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Billet de blog 21 avr. 2017

Pr. Noureddine AOUSSAT : Partie 2/2. Réponse à Tariq Ramadan : "Votons ! Résistons,

Vous pensez donc que les votes des dernières années n’ont pas été utiles ? Notamment celui de 2012, où les citoyens musulmans -de l’avis de tous les spécialistes des élections-, ont permis la victoire de Hollande ? Selon vous ces votes n’ont finalement servi à rien, et la preuve est que le quinquennat de Hollande a été le pire de ces dernières années ! Que répondre à cette idé

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 Partie 2/2 : Réponse à Tariq Ramadan à propos du vote de 2017,

 « Votons ! résistons, luttons contre l’islamophobie »

Cher Tariq Ramadan !

Vous pensez donc que les votes des dernières années n’ont pas été utiles ? Notamment celui de 2012, où les citoyens musulmans -de l’avis de tous les spécialistes des élections-, ont permis la victoire de Hollande ? Selon vous ces votes n’ont finalement servi à rien, et la preuve est que le quinquennat de Hollande a été le pire de ces dernières années ! Que répondre à cette idée finalement très répandue chez les tenants de l’abstentionnisme musulman ? 

J’ai trois réponses à cela, en effet :

-              La première, très liminaire : j’ai bien des raisons de croire, sans chercher à minimiser ou dédouaner les socialistes de leurs graves dérives, que si ce quinquennat -avec tous ses tumultes et attentats terroristes- s’était déroulé avec Sarkozy à sa tête, nous serions aujourd’hui non pas seulement sous état d’urgence, mais dans une guerre civile ou une dictature crypto fasciste. Regarder ce quinquennat uniquement du côté des gouvernants n’est ni réaliste ni objectif.

-              La seconde, tout aussi concise, mais d’ordre pédagogique. Soutenir l’idée de l’inutilité du vote, et la vanité de la règle du « moindre mal », uniquement sur la base d’une seule expérience, c’est aller trop vite en besogne. Personnellement, je trouve pathétiques tous ces musulmans qui s’appuient sur ce raisonnement, si tant est qu’on puisse parler de raisonnement, pour appeler à l’abstention. En effet, oublions-nous que l’année 2012 est la première fois de toute l’histoire du vote, où les musulmans réussirent à voter en nombre et peser sur le scrutin ?... Au lieu de continuer dans cette dynamique de mobilisation, il n’aura pas fallu plus qu’un quinquennat à ces musulmans pour les faire douter de leur choix, de leur force et de ce qu’ils sont capables de réaliser. En cela, il faut dire que c’est bien triste et dommage pour ces citoyens français musulmans d’avoir une volonté si fragile, et une vision si courte.

-              La troisième réponse, plus détaillée et importante à mon sens, c’est paradoxalement à un théoricien de l’abstentionnisme que je l’emprunte. C’est dans le livre « No Vote ! Manifeste pour l’abstention », (préfacé par Michel Onfray [Ed Autrement, février 2017]), et écrit par Antoine Buéno. Montrant les limites de notre démocratie représentative actuelle, avec comme sous-titre « les décisions impossibles », l’auteur écrit ceci : «  Faire le portrait-robot du bilan idéal, donc des décisions possibles en régime représentatif, c’est en négatif faire aussi celui des décisions impossibles…on peut distinguer deux types de mesures impossibles (ou suicidaires) en régime représentatif. Primo, un dirigeant n’a aucun intérêt à prendre des décisions vraiment impopulaires. Même lorsqu’elles s’imposent… Secundo, -et c’est ce passage, cher Tariq Ramadan, que je vous invite à méditer-, le système représentatif interdit de prendre des mesures qui bénéficieraient au plus grand nombre mais qui contrarieraient les intérêts d’un plus petit nombre suffisamment structuré et influent pour peser sur l’opinion ou les réseaux de pouvoir, ou prêt à tout pour défendre ses intérêts. Autrement dit, l’intérêt diffus et dilué d’une majorité [ou d’une grande minorité comme c’est le cas des citoyens musulmans] disséminée et désunie pèse largement moins que l’intérêt catégoriel d’une minorité organisée ».

Vous avez sûrement compris où je veux en venir. En fait, ni Hollande ni Valls n’auraient pris la moindre décision, ni agit d’aucune manière contre l’intérêt des musulmans, si ces derniers avaient été unis, et, tout au moins cohérents et convergents dans leurs actions. De la même façon aujourd’hui, ni Marine Le Pen, ni Fillon n’auraient passé leur campagne électorale à stigmatiser les musulmans, si ces derniers étaient déterminés et prêts à tout pour défendre leur dignité.   

Voyez-vous, cher professeur, comme vous j’ai horreur du larbinisme, et me méfie comme de la peste de la victimisation, la culpabilisation et l’auto-accusation, qui sont le produit, entre autres, du complexe d’infériorité.  Je tiens d’ailleurs à vous rendre honneur ici en soulignant que vous avez été un précurseur dans la mise en garde contre la victimisation, que vous dénonciez souvent dans vos interventions.

Je ne défends donc pas Hollande ou Valls, et je ne les défendrai jamais. Bien au contraire, je les ai dénoncé et critiqué en public par des lettres ouvertes ou vidéos. Cependant, j’encourage la remise en question de soi et pratique consciencieusement l’auto-critique et l’introspection, que ce soit celle de mes propres idées et actions, ou celle de mes frères et sœurs concitoyens et coreligionnaires.

Par cet appel à l’abstention, que vous et votre soutien justifiez par ce qui a été fait de néfaste dans le quinquennat qui s’achève, implicitement et à rebours, n’y a-t-il pas une sorte de victimisation ? Il est bien facile de dire que c’est le vote de 2012 -notamment celui des musulmans qui ont donné la victoire à Hollande- qui a induit tout ce qui a été fait de mal par les socialistes au pouvoir. Tout comme il est vain de soutenir une telle vision du déroulement des faits. Ce discours est fâcheux et dangereux, car non seulement il dédouane les citoyens musulmans de leur manque d’engagement après ce vote de 2012, mais surtout les fait passer pour des victimes. Protester sans agir, c’est victimiser !

Je peux comprendre et tolérer que ce discours soit tenu par des jeunes ou moins jeunes sur les réseaux sociaux et dans des discussions en cercles fermés. Mais que des acteurs importants de la communauté musulmane véhiculent et propagent une analyse aussi superficielle et biaisée, c’est très regrettable.

Que faire alors face à une telle situation ? Nous devons avoir le courage, le comportement responsable et l’honnêteté morale et intellectuelle pour reconnaitre que ce sont le manque de détermination, l’absence de vision claire et la désorganisation des musulmans qui leur fait plus de tort.

Convenez que la situation des musulmans de France n’a jamais été aussi fragile et dégradée que ces dernières années : Les grandes fédérations -essoufflées pour certaines et en déroute totale pour d’autres- passent leur temps à courtiser les pouvoirs publics, à faire de la surenchère et s’accuser mutuellement. Et sur le terrain, à part le travail qu’essayent de mener tant bien que mal les associations de lutte contre l’islamophobie, aucune initiative d’envergure n’est entreprise depuis plusieurs années. Les acteurs musulmans ne sont même plus capables, juste de se réunir en tant que musulmans -au-delà de leurs chapelles-, pour discuter, échanger, débattre et montrer leur volonté de construire ensemble. Pourtant, les musulmans partagent beaucoup de facteurs communs et convergents, et font tous face, plus que jamais, à la même menace. On parle d’une rencontre « Les états généraux de l’islam » depuis des années, comme de l’arlésienne. Nous ne savons plus, pour la plupart des acteurs, où nous en sommes, ni vers quels horizons nous naviguons. Aucun état des lieux n’a été établi, ni sur le plan religieux, ni sur le plan politique, ni sur le plan civique et sociétal.

Je ne parle pas des perquisitions de mosquées avec des équipes cinéphiles et commission de dégradations de mobiliers ; je ne parle pas de fermetures de mosquées par voie administrative ; je ne parle pas du terme djihâd noble et cher aux musulmans, devenu presque un paillasson sous les pieds des journalistes malveillants et politiques opportunistes ; je ne parle pas des attaques stigmatisantes et offensantes répétées contre le voile de la musulmane ; je ne parle pas de la gestion néocolonialiste de l’islam par la nomination de Chevènement à la tête de la fondation de l’islam de France ; je ne parle pas de l’ignominieuse invitation par ce dernier des musulmans à se faire discrets ; je ne parle de la honteuse et hallucinante charte de l’imam dont s’est fendue un cfcm moribond ; je ne parle pas de la proposition de Fillon – un candidat cynique- de mettre LE CULTE musulman sous tutelle ; je ne parle pas de Marine Le Pen – dont le naturel antisémitisme vient de resurgir par sa déclaration sur le Vel d’hiv-, et qui propose d’interdire le foulard islamique sur la voie publique ; je ne parle pas encore d’autres et d’autres défis, méfaits, menaces…etc.

Vous faites abstraction totale de cet état de fait, et semblez convaincu que « l’abstentionnisme actif » est la voie du salut. Voilà pourquoi, encore une fois, je reste convaincu que cet appel à l’abstention dite active n’est qu’une fuite en avant sans cap, sans guide et sans boussole.

Un appel à l’abstention, ignorant les dangers de l’islamophobie… 

Cher professeur, ma réponse commence à se faire longue sans doute, et pourtant j’ai encore tant à vous dire. Allons à l’essentiel ! Il y a deux points fâcheux et insidieux qui surpassent tous les autres dans votre appel à l’abstention : Primo, le manichéisme réducteur, «  voter ou résister », vous poussant à la fuite en avant. Secundo, l’anachronisme et l’occultation des enjeux réels de ces élections de 2017, montrant votre totale déconnexion du contexte franco-français.

En effet, alors que les questions de l’identité nationale inclusive ou exclusive, la question sécuritaire et la question de l’interprétation de la laïcité sont des enjeux essentiels et nouveaux de cette campagne présidentielle 2017, votre appel cher Tariq Ramadan n’en fait du tout allusion !

Alors que l’islamophobie traverse la campagne électorale 2017 de long en large, vos deux enregistrements invitant à l’abstention ne l’évoquent même pas ! Ce qui est terriblement étonnant !

En général, nos élites musulmanes en France buttent sur deux écueils qu’ils ont du mal à surmonter. Quand les uns, dont vous cher Tariq Ramadan, par soucis d’éviter le confessionnalisme ou/et le communautarisme raisonnent exclusivement à partir de facteurs universels ; d’autres, par soucis de préservation de l’identité musulmane et par crainte de la voir se diluer, pervertie ou manipulée par des pouvoirs publics ou les autres forces vives de la société, s’y arcboutent. Comme si cette identité musulmane est unique et dénuée de tous les autres aspects sociologiques, psycho-affectifs, intérêts individuels, opinions politiques, stratégie de carrière… Il faut absolument sortir de ce manichéisme, et de cet anachronisme. Et cette question du vote, en est un exemple qui illustre bien l’état de nos élites musulmanes.

 Au nom de l’universel, cher Tariq Ramadan, vous invitez -entre autres- vos coreligionnaires à prendre part au grand mouvement abstentionniste, mais vous faites une abstraction totale de l’identité musulmane, stigmatisée et malmenée par certains candidats à la présidence. Vous faites donc un appel à ne pas prendre part au vote, mais sans tenir compte de l’islamophobie qui passe à devenir systémique, et qui demain -qu’à Dieu ne plaise- risque d’être institutionnalisée.

Comment peut-on faire appel à l’abstention sans tenir compte que deux des quatre candidats ayant la chance de gagner cette élection présidentielle 2017 avoisinent ensemble les 50 % de pronostics. Je tiens à vous rassurer à ce propos, j’ai étudié la théorie des sondages à l’université, et enseigné pendant plus de quinze ans les techniques d’enquêtes. Je ne suis donc ni dupe ni méconnaissant de ce qui est fiable et ce qui ne l’est pas dans les enquêtes d’opinions. S’abstenir dans ce contexte n’est qu’une manière de subir. Alors que voter contre les candidats porteurs et/ou diffuseurs de l’islamophobie, c’est agir en les sanctionnant. 

Voyez-vous cher Tariq Ramadan, tout comme vous, je scrute la société française et son évolution, et j’y vis en permanence également. Et avant de prendre ma décision, d’appeler avec insistance mes concitoyens musulmans à voter massivement, très utilement et pragmatiquement, et dès le premier tour bien sûr, j’ai réfléchi longuement sur le sujet.

Depuis le premier janvier 2016 à la mosquée Aïcha de Montpellier, en passant par plusieurs autres mosquées d’Ile de France et de Province, j’ai engagé le débat avec les musulmans, je les ai écoutés et également lus et j’ai engagé plusieurs débats sur les réseaux sociaux. Pour élargir ma vision et sortir du cadre islamique, j’ai dû lire plus d’une dizaine de livres et périodiques, consacrés à la critique de la démocratie, parus entre 2016 et le début de 2017. J’ai cité, plus haut « No vote » ; je cite « Voter, c’est abdiquer » [Don Quichotte, mars 2017] ; « les maladies chroniques de la démocratie » Desclée et Brouwer (février 2017) ; « la démocratie sans maîtres » (En haut de la quatrième de couv en gras : Notre belle démocratie ne serait-elle qu’un mythe ?) [Nouvelles mythologies, Robert Laffont, mars 2017] ; « les raisons de la colère. L’élection de la dernière chance » [Grasset, mars 2017] ; « Pour un gouvernement d’union national » [l’Archipel, septembre 2016] ; « Et si on prenait -enfin !- les électeurs au sérieux » [Temps présents ; décembre 2016], etc.

Nombre de ces auteurs cités ci-dessus (qu’ils soient professeurs à l’iep, normaliens ou agrégés de philosophie…) exposent l’abstentionnisme de façon très cohérente et très sensée. Leurs arguments sont convaincants. Mais aucun d’eux ne parle de l’islamophobie, ni ne dénonce la laïcité -principe fondamental de la république- dévoyée par nombre de politiques. Voilà pourquoi face à cette question de l’abstentionnisme, je reste lucide, responsable, et radicalement pragmatique.  Je reconnaitrais son bienfondé uniquement si toutes choses étaient égales par ailleurs. Je reconnaitrais le bienfondé de l’abstentionnisme s’il n’y avait pas cette montée de l’islamophobie, portée au moins par deux candidats présidentiables. 

Aujourd’hui, le musulman plus que jamais doit refuser toute fuite en avant, tout manichéisme, tout anachronisme, tout universalisme et citoyenneté noyant et occultant la question particulière de l’islamophobie porteuse de menaces.  Plus clairement dit :  Si j’étais un citoyen français non musulman, ou inconscient, ou insensible, ou indifférent aux questions liées au danger de la montée de l’islamophobie revendiquée et /ou portée par certains candidats, l’abstention m’aurait tenté et convaincu. Mais comme je suis un citoyen français musulman, il est de mon devoir d’être aux premiers rangs de la lutte contre l’islamophobie. Et le vote, loin d’en être la panacée ou la solution miracle, est une des cartouches de mon arme pour en lutter contre. 

En somme, pour résumer cette deuxième partie de ma lettre, et avant de passer aux défis de l’avenir, je dirai que votre appel à l’abstention adressé aux musulmans -déjà très abstentionnistes- est une erreur ; mais agir ainsi tout particulièrement en ce moment où l’islamophobie n’a jamais été aussi présente dans les discours et projets des politiciens, est à mon sens, une faute grave.

« Abstention active », dites-vous, cher Tariq Ramadan ; alors chiche !

Supposons -qu’à Dieu ne plaise- que les musulmans s’abstiennent au premier tour des élections le 23 avril, et que le résultat soit de donner Marine Le Pen et Fillon (dont les électeurs cachent leur jeu en ce moment, et risquent de l’exprimer dans les isoloirs), vainqueurs. Dans ce cas, bien entendu, le vote républicain qui se fiche de l’islamophobie, mais qui reste très sensible à l’antisémitisme et le crypto fascisme de Marine Le Pen portera Fillon aux commandes.

Avec un gouvernement de droite extrême, poussé, talonné, ressourcé, pressé… par une extrême droite plus que jamais conquérante, je vous laisse imaginer quelles activités post abstention vous devrez mener. Pas vous bien sûr, cher Tariq Ramadan, parce que vous ne vivez pas en France. Mais les quelques frères qui appellent à l’abstention.

Prenons l’exemple des actions contre l’islamophobie. Voyez-vous, cher Tariq Ramadan, on n’est même pas encore sous un gouvernement de droite extrême, et nous constatons comment par exemple l’affaire de la famille de bergers de Corneilla la rivière se déroule sous nos yeux. Le caractère islamophobe de l’injustice qu’endure cette famille n’aspirant qu’à vivre paisiblement de son métier de bergers est avéré. Mais le minimum d’action légale, que les musulmans devraient mener pour soutenir cette famille est malheureusement inexistant.

Vous parlez « d’abstention active » cher Tariq Ramadan ? Mais de qui se moque-t-on ? Vous ne partagez même pas la vidéo de cette famille sur votre page facebook, au moins pour médiatiser sa situation dramatique ; et vous voulez nous faire croire qu’on pourra mener ensemble des actions pour changer le système ?

Je suis vraiment désolé d’évoquer ce cas tangible et concret ; parce qu’au stade où la situation de l’islam de France est arrivée aujourd’hui, et devant les dangers avérés de l’islamophobie, et ceux à venir, il n’y a plus de place pour les discours irresponsables. De plus, là où le bât blesse, pour insister sur cet exemple de la famille des bergers de Corneilla, c’est que le 22 mars, soit à la même période où des amis vous ont envoyé la vidéo des bergers de Corneilla -un mail explicatif à l’appui-, vous avez préféré partager la vidéo d’une bergère de la Creuse qui accueillit quatre réfugiés kurdes !!

Il va sans dire -et je n’ai même pas besoin de le souligner- que vous avez le droit de soutenir ou ne pas soutenir l’action que vous voulez. Mais ne pas partager la vidéo d’une famille de bergers qui vivent un drame, et partager celle d’une bergère qui accueille quatre jeunes dans une ambiance bon enfant me laisse sans voix, interloqué et triste. Vous appelez donc à une « abstention active » ; non seulement je suis persuadé que vous êtes le premier à ne pas croire en une action -quelle action par ailleurs ?- effective, mais surtout je doute sur notre capacité, - la vôtre cher Tariq Ramadan et celles des français musulmans à agir ensemble contre l’islamophobie. Si tant est que vous soyez convaincu que c’est une action prioritaire. Quand on n’est pas capable d’AGIR de façon efficace et conséquente, comme c’est notre cas aujourd’hui, il faut vraiment être inconscient ou irresponsable de croire qu’on peut l’être face à un pouvoir de droite sectaire ou d’extrême droite.

En somme, et pour terminer, cher Tariq Ramadan, on devrait plutôt plus que jamais inviter les musulmans à voter massivement et continuer à agir de façon intelligente, persévérante, coordonnée et déterminée. On devrait inviter les musulmans à voter pour éviter les pires des candidats, Marine Le Pen, Fillon et Mélenchon cyniques et immoraux amis et propagandistes de Assad le boucher de Syrie.  Il est bien facile d’appeler à une « abstention active ». Mais si demain, l’abstention des uns et la forte participation des autres devaient porter à la présidence un Fillon surfant sur la psychose du « totalitarisme islamique » ou une Marine Le Pen faisant du « fondamentalisme islamique » son cheval de bataille, il faudrait s’attendre aux pires des scénarios !

Si cela devait arriver demain, ce n’est pas d’activisme seulement dont on aura besoin, avec votre soi-disant « abstention active », véritable mirage et chimère. Je crains bien peur qu’on sera tous obligés d’entrer en résistance, et désobéissance, quand d’autres seront tentés pas la rébellion et, qu’à Dieu ne plaise, une certaine violence ou une violence quasi certaine même !  

Quel intérêt de s’abstenir de voter aujourd’hui, pour devoir activer, protester et lutter contre la mise sous tutelle du culte musulman si Fillon devenait président demain ? Quel intérêt de s’abstenir de voter aujourd’hui, pour devoir résister, lutter et se rebeller contre l’interdiction du voile islamique sur la voie publique, si Marine Le Pen devenait présidente demain ?

 En fait, pour être franc, votre réponse à ces deux questions n’est pas le plus important. Par contre, il est plus qu’important de savoir pourquoi vous ne trouvez pas plus sage, plus responsable et plus lucide d’appeler plutôt les musulmans à voter en sanctionnant les candidats islamophobes ; éviter d’avoir un président islamophobe, et continuer à agir. Quant à moi votre frère, je continue à dire : Votons ! résistons et luttons contre l’islamophobie !

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