suivi de 38 % pour les expressions faciales et 55 % pour l’intonation et la voix.

-          La seconde, moins ancienne, soutient que les mots et le langage -notamment selon les buts et contextes de leur énonciation-, peuvent avoir un impact beaucoup plus important. « Les mots sont très importants » La répartition devient alors : 53 % pour les mots, 32 % pour le langage du corps et 15 % pour l’intonation de la voix. 

Vous êtes très à l’aise avec l’écrit, cher Tariq Ramadan, mais vous avez néanmoins préféré la voie orale (audio-visuelle, en l’occurrence) pour prendre position sur cette question importante du vote, et ce n’est point un hasard à mon sens…

Alors, dans laquelle de ces deux thèses énumérées ci-dessus se situent, au juste, vos deux enregistrements ? Êtes-vous dans la persuasion argumentée, ou plutôt dans l’influence dirigée ? Je pose la question, et je laisse le soin à tout un chacun de vos destinataires de se prononcer sur la réponse ; mais encore faut-il savoir à qui vous vous adressez au juste. On le sait -ou on croit le savoir- pour l’extrait de vidéo de la conférence publique ; mais on le sait moins pour la deuxième vidéo qui commence par un « bonjour » très parlant.

Trois raisons m’ont fait décider de vous répondre :

La première, c’est que j’ai cru comprendre surtout par la première vidéo (de 4 mn) que vous vous adressiez à un « électorat musulman ». D’ailleurs, qu’il soit écrit en passant, traiter ce sujet dans le cadre d’une rencontre sous l’égide d’une association des consommateurs musulmans (ufcm), ne manque pas de singularité. Et pour ce qui est de la grande banderole accrochée derrière la table des intervenants, et portant le slogan « Voter ou résister ? », son message est tellement essentiel et lourd de portée, qu’à mon sens, il indique un revirement total de position sur la question du vote.

- La deuxième raison, c’est que l’analyse objective des faits et idées de société doit respecter une certaine rigueur scientifique, avoir une probité morale et intellectuelle, et s’en tenir à un minimum d’objectivité. En effet, dans votre deuxième enregistrement, vous avez utilisé à trois ou quatre reprises le mot « dignité », et notamment dans deux passages où vous insistez -avec beaucoup d’émotion- sur, je cite : « notre dignité contre leur indignité ». Je ne sais pas qui vous désignez au juste par « notre dignité ». Vous faites allusion à la dignité des électeurs, des citoyens d’une façon générale, ou des abstentionnistes ? On ne sait pas trop. En revanche « leur indignité », il est clair qu’il s’agit de celle des politiques, rassemblés tous pêle-mêle dans le même sac. Etant très attaché à la défense de la dignité, notamment celle de la musulmane et du musulman de plus en plus attaquée par les politiques, Il était donc pour moi très important de cerner cette dignité à laquelle invite votre appel à « l’abstention active »

- La troisième raison a trait à l’action des citoyens musulmans dans notre France d’aujourd’hui, et la réflexion quant à leur avenir à l’aune non pas des discours électoralistes, mais des perspectives positives ou négatives qui s’annoncent, et dont les signes annonciateurs sont déjà là. Je n’aimerai pas d’emblée vous faire porter la responsabilité d’avoir fourvoyé une partie de notre jeunesse musulmane et de leur avoir fait perdre un temps précieux de leur vie, durant plus d’une décennie, à les faire courir derrière le forum social, les altermondialistes, les écologistes, et que sais-je encore… pour un très maigre résultat final ; vous en convenez ! En revanche, j’aimerai surtout faire en sorte que ce fâcheux appel à l’abstention dite active que vous lancez aujourd’hui, soit réfuté avec force et arguments, afin d’éviter que notre jeunesse déjà désemparée sur cette question du vote ne se fourvoie totalement.

Il m’est en effet insupportable de laisser ce genre d’appel instiller dans l’esprit de quiconque de nos jeunes ou moins jeunes une chimère, présentée comme une option raisonnable, alors que ce n’est à mon sens qu’une fuite en avant sans guide et sans boussole.

Pour ces trois raisons, je vais m’efforcer donc d’être le plus objectif et le plus clair en critiquant votre appel tant dans son contexte, que dans son fond.

Lancer un tel appel à seulement six semaines du scrutin montre bien, par ailleurs, combien le sujet est prioritaire dans votre agenda.

Tout comme lancer cet appel à l’abstention par des extraits de conférence, (le premier de 4 minutes, suivi deux jours après par un enregistrement de 10 minutes), montre la place et l’importance accordés à ce sujet d’abstention dans votre investissement.

Et ce n’est pas tant le support de diffusion qui pose problème -quoi que…- mais c’est surtout le caractère improvisé de ces enregistrements. Je reviendrai plus loin sur ce point et l’expliquerai avec des exemples tirés de vos deux vidéos. Mais je tiens d’ores et déjà à souligner combien l’auditeur averti se trouve étonné et exacerbé par cette improvisation du propos sur un sujet aussi sérieux : redites de phrases entières, répétition des mêmes idées, aucune structure, aucune proposition concrète…etc. Bref !  L’improvisation est tellement palpable, que même vos talents d’orateur ne cachent qu’en partie.

Abstention active, dites-vous ?

Avant de répondre à cet oxymore qu’est l’abstention dite active, j’aimerai juste vous inviter un instant à imaginer le climat dans lequel se serait déroulée la campagne électorale ces dernières semaines, si les musulmans n’avaient pas pris part en nombre aux primaires, agit et fait le nécessaire avec maturité civique et intelligence politique ?

La veille du deuxième tour des primaires de la gauche, dans un meeting, Valls fit cette déclaration, qui ne vous a pas échappé je l’espère : « le vote de ce dimanche est en fait un référendum pour la laïcité » !!  Sans la forte participation des citoyens musulmans à ce vote pour éjecter ce cracheur de feu et semeur de haine, on aurait eu Valls dans la course à l’Elysée avec E. Badinter, M. Sifaoui et C. Fourest comme sources d’inspiration de sa laïcité falsifiée. Sans la forte participation du vote des musulmans, on n’aurait pas eu seulement deux, mais trois candidats surfant sur l’islam et la laïcité frauduleuse.

De vous à moi, cher Tariq Ramadan, à choisir entre le vote -inactif ?-, qui nous a permis de réaliser une victoire, en éliminant Valls, ou une « abstention active », qui aurait permis à Valls de gagner cette primaire et ouvert un boulevard pour l’Elysée, la question ne se pose même pas. Je ne dis pas que c’est uniquement le fait du vote musulman qui a éliminé Valls, car il n’y a pas d’études de faites sur ce sujet. Mais j’ai remarqué moi-même dans mon grand entourage, et dans les réseaux sociaux qu’il y eu une grande mobilisation dans ce sens. Ce qui va de soi, et se comprend aisément par ailleurs.

Mais vous Tariq Ramadan, vous dites qu’il ne faut plus voter en recherchant « le moins pire des candidats ». Et on apprend dans la foulée de votre discours que le principe ou règle du moindre mal est « un slogan »! Serait-ce un lapsus ? ; un mot qui a dépassé un peu votre esprit ? ; la langue qui a fourché ?  Ou bien vraiment vous êtes convaincu que, voter en choisissant le moindre mal pour écarter le pire est un slogan ?

Vous dites donc, qu’il ne faut plus se contenter de changer de majorité en votant, car c’est tout le système qu’il faut changer. Cependant, vous limitez cette abstention aux seules élections présidentielles, et vous précisez qu’il faut continuer à prendre part aux élections locales et régionales, et vous ne dites rien sur les législatives ! Est-ce une omission ? Est-ce une indécision ? Est-ce un non-dit ? Voilà pourquoi un texte aurait été plus fiable et plus précis, que des petites vidéos aux propos vagues et improvisés.

Et si vous faites bien de préciser dans votre deuxième vidéo à qui cette invitation d’abstention est destinée, à savoir tout le monde selon vous : au-delà de toute appartenance religieuse, politique ou philosophique. Cependant, vous devez savoir que l’abstentionnisme existe déjà depuis longtemps en France ; d’ailleurs une partie importante de la population française le pratique. Toutefois, vous a-t-il échappé que les abstentionnistes constituent une typologie et un spectre très larges, et que leurs raisons sont diverses et variées ?

Vous a-t-il échappé que réunir les abstentionnistes anarchistes, les abstentionnistes dégoutés par les turpitudes des politiciens, les abstentionnistes anti système, les abstentionnistes révoltés par cette démocratie factice minée par les corporatismes, les abstentionnistes pour des convictions religieuses ou supposées telles…, et d’autres types d’abstentionnistes est tout simplement illusoire ?

Pourtant, vous aimeriez que les jeunes musulmans rejoignent ces abstentionnistes et s’engouffrent dans ce capharnaüm pour former « le premier parti de France », et changer tout le système à terme !! Et vous appelez cela du « sens », et de l’analyse politique !

Puis-je vous rappeler cher professeur, que la sociologie des mobilisations, à travers toutes ses recherches théoriques et empiriques sur l’action collective, à l’exception d’une qui considère que l’action collective est avant tout le fait d’acteurs irrationnels, toutes les autres recherches nous enseignent, qu’au contraire, l’acteur calcule, évalue les coûts et les bénéfices, pèse le pour et le contre de son action avant de s’engager. Les autres abstentionnistes qui boycottent les élections depuis longtemps savent pourquoi ils le font. Ils savent ce qu’ils recherchent comme bénéfice à travers leur abstentionnisme. Juste à titre d’exemple, est-il possible de faire converger les actions des abstentionnistes musulmans avec les abstentionnistes anarchistes ? Ma réponse est un non catégorique. En effet, les théories du comportement collectif stipulent que l’individu, en l’occurrence l’abstentionniste, met avant tout en jeu son identité personnelle lorsqu’il rejoint un groupe.

 « Voter ou résister ? », dit-on autour de vous…

Dans les deux enregistrements où vous prêchez l’abstentionnisme dit actif, vous évoquez de nombreux sujets, y compris les programmes politiques des actuels candidats. Et vous vous permettez même cette critique, à mon sens totalement injuste, en qualifiant tous les programmes de tous les candidats à la présidence de 2017 de « vide sidéral et sidérant ». C’est un jugement excessif et totalement infondé. Avec seulement un peu d’objectivité, on peut constater que sur ces vingt dernières années, nous n’avions jamais connu une campagne électorale avec des programmes de candidats aussi détaillés et chiffrés. Ces programmes – plaisent ou ne plaisent pas à tous, ce n’est pas la question- mais force est de constater qu’ils sont scrutés, critiqués et analysés par les spécialistes, toutes disciplines confondues. Et je n’ai entendu ou lu aucune critique, à part la vôtre, parler de vide.  Des numéros de magazines (Alternatives économiques…) et des quotidiens (Les échos…), depuis plusieurs semaines, passent au crible les programmes des candidats. Pourtant, vous, Tariq Ramadan, n’y voyez qu’un « vide sidéral et sidérant » !!.

Analysée sous cet aspect, votre intervention intempestive, tardive et superficielle dans cette campagne est surtout fâcheuse et navrante de par ce négativisme qui frôle la mauvaise foi par moment. En tout cas, cette manière tendancieuse et très subjective de critiquer une campagne électorale, est à mon sens anti pédagogique. Je n’ai d’ailleurs point besoin de vous rappeler qu’en s’efforçant d’être objectif dans votre critique, ce n’est pas à ces candidats que vous rendez service, mais c’est à vous-même et à la cause que vous défendez. Une critique objective induit des conclusions objectives, et est susceptible d’aider à prendre des décisions judicieuses. Alors qu’une critique biaisée et subjective conduit irrémédiablement à des prises de positions erronées.

J’ai bien pris note que vous et votre soutien dans cet appel pour le boycott des prochaines présidentielles, parlez de « voter ou résister ? » Voter ou résister, lit-on en effet dans la grande banderole que j’ai évoquée plus haut ! Mais dans quel manichéisme réducteur on s’enferme !  Pourquoi en effet opposer la résistance au vote ? Voter ou résister, dites-vous ? Parce que voter, c’est abdiquer ? C’est donc ça le vote pour vous ? Vous n’envisagiez pas donc le vote comme forcément concomitant à la résistance, et inséparable ? Pour vous, on ne peut pas voter ET résister ? C’est soit l’un, soit l’autre ? Vous me trouvez très étonné par cette conception que vous avez du vote ; et vous me voyez également réconforté et rassuré quant à la justesse de mon jugement à l’égard de votre appel, que je persiste à qualifier de fuite en avant, sans cap, sans guide et sans boussole.

En somme, et pour résumer cette première partie de ma réponse, a minima vous nommez mal les choses ; et a maxima vous rajoutez au désarroi des jeunes musulmans sur cette question du vote, et, pour paraphraser Camus, vous rajoutez au malheur du monde. Autrement dit, en dépit de l’épithète « active » dont vous qualifiez cette abstention, et qui pourrait a priori faire passer votre appel pour un choix et une décision lucides et rationnels, force est de constater que, passé au crible de l’analyse, cet appel relève plutôt du contournement langagier, et du fantasque.

C’est en me limitant au cas particulier des français musulmans que je pose et critique les questions que soulève votre appel, cher Tariq Ramadan ; sans bien entendu vouloir cliver ni soustraire artificiellement les musulmans au corps national auquel ils sont de toutes les manières intimement rattachées, et sans non plus chercher à nier leur diversité. Votre appel à l’abstention tombe très mal, vu du côté de la communauté, car il va plutôt accentuer le problème des musulmans sur cette question du vote, au lieu de le résoudre. Il ne vous a pourtant pas échappé que, traditionnellement ou du moins habituellement, les musulmans sont déjà très abstentionnistes. Ce n’est que ces dernières années, en effet, qu’ils commencent vraiment à sortir de cet abstentionnisme et voter en nombre.

Quel intérêt donc, vous et ceux qui promeuvent cette abstention, avez à replonger les musulmans dans l’abstentionnisme qui les a longtemps handicapés ?

La complexité du comportement des français musulmans vis-à-vis de la question du vote est réelle, et mérite une analyse sereine, froide et scientifique. Et c’est un lieu commun que de dire, que ce ne sont pas les entourloupes, ni les pirouettes langagières de type « Ne pas voter, c’est agir » ou « l’abstention active », ou encore « voter ou résister » qui vont faire avancer le Schmilblick.

Notre problème, c’est avant tout notre manque de vision commune ; l’absence de volonté de convergence entre les différents acteurs et prédicateurs ; l’absence de cohérence dans les discours des uns et des autres. Notre problème est notre refus de nommer nos tabous ; de reconnaître nos lacunes et nos défauts. Le problème des musulmans en France, et leur position vis-à-vis du vote en est un exemple criard :  c’est que l’action du musulman -individu ou groupe- n’est farouchement contrée et combatue que par l’action d’un autre -individu ou groupe- musulman.

Le problème des musulmans -y compris en local, et c’est là où le bât blesse parce que les personnes se connaissent et se fréquentent au quotidien- c’est que le vote des uns est presque volontairement -et coûte que coûte- dirigé contre le vote des autres.

Le problème des musulmans, c’est qu’ils sont prompts et tout disposés à faire la courte échelle, la promotion, et mettre à disposition des tribunes à des non musulmans médiocres ou très peu compétents, en privant leurs frères -et surtout sœurs- parfois brillants-es et souvent très compétents-es !

Le problème des musulmans de France n’est pas dans le vote ou non vote, mais dans la méfiance et la défiance qu’ils nourrissent les uns envers les autres.

Et au-delà de tous ces problèmes, la problématique de base est, que faut-il faire pour comprendre et traduire en dire et agir, en discours sincères et en actions concrètes, le verset 11 de la sourate le Tonnerre. « Certes Allah ne change rien de l’état d’une communauté, tant qu’ils n’ont pas changé l’état de leurs propres personnes ».

Voter ou refuser de voter n’est pas uniquement une tactique, mais une vision, une conception, voire une idéologie au sens noble du terme. Et c’est ce par quoi nous devrions commencer.

Dans la deuxième partie, je continuerai à critiquer l’appel, tenterai d’esquisser une certaine vision de ce vote, en partant de notre contexte franco-français, et surtout – pour les prendre au mot- je lancerai le défi de futurs « zadistes musulmans » à ceux qui parlent de « voter ou résister ? » et de « l’abstention active »

Pr. Noureddine AOUSSAT

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