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Billet de blog 2 avril 2022

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Comment inscrire l’impossibilité de la guerre dans les tissus de nos vies ?

S’il est urgent d’agir pour arrêter les guerres qui se passent dans le monde, il est tout autant important de réfléchir : comment rendre les guerres impossibles par nos modes de vie mêmes ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le 24 février, la guerre en Ukraine bouleverse le continent européen. Elle ramène les atrocités d’une violence militaire ainsi que ses conséquences humanitaires, économiques, écologiques et autres dans l’actualité des vies des citoyens européens en rappelant – une fois de plus – les catastrophes des autres guerres qui se passent au même moment dans le monde. S’il est urgent d’agir pour mettre fin à toutes ces guerres, il est tout autant primordial de renforcer le débat sur les conditions qui permettent aux guerres à se produire encore et encore. Il ne suffit plus de déléguer ces réflexions aux politiciens, mais il est indispensable de se questionner soi-même. Comment rendre les guerres impossibles par nos vies mêmes, par les manières dont on les mène ? Voici quelques pistes pour commencer une réflexion.

Illustration 1
Broderie et photo: Lo-Fi Broderie

Vérifier l’information et ne pas cesser d’apprendre. A l’ère informatique, les batailles fondamentales sont menées sur les champs de communication, de savoir, de langage. Aujourd’hui, il devient crucial non seulement d’avoir un accès à l’information, mais aussi de savoir la recevoir, décortiquer, analyser, vérifier avant même de l’accueillir dans sa vision du monde. La boîte à outils des discours populistes et manipulateurs s’est énormément enrichie au cours du dernier siècle. C’est pourquoi, il est plus que jamais important de lui opposer une éthique personnelle d’information et de savoir : aller à la recherche des nouvelles sources d’information, des analyses variées et ne pas se contenter des arguments simples, voire simplistes qui, par leur nature même, ne sont pas en mesure de saisir les enjeux complexes qui façonnent le monde. Cela exige de nous un travail personnel continu. Ne limitons pas l’apprentissage et le savoir à la simple question de culture générale mais redonnons-leur une force d’émancipation pour penser un autre rapport au monde et aux autres.

Considérer les vies humaines avant de considérer des données ou des représentations portant sur elles. Il ne faut pas laisser les destins individuels des êtres humains se dissoudre derrière les discours politiques ou les chiffres d’une statistique. Il est important d’entendre les voix des personnes dont l’existence se trouve directement exposée aux violences d’une guerre, d’une répression ou d’une autre forme de violence. Pouvoir imaginer ce qu’elles vivent concrètement nous permet aussi de mieux comprendre les choix complexes auxquels elles se trouvent confrontées et qui sont rarement simples et « noir » ou « blanc ». La capacité même d’imaginer devient alors un remède aux discours simplificateurs qui souvent rendent abstraites les conséquences réelles, vivantes et continues qu’une violence peut avoir sur les vies singulières. On comprend pourquoi John Lennon et Yoko Ono ont tellement insisté sur le rôle d’imagination dans leur propre opposition à la guerre et leur marche vers la paix. Imaginer et se laisser affecter par des difficultés, souffrances, épreuves vécues par les personnes qu’on ne connaît pas mais dont on partage l’humanité ouvre une voie d’empathie. Si des arguments froids ou des représentations médiatisées peuvent apporter une analyse des événements, ils ne doivent pas substituer l’empathie envers les êtres humains et leurs vies.

Revoir ses habitudes de consommation et son mode de vie. Ceci n’est pas un fait nouveau : nos choix des produits et nos pratiques de consommation ont une influence politique beaucoup plus profonde que le droit de vote qu’on exerce une fois tous les quelques ans. Sans nier l’importance de soutenir un programme politique ou de s’opposer à un autre, il est encore plus important de comprendre comment nos habitudes quotidiennes sont liées aux conditions d’existence des autres êtres humains et, de façon plus générale, des autres êtres vivants. Il faut retrouver les bouts du fil qui lie notre mode de vie à celui des autres. A l’instar du mouvement Black Lives Matter qui appelle les personnes blanches à prendre conscience de leurs privilèges, il est nécessaire que chacun.e se pose la question : quelle part du confort de ma vie est payée par les privations et l’oppression des autres ? Comment mon mode de vie contribue à la perpétuation des inégalités et de la violence dans le monde ?  « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe », dit un esclave qui expose son corps mutilé par le travail aux sucreries. Ces mots que Voltaire a mis dans la bouche d’un de ses personnages pour dénoncer l’esclavagisme, de fait, n’ont rien perdu de leur actualité. Il suffit de remplacer le « sucre » par « mon T-shirt à 10 euros », « mon chauffage bon marché », « mon smartphone » etc. Notre responsabilité personnelle de ce qui se passe dans le monde ne se réduit pas au choix des élus à qui on délègue notre représentation politique, mais réside surtout dans l’éthique de consommation inscrite dans notre mode de vie quotidien.

Natalia Prikhodko

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