Le journal des appels à l'OIP au temps du coronavirus - Semaine 3

Chaque jour depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus, l’Observatoire des prisons reçoit des dizaines d’appels téléphoniques de détenus ou de leurs proches. Ils nous alertent sur la situation en détention, mais aussi, et surtout, nous font part de leurs angoisses, nourries par un cruel manque d’informations.

Ils racontent les tensions qui montent entre les murs, l’incertitude, leurs questions qui restent sans réponse, les téléphones qui sonnent dans le vide… Nous les conseillons, répondons à leurs questions, les orientons. Si leurs inquiétudes se ressemblent, leurs mots, venus de toute la France, illustrent les situations spécifiques à chaque établissement, à chaque juridiction. Ils évoluent quotidiennement, suivant les annonces nationales et les nouvelles dispositions prises. Nous avons décidé d’en rendre compte dans un journal, que nous publions ici chaque semaine.

NB : Nous reproduisons ici une sélection des appels reçus. Il ne s'agit pas d'un compte-rendu exhaustif.

3 avril 2020

Message de la sœur d’un détenu : « Je vous ai appelé la semaine dernière car je n’avais pas de nouvelles de mon frère. Là j’ai réussi à en avoir, mais ça fait très peur. Ils sont trois en cellule, il y a des gros problèmes d’hygiène, il me dit que la tension monte à cause du manque de shit. Je m’inquiète pour lui, je ne dors plus, je ne mange plus… Je ne comprends pas pourquoi rien n’est fait pour les mandat de dépôt. Ma vie est complètement perturbée, j’ai l’impression d’être condamnée à sa place. »

Message de la compagne d’un détenu de Bois d’Arcy : « Avez-vous des informations concernant les mesures qui peuvent être adoptées suite à l’audience de ce matin au Conseil d’État ? Mon copain est dans une cellule avec deux autres détenus, les cantines arrivent au compte-goutte, l’hygiène n’est pas respectée. Il est là-bas depuis novembre, il lui reste quatre mois à faire, mais il n’y a pas de sortie anticipée pour lui : son avocat a fait une demande de libération anticipée pour motif médical il y a maintenant une semaine et demi, nous n’avons toujours pas de nouvelles. Le temps commence à être long et l’inquiétude augmente de jour en jour. Il voit plein de détenus remis en liberté à qui il restait plus longtemps, mais pas lui. C’est l’incompréhension la plus totale… »

Message de la tante d’un détenu d’Uzerche : « Mon neveu était incarcéré à la prison d’Uzerche et suite à la mutinerie, il a été transféré dans une autre prison. Depuis, nous n’avons aucune nouvelle de lui. Sa femme essaie en vain d’en avoir mais personne ne lui en donne. Pourriez-vous s’il vous plaît apaiser nos cœurs et nous donner de ses nouvelles ? »

Message de la sœur d’un détenu : « Mon frère a été placé en détention provisoire en octobre. Des permis de visite nous ont été octroyés, à moi et mes parents. Par ailleurs, malgré deux relances au juge d’instruction, aucune autorisation de téléphoner ne lui a été délivrée. Avec l’appui de notre avocat, et au regard de la crise sanitaire que nous traversons, nous avons relancé le juge d’instruction à maintes reprises pour que mon frère puisse communiquer avec nous, sa famille. Nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis le 14 mars, date de notre dernier parloir. Nous lui avons écrit quelques lettres qui sont restées sans retour. Étant très fragile psychologiquement, et ayant tenté de mettre fin à ses jours, il a été placé au SMPR [service médico-psychologique régional] en janvier ; ce placement doit prendre fin à la mi-avril. Nous espérons, plus que tout autre chose, qu’il sera maintenu au sein de ce service. Nous vivons dans une inquiétude et une angoisse permanente et n’osons pas imaginer l’état de notre frère, notre fils, enchaîné avec ses démons, coupé de toute relation avec l’extérieur. La situation n’est plus vivable, nous avons peur, jour et nuit. »

Message de la compagne d’un détenu de Melun : « Mon fiancé à une maladie depuis plusieurs mois, il doit sortir fin juin, mais il a très peur pour sa santé. J’ai écrit à tout le monde, je ne sais plus quoi faire. Il se plaint de douleurs constamment, il maigrit… »

2 avril 2020

Appel de la compagne d’un détenu de Rennes : « Quand les parloirs ont été suspendus à cause du Covid, mon mari ne l’a pas supporté, il a fait deux tentatives de suicide. Il a peur d’attraper le coronavirus, il dort par terre sur un matelas, ils sont trois en cellule. »

Appel d’un détenu de Longuenesse : « J’ai fait les deux tiers de ma peine, j’ai eu les deux mois de remise de peine supplémentaire annoncés, donc maintenant je peux sortir… à condition d’avoir une adresse. Mais je n’ai pas de famille qui peut m’héberger, et toutes les structures que j’ai contactées – et j’en ai contacté beaucoup – me répondent qu’elles ne peuvent pas accueillir de nouvelles personnes à cause du Covid-19. J’ai aussi contacté la maison départementale de la solidarité, mais je n’ai pas de réponse… »

Appel de la mère d’un détenu de Villepinte : « Je suis sans nouvelles de mon fils depuis quinze jours. Le téléphone en cellule ne marchait pas, et puis il a été changé de cellule, maintenant il est dans une cellule à trois, alors qu’il y a l’épidémie. Je lui ai écrit, mais les délais sont encore plus long à cause du confinement, je ne suis même pas sûre qu’il reçoive tous mes courriers. Il a pris une peine de moins de cinq ans, et il est libérable en décembre, il pourrait éligible à une libération sous contrainte. La CPIP a évoqué la possibilité d’un placement à domicile, mais elle n’a pas le temps de faire le rapport. Moi je voudrais que mon fils vienne en confinement chez moi, quitte à ce qu’il retourne en prison après… »

Appel du frère d’un détenu de Nanterre : « Tous les détenus sont prêts à porte plainte. Là-bas, les mandats de dépôt veulent faire une pétition et déposer un recours contre l’allongement des détentions provisoires. »

Appel de la compagne d’un détenu de Seysses : « Il est en prison depuis novembre et depuis le début, il réclame une machine respiratoire de nuit, qu’on lui a prescrite depuis 2015. Mais il ne l’a toujours pas, et son cas s’aggrave, il en fait des insomnies. C’est encore pire avec le Covid, il est à risques. En plus, ils sont trois en cellule. Je suis inquiète. Que puis-je faire ? »

Appel de la sœur de détenus à Fleury-Mérogis : « Mes deux frères ont été incarcérés juste avant le confinement, en détention provisoire. L’un des deux a les symptômes du Covid, et le deuxième, nous n’avons plus de nouvelles, on sait seulement qu’il a vu le médecin deux fois. Qu’est-ce que je peux faire ? »

Appel d’un détenu placé en centre national d’évaluation (CNE) : « L’évaluation devait se terminer, je devais rejoindre mon établissement d’origine, mais les deux dernières semaines d’évaluation [sur 6] ont été annulées à cause du confinement. Les synthèses seront faites sur la base des rendez-vous déjà faits, et elles seront rendues tel quel au magistrat. C’est injuste, on risque d’avoir des synthèses négatives parce qu’elles sont incomplètes ! »

Appel d’un détenu de Villepinte : « Un détenu aurait le coronavirus ici. Certains disent qu’il est en réanimation et d’autres à l’isolement. On voudrait avoir des nouvelles de lui. »

Message de la sœur d’un détenu : « Mon petit frère est incarcéré depuis le 13 mars. On a pu discuter avec lui la semaine dernière, il était inquiet, on le faisait dormir à même le sol sans aucune distance avec son codétenu qui avait des quintes de toux et qu’il se plaignait de douleurs. J’ai prévenu son avocat, qui a alerté le directeur de la prison, mais rien n’a été fait. Et hier nous avons appris qu’il avait été contaminé : il est maintenant porteur du Covid-19, il a changé de cellule… Nous sommes déboussolés et désemparés, nous avons très peur pour l’avenir. Pouvez-vous nous expliquer les démarches à suivre pour le sortir de là et pour qu’il se fasse soigner au plus vite ? »

Appel de la compagne d’un détenu : « Mon compagnon était en cellule avec un codétenu. Il a demandé à être seul en cellule, mais on l’a changé de cellule pour une cellule plus petite avec un autre codétenu. Je ne comprends pas pourquoi on le change de cellule en plein coronavirus ! »

1er avril 2020

Appel d’un détenu de Bedenac : « Aucun produit n’a été distribué. Il n’y a aucune coordination entre les membres de la direction, le personnel et les détenus : impossible d’obtenir une information claire et fiable sur la situation. Le médecin avait préparé un protocole à afficher en détention à l’attention des détenus, avec des pictogrammes pour ceux qui ne savent pas lire. Elle l’a transmis à la direction, mais une semaine plus tard rien n’était encore affiché : il a fallu qu’elle vienne le constater et qu’elle alerte la direction pour que ça le soit. »

Appel d’un détenu de Châteaudun : « J’avais déposé une demande d’aménagement de peine il y a quelques mois, mais vu la situation, j’ai fait une nouvelle demande pour une suspension de peine pour raison médicale. J’ai peur ici. Il n’y a plus de cantine, et les repas se réduisent. Je me demande comment ils vont faire pour nous nourrir, si ça continue. Heureusement que vous êtes là, quand je vous appelle ça me remonte le moral. »

Appel de la mère d’un détenu d’Orléans : « Mon fils n’a plus que cinq mois à faire. Il y a deux jours, la CPIP m’a dit qu’avec les annonces de la ministre, il serait dans les premiers à sortir. Mais quand j’ai rappelé hier pour connaître la date exacte de sa sortie, je suis tombée sur un autre CPIP qui m’a dit que désormais c’était lui qui s’occupait de mon fils, et qu’il ne sortirait que le 21 septembre 2020. Je ne comprends pas… J’ai 78 ans, je suis diabétique, asthmatique, je n’en peux plus. »

Appel d’un détenu de Villenauxe-la-Grande : « Je me sens en danger. La prison c’est comme les maisons de retraite, si le virus arrive, il se propage rapidement. Je n’ai pas envie de mourir ici. Je reste calme, je ne vais pas en promenade. Normalement ma peine pourrait être aménagée seulement en 2024, mais j’ai quand même fait une demande de mise en liberté, à cause du Covid. »

Appel de la compagne d’un détenu de Réau : « Je m’inquiète pour mon mari. C’est un détenu longue peine, je sais que rien n’est prévu pour eux, je suis un peu désespérée… Il est asthmatique, j’ai appelé l’unité sanitaire pour leur rappeler qu’il avait besoin d’une attention particulière au vu de la situation. Heureusement, depuis samedi les surveillants portent des masques. »

Message de la mère d’un détenu : « Mon fils est incarcéré depuis début février, il devrait être libéré début mai. Il a une maladie auto-immune, il doit avoir des injections toutes les six semaines, il est une personne à risques. Je suis très inquiète. L’avocat a demandé une sortie anticipée, mais à ce jour, rien ne bouge. Comment faire ? »

Appel d’un détenu du Havre : « Je ne comprends pas les mesures prises en interne. On a droit à la promenade et d’y jouer au foot. Le créneau du sport est maintenu, le terrain est accessible mais on n’a pas le droit d’y jouer au foot, seulement de faire du cross fit, alors qu’on a le droit d’y jouer en cour de promenade. Ici les surveillants entrent et sortent sans arrêt, alors qu’on nous a supprimé les parloirs pour éviter les contaminations. Si les surveillants dormaient sur place, on comprendrait et accepterait mieux la suppression des parloirs. Mais là, c’est très frustrant. Et le virus, c’est par les surveillants qu’il arrivera. »

31 mars 2020

Message de la fille d’une détenue de Fresnes : « Ma mère est détenue depuis le mois de février mais ça fait une semaine déjà que je n’ai pas eu de nouvelles d’elle. Ma sœur et moi on s’inquiète beaucoup, j’ai 16 ans, je sais qu’elle a fait une erreur et elle mérite une sanction mais j’aimerais bien savoir comment elle va en ce moment. Avec le Covid-19, je m’inquiète encore plus. Son absence, c’est vraiment l’enfer pour nous, on n’est que deux… »

Message d’un détenu de Mulhouse : « J’ai la peur au ventre de mourir ici. Je suis diabétique de type 1, les surveillants ouvrent la porte et donnent les repas sans gants ni masque. Je ne veux pas être retrouvé dans un sac comme un déchet… ça ne va vraiment pas du tout, je suis très mal. »

Appel de la compagne d’un détenu de Grasse : « Je n’ai plus de nouvelles. Peut-être qu’il n’a plus de crédit téléphonique ? Les crédits arrivent bien le premier de chaque mois, n’est-ce pas ? Est-ce qu’il y a des cas de Covid à Grasse ? »

Appel de la compagne d’un détenu de Nancy : « Mon conjoint est très malade. Rien n’est fait, les rendez-vous à l’unité sanitaire sont annulés. Les surveillants sont passés vendredi pour lui dire que c’était parce qu’il n’y avait “plus de thermomètres”… C’est une blague ?! Il présente des symptômes du coronavirus, il voudrait être examiné, mais personne ne répond, rien n’est fait, personne ne se déplace pour aller le voir. »

Appel d’une détenue de Joux-la-Ville : « Plus personne ne nous répond, il y a beaucoup de choses qu’on ne comprend pas. Il y a des gens à qui il reste un mois, on ne leur donne pas leurs remises de peine, on ne comprend pas. Il n’y a aucune communication, rien n’est fait pour nous expliquer la situation. On n’a aucun correspondant. On ne sait pas si on peut déposer des permissions pour le mois de juin, ou de mai. Idem pour les aménagements de peine. Ma CPIP me reproche à longueur d’année de faire mes démarches toutes seules, mais là elle ne répond plus. Il me reste un an, on devait déposer une demande en mai, mais là je ne sais plus rien, je ne sais même plus si j’ai un employeur dehors, s’il a fait faillite ou pas. On a aussi de gros soucis avec les téléphones en coursive, ils nous disent que c’est parce qu’il y a trop de gens qui téléphonent en même temps… »

Appel de la mère d’un détenu en semi-liberté à Metz : « J’essaie de me renseigner partout pour savoir si on peut le faire sortir, mais tout le monde me renvoie des numéros et moi je ne parle pas très bien français. Est-ce que la ministre de la Justice fait sortir les gens en semi-liberté ? »

Message de la compagne d’un détenu de Toul : « Je suis très inquiète, je n’ai pas de nouvelles. Je sais qu’il y a des cas dans la ville, les surveillants viennent de l’extérieur et n’ont pas le matériel de protection. J’ai eu un appel du SPIP me disant que mon compagnon devait sortir dans les jours à venir, ça m’a rendue très heureuse mais depuis, rien. J’appelle la prison… et là on me dit que mon compagnon ne sort pas maintenant parce qu’ils doivent observer son comportement ! Pourtant, il répond à tous les critères, il lui reste moins de deux mois, je suis seule avec mon fils, ma famille est loin. Si j’attrape le virus, comment je fais pour mon fils ? »

Appel d’un détenu : « J’ai fait une demande de suspension de peine à la JAP. J’ai envoyé un courrier à mon avocat avec les papiers, il n’a rien reçu. Et les CPIP sont injoignables, j’ai envoyé cinq lettres, je n’ai pas eu de réponse. J’avais aussi fait une demande d’aménagement il y a sept mois, ça devait être examiné dans pas longtemps, mais je n’ai plus de nouvelles. Depuis, un médecin m’a fait un certificat, je dois être soigné à l’extérieur. »

Appel de la mère d’un détenu : « Mon fils est au centre pour peine aménagée, mais il est gravement malade, il a une hernie discale invalidante. Il devait être opéré, il avait déjà rencontré le chirurgien et l’anesthésiste, mais l’opération a été annulée à cause du Covid-19. Il souffre atrocement, il ne peut pas marcher. Le lit à la prison lui fait mal. Est-ce qu’il existe une procédure d’urgence ? Il souffre à en hurler, les surveillants eux-mêmes sont choqués qu’on le laisse dans la prison alors qu’il hurle de douleur. »

Appel de la femme d’un détenu de Fleury-Mérogis : « Mon mari a été incarcéré début février. Il arrivera à mi-peine fin mai, et sa sortie est prévue pour septembre. Il a commencé une formation, il n’a aucun problème en détention. Il fait de l’asthme, il a fait une vingtaine de crises depuis son incarcération. Il a envoyé un courrier à la CPIP, mais personne ne lui répond. Et depuis quatre jours, il y a trois malades à son étage… »

Appel de la sœur d’un détenu d’Osny : « Je vous appelle car je suis très inquiète, j’ai lu un article sur Osny. Ils n’ont pas de cantines. Depuis une semaine, pratiquement rien n’est livré, son réfrigérateur est vide. Dans la liste des produits cantinables, il n’y a aucun produit frais, rien du tout. Mais pour lutter contre le virus, il faut une bonne alimentation ! Les mesures d’hygiène, c’est la cata. Les douches, le linge… Heureusement lui est dans une cellule individuelle, pour l’instant. »

Appel d’un détenu de Melun : « Quand on travaille en détention, comment ça se passe au niveau des salaires ? Je travaillais pour un concessionnaire mais depuis le confinement, les ateliers sont fermés : est-ce que je serai indemnisé, type chômage partiel ? Et aussi, le téléphone en cellule marche une fois sur 40… »

Appel d’un détenu d’Orléans : « Je voulais savoir pourquoi avec le coronavirus ils nous font encore des fouilles de cellule. Je ne suis pas contre les fouilles d’ordinaire, mais pour moi, durant le confinement, ils ne devraient pas faire de fouille : on nous dit qu’on est pas en danger en prison car le coronavirus n’y rentre pas, mais s’ils nous transmettent le virus pendant une fouille ? »

Appel d’un proche d’un détenu placé en centre de semi-liberté : « Il a peur, car le centre de semi-liberté est quasiment vide, les autres ont été libérés pour être confinés à domicile. Il est confiné au centre, il n’a plus le droit de sortir du tout. Pour les soins, c’est très difficile, il faut avoir un justificatif pour aller consulter à l’extérieur. Est ce qu’ils ont le droit de le renvoyer en détention normale ? »

Appel d’un détenu de Tours : « Il y a des cas à Tours, mais personne ne veut rien nous dire. Quand on demande, ils disent que c’est confidentiel, à cause du secret médical. Mais nous on sait qu’il y a déjà plusieurs cas dans la même aile. J’ai été en contact avec ces types, à la messe avant qu’elles soient suspendues, à la promenade, dans les douches. Pour les promenades on est cinquante dans une cour, et dans les douches c’est pareil, on est entassés. On voudrait des protections parce qu’au rythme où ça va, sur les deux cents il n’y aura plus personne… »

Appel de la compagne d’un détenu d’Avignon : « Mon petit ami est en détention provisoire, nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis l’arrivée du virus, tous les liens sont coupés. J’ai entendu parler de gardiens contaminés au coronavirus, sa famille et moi-même nous avons très peur pour lui. De plus, il y a qu’un seul téléphone en cours de promenade qui n’est pas désinfecté. Comment faire pour avoir des nouvelles ? »

30 mars 2020

Appel d’un détenu de Châteaudun : « J’ai fait plusieurs tentatives de suicide depuis que je suis ici. Et là, avec le Covid… J’avais enclenché une demande d’aménagement de peine, mes parents avaient rendez-vous pour l’enquête pour l’hébergement mais le rendez-vous a été annulé, et ils n’ont pas de nouvelle pour un nouveau rendez-vous. »

Appel du père d’un détenu d’Orléans : « Mon fils est en détention provisoire depuis un an. Il a de gros troubles psy depuis plus de vingt ans, alors je me demande s’il peut bénéficier d’une mise en liberté, par rapport aux risques de Covid-19. »

Appel de la compagne d’un détenu de Nanterre : « Il est condamné à trois ans, il a déjà purgé vingt mois. Avec la surpopulation et la promiscuité, je m’inquiète des risques de contamination. Il avait déposé en novembre une demande d’aménagement de peine, mais on n’a plus de nouvelles. Et impossible de joindre le SPIP… »

Appel de la mère d’un détenu de Château-Thierry : « Là-bas, rien n’a été modifié dans le fonctionnement de la centrale avec le Covid. Le régime ouvert est toujours de mise. »

Appel d’un détenu de Toul, en régime ouvert : « Depuis quelques temps les surveillants m’interdisent d’aller prendre le café dans les cellules voisines, alors que tous les autres détenus le font. Ils me disent que c’est “le nouveau règlement”. »

Appel d’un détenu de Villepinte : « Les surveillants disent qu’il n’y aurait pas de cas de Covid ici, mais un détenu est confiné ici, ou a été envoyé à l’hôpital, on n’arrive pas à savoir. On est tous mélangés, et personne ne s’intéresse à nous sauf le pape Jean-Paul II, je l’ai entendu parler des prisonniers hier à la télé. On a deux heures de promenade quotidienne, on fait attention : on ne se serre plus la main, on se checke avec le poing. Mais il y a de nouveaux arrivants, transférés de Nanterre et d’Osny après les mouvements de protestation. Ils ont été placés au QD. »

Appel d’une proche d’un détenu de Bois d’Arcy : « Il n’y a toujours pas de solution pour le linge : on a le droit de rien apporter, ils ont dit qu’ils installeraient des machines à laver mais rien. Ils se foutent de nous, ils ne feront rien. Quand ils disent qu’ils vont arranger les choses, ça me fait bien tousser. »

Appel d’un détenu de Toul : « Les téléphones en cellule marchent très mal. Depuis deux jours, les surveillants ont des masques, et les auxis désinfectent les poignées de porte deux fois par jour. »

Appel d’un détenu d’Aix-Luynes : « On n’a même pas de savon, et l’eau n’est pas chaude. Je ne comprends pas pourquoi on n’est pas tous confinés, pourquoi les promenades sont maintenues, etc. »

Appel de la mère d’un détenu de Corbas : « À Corbas, ils confinent tous les anciens dans le même secteur. Il y a toujours des fouilles au corps. Ils sont deux ou trois en cellule. Comment voulez-vous qu’ils se protègent ? Selon les détenus, il y aurait des surveillants contaminés. Ils ont des masques depuis quelques jours. Mon fils, il lui reste six mois à faire, mais avec les remises de peine il devrait être libérable en juillet. L’avocat fait des démarches pour le faire sortir. Je suis très inquiète. »

Appel d’un détenu d’Aiton : « J’ai bien eu les 20€ pour téléphoner, et les 40€ en plus parce que je suis indigent, mais ils ont été versé sur mon compte téléphonique. Je n’ai personne à appeler, ça ne me sert à rien ! J’ai demandé à ce qu’ils soient basculés sur mon compte normal, mais ça n’est pas possible, car ce sont deux entreprises différentes… »

Message de la compagne d’un détenu de Lille-Annœullin : « Qu’est-ce que c’est, un aménagement de peine ? Plusieurs détenus sont sortis alors qu’il leur reste deux mois à faire, je ne comprends pas pourquoi mon compagnon ne sortirait pas rapidement lui aussi. Il doit sortir le 25 avril, et ce n’est ni un criminel, ni un violeur. »

Message du compagnon d’une détenue de Caen : « Ma compagne est en détention provisoire depuis deux semaines. Les parloirs sont suspendus, et sa demande de téléphone n’aboutit pas parce que le tribunal est fermé depuis le 16 mars. Nous recevons uniquement des lettres qui elles aussi, arrivent de façon sporadique du fait de la réduction du service postal. Les conditions de détention qu’elle nous décrit sont les suivantes : une cellule de 10 m² pour trois personnes, seulement trois douches par semaine sans rideau, deux repas par jour. Elle nous demande de lui apporter des sous-vêtements car elle n’en n’a pas en quantité suffisante (elle n’en a que deux ou trois avec elle), elle n’a pas de pyjama, elle n’a pas de tenue décente pour son audience prévue dans deux semaines. Mais les parloirs ont été suspendus dès le lendemain de sa mise en détention provisoire… Comme elle ne peut pas téléphoner, elle a acheté des carnets de timbres dès son arrivée, mais ils ne lui ont toujours pas été remis. Son avocat a finalement pu la contacter par téléphone après de nombreuses demandes, mais les parloirs lui sont refusés. »

Week-end du 28-29 mars

Notre permanence téléphonique est fermée le week-end : nous publions ici les messages laissés sur notre répondeur ainsi que les messages reçus par email.

Villeneuve-lès-Maguelone : « J’ai besoin de dire ce que vit mon mari. Il y a une semaine, son codétenu se sentait mal, il avait une angine. Après plusieurs appels à l’interphone, les surveillants ont refusé de venir. Le matin, ils sont venus les chercher tous les deux, sans savoir s’ils étaient positifs au corona, et ils ont été transférés dans l’aile avec les malades du Covid. Comme ils ne voulaient pas rester là-bas avec les gens contaminés, ils ont bloqué. Mon mari s’est retrouvé au mitard : depuis plus d’une semaine, il n’a pas pu changer ses habits. Il est déplacé à gauche à droite, sans savoir s’il est malade. Aucun surveillant n’a de protection. Parce qu’ils sont en prison, on va les laisser crever ? »

Seysses : « Je vous contacte pour en savoir plus : mon mari a été jugé il y a trois semaines, il a pris deux ans et demi. Nous avons un bébé de sept mois aujourd’hui. Mon mari a des problèmes de santé (problème de cœur, tachycardie et crises d’angoisse). Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis son incarcération, j’ai beau écrire des lettres, je n’ai pas de réponse… Il ne m’a jamais laissée sans nouvelles, je me fais beaucoup de soucis. Que faire ? »

Montmédy : « Je viens à vous pour vous raconter mon inquiétude face au virus et ce manque de précaution au centre de détention de Montmédy. Aucune mesure d’hygiène, pas de masque, et quand on leur pose la question les surveillants rigolent. Mon mari est incarcéré depuis six ans et j’aimerais qu’il sorte vivant et en bonne santé. Quel recours avons-nous ? Que peut-on faire, en tant que famille ? »

Neuvic : « J’aimerais savoir s’il est possible de porter plainte pour mise en danger d’autrui contre le gouvernement. Comment faire ? J’ai compris en entendant le discours de madame Belloubet que je n’aurais droit à rien puisqu’il me reste huit ans sur le papier… Tout est fait que pour les petites peines puissent sortir mais qui s’occupe de nous ? »

Saint-Mihiel : « Mon conjoint doit passer en commission au mois de mai pour ses remises de peine. Sa date de sortie est fin juillet, mais il n’a pas fait plus des deux tiers de sa peine. Il a un bon comportement en détention, il est auxi… Je voulais savoir si, avec la crise sanitaire, il pouvait bénéficier d’une sortie avant, sachant qu’il est asthmatique. Quelles sont les démarches à accomplir ? »

Villeneuve-lès-Maguelone : « Je viens vers vous car mon fils est incarcéré depuis fin janvier et sa date de libération est fin avril. Il n’a toujours pas été relâché à cause de Covid19, malgré les annonces de la ministre. C’est incompréhensible ! Que dois-je faire ? Il est très inquiet et reste confiné dans sa cellule. »

Brest : « Mon fils doit sortir début avril. Est-ce que je peux aller le chercher à Brest en étant accompagné ? Je ne conduis plus à cause d’un handicap. Je suis à La Rochelle, qu’est-ce que je dois cocher sur l’attestation ? Faut-il un justificatif de sortie ? »

Épinal : « Je suis très inquiète pour mon compagnon, j’aimerais savoir s’il va bien. Il est incarcéré depuis décembre, il a repris dix mois. Je ne peux pas l’avoir au téléphone, il ne nous donne pas de nouvelles, et le courrier n’en parlons pas : ça met quinze jours pour avoir une réponse, si on en a une. C’est horrible, on se sent impuissant. Je sais juste qu’il travaille en cuisine tous les jours de la semaine, il est donc en contact avec d’autres personnes. Je suis très inquiète pour lui… »

Avignon : « Mon fils a déjà passé huit ans en prison. Il a déposé une demande d’aménagement de peine. Il a une ablation de la rate, il a une santé fragile, mais il n’a pas été libéré, alors que son copain qui était incarcéré dans la même affaire a été libéré. Je suis dans la détresse totale, j’ai peur qu’il meure dans sa cellule. »

Toulon : « Mon compagnon a fait une demande pour m’appeler trois semaines avant le confinement, Aujourd’hui nous n’avons plus de parloir, ce qui peut être compréhensible, mais il n’a toujours pas de réponse pour l’autorisation de téléphone… Nous nous retrouvons sans nouvelles et inquiets, lui comme moi. Nous avons un bébé ensemble dont il ne peut même pas prendre de nouvelles ! J’ai appelé le tribunal qui ne peut pas me renseigner, pourtant je ne fais pas partie de l’affaire, je veux juste que mon conjoint puisse m’appeler… Mais pour eux ce n’est pas une priorité : c’est ce que l’on m’a dit. Il est privé de tous liens familiaux et craint pour sa santé, mais ce n’est pas une priorité. Même pour les familles, ils n’ont aucune compassion. J’aimerais les voir, eux, sans nouvelles de leurs proches en cette période, comment ils se sentiraient… »

Toul : « En tant que membre de la famille d’une personne détenue au centre de détention de Toul, je voulais vous avertir. Les parloirs y ont été supprimés et le seul lien que les détenus peuvent avoir avec leurs familles sont les communications téléphoniques. En début d’année, des téléphones ont été installés dans les cellules, censées fonctionner 24h/24. Malheureusement, ils sont régulièrement en panne, n’émettant aucune tonalité ou coupant en plein milieu des conversations. Personne ne bouge. Rien n’est fait pour remédier à ce dysfonctionnement. Certes, il reste les cabines dans les coursives mais dans le contexte actuel, les détenus préféreraient les éviter par rapport à une éventuelle contamination. Les détenus eux aussi ont droit à une protection. Ce sont des êtres humains comme les autres. »

Châlons-en-Champagne : « Ma conjointe est incarcérée, mais elle a une problème d’asthme et un problème de cœur. Avec l’épidémie du Covid19, qui dois-je contacter pour avertir de la situation ? Mon médecin m’a confirmé qu’en cas de contamination cela aurait de terribles conséquences pour elle, vu ses problèmes médicaux. Il m’a fait un certificat disant qu’elle faisait partie de la population à risques. »

Réau : « Mon conjoint est incarcéré, j’ai peur pour lui. On ne peut plus se voir, j’ai peur qu’il craque, je ne sais pas quoi faire. Il craint que les promenades soient bloquées. Moralement, il n’a plus aucun espoir et a très peur pour sa santé. Il devait se faire opérer des dents de sagesse fin janvier mais a été incarcéré juste avant, il en souffre énormément. De voir que dehors, on peut sortir pour un footing d’une heure, ils se disent qu’il n’y a qu’eux qui sont vraiment confinés et c’est très dur moralement. »

Avignon : « Il y a une seule cabine téléphonique qui fonctionne, elle se trouve en promenade. Un gardien a été détecté positif, et il n’y a pas de mesure d’hygiène, le combiné n’est pas désinfecté après chaque appel, le virus va très vite circuler. Ça va être une catastrophe. »

Villepinte : « Je tenais à partager mon angoisse concernant l’absence de nouvelle de mon fils depuis la suspension des parloirs depuis maintenant quinze jours. J’allais le voir deux fois par semaine. En plus, la dernière fois il n’allait pas bien depuis qu’on l’avait mis dans une cellule de trois, sans aucun motif. J’ai déjà appelé la prison, seule réponse : “Si on ne vous appelle pas c’est que tout va et qu’à ce jour aucun cas n’est déclaré.” Vraiment pas rassurant du tout, c’est plutôt anxiogène… Je ne sais plus quoi faire pour avoir des nouvelles, d’autant que le confinement va durer. Si vous avez une piste, je suis preneuse. »

Baumettes : « J’ai mon mari et mon fils en détention provisoire aux Baumettes. Les confrontations prévues courant mars ont été annulées et tout est resté en attente, bloqué… Les plateaux repas sont tripotés par beaucoup de monde avant d’être livrés, c’est un véritable nid à microbes où le Covid19 se régale. Les parloirs ont cessé, je ne vois plus mon mari ni mon fils, et mon fils ne peut pas voir sa femme et son bébé de dix-sept mois. Ils ne reçoivent donc plus de linge propre et aucune machine à laver ne fonctionne. Les cantines ne parviennent plus ou seulement en faible quantité et au bout de trois semaines. J’ai le sentiment que mon fils et mon mari se retrouvent comme des rats dans une cage en train de couler. Ils n’ont même pas été jugés ni condamnés, mais on les condamne à mort en les laissant ainsi entassés. Que puis-je faire ? »

Villefranche-sur-Saône : « Je suis confiné suite au Covid19, j’ai des douleurs, mais on ne me donne pas de médicaments. Et personne n’est venu me voir. »

« Je me permets de vous contacter car je ne sais plus quoi faire. Mon conjoint est détenu depuis bientôt cinq ans, il a été condamné à une peine de dix ans. Il a été incarcéré le jour de ses 18 ans, il a maintenant 22 ans. Je vois son état mental se dégrader de jours en jours. Une semaine tout va bien et la semaine d’après, je ne le reconnais plus du tout. Il me parle de choses complètement incohérentes, en détention ça ne se passe pas bien, il se renferme totalement, il ne veut plus sortir en promenade ou même en sport. Il en veut à la terre entière, donc cela s’en ressent sur son comportement avec les surveillants. En cette période de confinement, avec les parloirs suspendus, mon conjoint ne reçoit aucun courrier, je ne peux pas le voir pour le réconforter. Voilà maintenant deux semaines que je suis sans nouvelle de lui, j’ai essayé de joindre la détention mais personne ne répond. »

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