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Billet de blog 11 mai 2014

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Le Manifeste des socialistes affligés

Trente-et-un ans après mars 1983, un gouvernement à majorité socialiste opère un second tournant de la rigueur. L’accumulation de la dette publique et l’excès du « coût du travail » rendraient impossible toute autre politique. Tout socialiste « sérieux » serait donc condamné à expliquer à ses concitoyens qu’après la « désinflation compétitive », c’est désormais un « choc de compétitivité » qu’il faut administrer à notre pays. Tel est le nouveau discours officiel que doivent accepter les militants et électeurs socialistes.

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Trente-et-un ans après mars 1983, un gouvernement à majorité socialiste opère un second tournant de la rigueur. L’accumulation de la dette publique et l’excès du « coût du travail » rendraient impossible toute autre politique. Tout socialiste « sérieux » serait donc condamné à expliquer à ses concitoyens qu’après la « désinflation compétitive », c’est désormais un « choc de compétitivité » qu’il faut administrer à notre pays. Tel est le nouveau discours officiel que doivent accepter les militants et électeurs socialistes.

Ces choix ont fini par désarmer les électeurs de gauche, qui ont manifesté leur profond mécontentement en s’abstenant massivement lors des élections municipales.

Le tournant de la rigueur de 1983 devait permettre l’avènement d’une Europe progressiste. Il a accouché d’une Europe ordo-libérale, que la France a renoncé à réorienter en 2012 en adoptant un traité budgétaire qui interdit toute politique progressiste et en négociant dans la foulée un budget européen en baisse de 10% pour 2014-2020, ce qui a tué dans l’œuf la promesse d’un pacte de croissance pour l’Europe.

Le virage de 2014 se matérialise par un plan d’austérité de 50 milliards au détriment de la croissance, de l’emploi, de la protection sociale, des services publics et du pouvoir d’achat. L’ampleur de ce plan d’austérité n’est pas due à la pression des marchés, mais au financement d’un transfert de 1,5 point de PIB (30 milliards) sans contreparties en faveur des profits des entreprises, au nom d’une « politique de l’offre ». Or non seulement l’efficacité des « politiques de l’offre », menées de façon coordonnée par tous les États de la zone euro, n’est en aucun cas avérée, mais surtout, le PS français avait toujours déclaré vouloir se tenir à distance de la « Troisième voie » promue par Tony Blair et Gerhard Schröder dans les années 90. A l’heure où le Parti socialiste européen (PSE), et notamment en son sein,  le  Labour et le SPD, explorent désormais la pertinence des « politiques de demande », il est paradoxal que les Français soient les seuls sociaux-démocrates à rester épris de TINA (« There is No Alternative »).

Ceux d’entre nous qui sont membres du PS sont d’autant plus atterrés que ce choix fondamental n’a été délibéré dans aucune instance de notre parti, et a-fortiori dans aucun congrès. La 5e République permet au président de la République et à son Premier ministre de l’imposer à la représentation nationale et à tout le pays au mépris du récent message des urnes. Nombre de militants socialistes ont d’ores et déjà déserté le terrain du combat politique. Les autres constatent amèrement que le choix de l’exécutif risque de mener inexorablement notre camp, défaite électorale après défaite électorale, à un nouveau 21 avril qui menacera l’existence même de notre parti en 2017. Ils observent que l’aile gauche du PS n'est pas parvenue à ce jour à empêcher la mise en œuvre de cette politique. Ils regrettent que l’espace occupé par le Front de Gauche et les écologistes soit parfois le théâtre d’affrontement d’appareils  stériles qui n'offrent pas de débouché politique crédible.

Socialistes et sociaux-démocrates, nous sommes affligés par l'orientation politique du gouvernement actuel. Nous l'estimons néfaste et démobilisatrice pour les électeurs de gauche qui avaient nettement indiqué vouloir rompre avec le Sarkozysme en 2012. Ce choix fragilise le PS et la gauche dans son ensemble. C’est pour préserver l’identité socialiste et transmettre le témoin aux générations futures de militants que nous décidons de créer un club, ayant pour vocation de montrer qu’un programme socialiste est plus que jamais crédible en France et en Europe. Il s’avèrerait en tout cas bien plus approprié que les politiques d’austérité pour lutter contre le chômage et les inégalités, ainsi que pour financer la transition écologique. En France, tout comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, ni les salaires, ni l’État social ne sont nos ennemis. Ce qui nous menace, ce sont la finance et l’austérité, cette dernière étant imposée en Europe par des procédures de décision anti-démocratiques.

Ce club est ouvert à toutes et à tous, adhérents du PS ou pas. Il doit regrouper les citoyens actifs, intellectuels, militants associatifs, politiques et syndicaux qui veulent aider la gauche à redevenir une force de propositions et d'action au service de la justice et de l'égalité sociale. Nous n'avons aucun ennemi à gauche et nous entendons, dans un esprit unitaire, mener collectivement la bataille idéologique et politique que la gauche a perdue au cours de ces trente dernières années. Nous travaillerons ainsi en collaboration avec des clubs et think tanks européens, eux aussi engagés dans le même combat. Nous entamerons le dialogue avec toutes les forces qui entendent œuvrer à la recomposition de la gauche. Notre objectif sera aussi de fournir les ressources intellectuelles et humaines aux listes de gauche qui se présenteront aux prochaines échéances électorales.

Liêm Hoang-Ngoc 
Député au Parlement européen, membre du Bureau national du PS

Philippe Marlière
Professeur à University College London, ancien membre du PS

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