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Billet de blog 24 nov. 2016

Le vote musulman ? : Le débat qui n'a toujours pas lieu

Voici un article que j'avais écrit entre les deux tours des élections présidentielles de 2012. J'espérait à l'époque qu'un débat serein et sérieux s'instaure entre acteurs et intellectuels musulmans pour discuter de toutes les questions inhérentes au "vote musulman". Hélas, ce débat n'avait pas eu lieu. Cependant, force est de constater qu'aujourd'hui encore, ce débat peine à trouver sa place...

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Electeurs musulmans !  Quel choix en 2012 ?

Jamais les musulmans de France ne se sont autant mobilisés pour une échéance électorale. De nombreux appels en direction des jeunes notamment, les incitant à aller s’inscrire sur les listes électorales ont commencé à circuler, dès le mois de novembre 2011 sur internet. Des imams, des fédérations d’associations, des responsables associatifs locaux ; nombreux en effet, étaient ceux qui s’y sont engagés avec conviction et insistance. A ce titre on ne peut que féliciter, encourager, louer et soutenir toutes ces initiatives. Ainsi peut-on d’ores et déjà prédire que le taux de participation des électeurs musulmans sera, cette fois-ci, plus élevé que jamais auparavant. Ce qui en soi marquera déjà une avancée heureuse et remarquable.

Cependant, force est de constater que cette mobilisation reste bien en deçà de la gravité de cette élection présidentielle et de ses enjeux. Aucune consigne de vote n’a été formulée par aucune des associations musulmanes citoyennes ou personnalités musulmanes. Pourtant, on constate sur les forums de discussions une forte demande des jeunes et des moins jeunes qui ne cessent de solliciter des conseils et des orientations : Sur qui voter alors ?

Alors doit-on nous contenter, encore une fois, du rôle de rabatteur de votants pour baisser le taux d’abstention, ou aller plus loin et se hisser au niveau de la gravité de cette échéance de 2012 ? Voila la question que je n’ai cessé de me poser depuis plusieurs mois. Personnellement, j’aurais bien aimé que quelqu’un d’autre que moi, plus porté sur l’action et l’analyse politiques, se charge de cette tâche. Malheureusement, plus que deux jours seulement nous séparent du premier tour, et, à part la scandaleuse et méprisable initiative de l’UAM 93, aucune association musulmane citoyenne et aucune personnalité n’ont eu le courage politique et moral de se prononcer clairement sur le choix à prendre et/ou à préconiser.

Qui suis-je pour me substituer à tous ces démissionnaires et abstentionnistes ? Je pourrais me prononcer à plusieurs titres ici. Mais je ne le ferai à aucun de ces  nombreux titres. Et c’est donc uniquement en tant que citoyen français et intellectuel musulman que je soumets ma réflexion à mes frères et sœurs musulmans.

Quel vote voulons-nous ?

Loin de toute vision binaire, par définition fausse et inintelligente ; pourtant les électeurs musulmans – musulmans de religion, de confession ou de culture même- n’ont que deux choix à faire, à mon sens.

Le premier choix : Perpétuer et reconduire les pratiques du passé : le vote indigène, le vote du deuxième collège, et la bougnoulisation de l’électorat musulman. Pour cela, il suffit d’aller au vote ce 22 avril, comme on est parti pour le faire : Sans objectif précis,  et, sans même mesurer la gravité de son enjeu.

Le deuxième choix : Rompre avec ce passé, qui dure depuis longtemps, et prendre enfin nos responsabilités pour notre présent et l’avenir de nos enfants. A cet effet, nous devons coûte que coûte donner un sens, responsable et grave à cette échéance électorale.

Je ne peux imaginer un seul instant, qu’un citoyen musulman responsable, vivant en France puisse agir, -ou ne pas agir d’ailleurs et laisser faire- pour que ce premier choix perdure. A mon sens, et indéniablement, le deuxième choix s’impose, et, c’est uniquement la façon de le mettre en œuvre qui est problématique. La France se trouve à la croisée des chemins et rien ne sera plus jamais comme avant, après cette élection présidentielle. Ce papier n’a d’autre ambition que d’apporter une modeste contribution avec des propositions claires et pratiques.

Alors, le vote musulman n’est qu’un leurre ?

Je ne serais ni réaliste, ni objectif si je dis que le vote musulman existe. Et c’est tout à fait normal. Les pesanteurs qui pèsent sur un choix électoral sont nombreuses et loin d’être consensuelles par ailleurs. Tout comme aussi les facteurs historiques, culturels, linguistiques et politiques, entre autres, déterminants les choix électoraux des musulmans sont prégnants et abondants.

Quand un musulman clame ses faveurs pour Mélenchon, parce que à ses yeux il représente la gauche populaire et il défend la cause palestinienne, il s’en trouvera deux autres musulmans pour lui rappeler sa virulence et sa hargne contre les musulmanes voilées. N’est ce pas lui qui a écrit « Dévoilons les voilées ! » ?

Quand un autre musulman louera les qualités de Bayrou, « homme intègre, vrai démocrate » et qui de surcroît a été l’un des rares personnages politiques à refuser les génuflexions du dîner du crif ; il s’en trouvera un foultitude de musulmans pour lui rappeler son rôle, -en tant que ministre de l’éducation et sur conseils des militantes algériennes- dans l’exclusion des lycéennes musulmanes en 1994. Et si la réplique n’évoquera pas ce point, on manquera pas de rappeler son témoignage en faveur de Charlie Hébdo et donc pour les caricatures injurieuses et anti-islamiques. Bref, aucun candidat, loin s’en faut, ne peut avoir les faveurs consensuelles des musulmans. Donc, si vote musulman doit y avoir, ça ne sera aucunement autour de la personne d’un qui que ce soit candidat.

Au regard des programmes des candidats, le résultat est le même. En effet, nous les musulmans à l’instar de tous nos concitoyens, nous vivons les mêmes difficultés sociales et économiques. Et l’état de la France impacte sur tous ces citoyens « français de souche » ou « français d’origine étrangère ». Mis à part les discriminations à l’embauche qui sont une réalité indigne et insupportable, les problèmes de logement, d’emploi, de sécurité, -n’ont pas de confession particulière- et touchent indifféremment les français. Il en est de même des grandes questions régionales et mondiales, économiques, écologiques, financières, vues de France, elles concernent tous les français au même titre. Donc ce n’est pas non plus, sur les programmes des candidats que les musulmans trouveraient des points de convergences.

Le vote musulman en 2012 sera une lueur d’espoir ou ne sera pas !

Je disais que le France est à la croisée des chemins, et je pourrais cité plusieurs preuves pour illustrer cela. Mais moi ce qui m’importe, au-delà de tout autre question, c’est de me dire quelle place auront les musulmans dans la France de demain ? Va-t-on continuer à stigmatiser les musulmans et surtout les musulmanes et les exclure davantage ou le contraire ? Va-t-on continuer à agiter le chiffon rouge du soi-disant communautarisme musulman ou considérer les musulmanes comme partie intégrante de la communauté nationale ? Va-t-on continuer à observer un mutisme et une indifférence totale face à la multiplication des actes de profanations des cimetières musulmans et des mosquées on s’indigne et mettre tout pour que cela cesse ? Va-t-on continuer à légiférer des lois liberticides et anti-musulmanes, de l’interdiction du foulard au lycée à la traque des jupes longues ; et de l’interdiction du niqab sur l’espace privé à la traque des foulards des nounous dans l’intimité des leurs foyers ? Du honteux et ignominieux faux débat sur l’identité nationale, les prières dans les rues, la nourriture halal, à la merahisation des musulmans de France, le comble est déjà entamé depuis plusieurs mois et la coupe est désormais plus que pleine.

Je n’ai point besoin de faire un dessin, ni même un dessein d’ailleurs. En dépit des petits calculs des uns et des autres de la communauté musulmane ; en dépit des opinions politiques, conditions sociales, origines et autres une seule question doit-on se poser avant de mettre notre bulletin de vote dans l’urne.

Le candidat à qui je donne ma voix va-t-il œuvrer ou non pour stopper la montée de cette hideuse et dangereuse islamophobie[1] ? Si leurre il y a ce n’est certainement pas dans le vote musulman !  Existe-t-il ou il n’existe pas ? Le leurre c’est de croire que l’islamophobie montante en France s’arrêtera à la stigmatisation et à ces lois anti-islamiques.

Nicolas Sarkozy durant tout son mandat, il n’a prononcé le mot islamophobie que deux fois ; lors d’un dîner ramadanesque à la mosquée de Paris, par la bouche de son premier ministre qui a lu son discours adressé à la communauté musulmane- et la deuxième fois dans son discours en visite à l’université de Constantine, où il prononça sa fameuse phrase : « La France ne transigera pas avec l’islamophobie » En effet, depuis ce fameux discours de décembre 2007, c’est tout le contraire qui a été fait, la droite sarkozyste n’a cessé d’alimenter et attiser l’islamophobie. Même lors de sa dernière visite au mois de mars à la mosquée de Paris pour déposer un gerbe de fleurs à la mémoire des soldats musulmans morts pour la France. Sarkozy avait un occasion toute faite pour corriger le tire et citer cette haine islamophobe qui a plusieurs reprises ces cinq dernières années a profané les tombes de ces soldats, mais hélas rien n’a été dit.

S’il y a un dernier mot pour ceux qui ne réalisent pas encore le danger de cette islamophobie qui va crescendo, rappelons ce que le mufti de Bosnie, -un slave « de pure souche »- avait déclaré à la radio BBC, en septembre 2006 : « j’ai peur que les musulmans subissent le même traitement que les juifs en Europe si les choses n’évoluent pas (…) j’espère que l’islamophobie qui est maintenant en Europe et en Occident ne débouchera pas sur un holocauste musulman ».

S’il y a bien une raison pour tous les musulmans d’aller voter ce dimanche, c’est bien pour voter contre l’islamophobie. Il faudra donc faire un vote sanction, au premier tour pour tous les candidats et au deuxième tour voter pour le candidat qui n’encouragera pas l’islamophobie. Je dis bien qui n’encouragera pas l’islamophobie et pas qui la stoppera, car il ne faut pas se leurrer, il n’y a a que notre engagements, nous les musulmans,  et l’aide de nos amis français, très nombreux que l’islamophobie révulse

Dieu est avec ceux qui se comportent avec rectitude et ceux qui sont endurants. Âmîne.


[1] Sic me dit le logiciel word. Le mot islamophobie (resic) vient d’être souligné du rouge. Le dictionnaire de Microsoft ne reconnaît pas ce mot : islamophobie. L’islamophobe Pascl Bruckener non plus.

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