«Rennes et Fleury, c’est le jour et la nuit»

Fabienne a été incarcérée plusieurs années à la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis, puis au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Conditions de détention, profils des détenues, ambiance... Elle raconte deux réalités très différentes.

Témoignage recueilli par François Bès, de l'Observatoire international des prisons-section française. Dossier "Femmes détenues", 6/16.

À Fleury, tout était vraiment délabré. Les douches étaient insalubres, avec des moucherons partout, du salpêtre sur les murs qui s’effritaient, c’était très sale. On était essentiellement dans des cellules pour deux détenues, qui font 9 ou 10 m², mais il y en a également de quatre ou de six places. Les parloirs sont de tout petits boxes, avec une table en béton au milieu et un petit tabouret de part et d’autre. Dans la promenade des prévenues, il y avait deux arbres, mais aucun dans celle des condamnées. Pas de verdure, de la boue partout quand il pleuvait. Ce qui m’a surprise à Rennes, c’est la propreté. C’est très vieux, mais c’est entretenu. Il y a du bois et des pierres, à Fleury c’est du béton. C’est un peu la prison vitrine, il y a souvent la TV ou la presse qui viennent. En général ils montrent le premier étage, parce qu’il y a du parquet partout. Les cellules sont toutes petites, 6 m², mais on est seule en cellule, elles sont mieux isolées et les plafonds sont très hauts, on n’a pas l’impression d’étouffer. En semaine on nous ouvre la cellule de 11h à 19h30, et le dimanche c’est de 8h à 19h30. Si on se sent à l’étroit dans sa cellule, il y a une salle commune, avec une TV, un lecteur de DVD, une cuisine. Il y a des coins où on peut s’asseoir, il y a des jeux de société et des plantes, c’est important. Le parloir est assez confortable, propre, il y a des petites tables basses, des petits sièges, un peu comme dans un petit hôtel vieillot. Et puis il y a les UVF. Et deux cours de promenade avec des arbres, du gazon, et un endroit avec du gravier, où on n’a pas les pieds trempés.

À Fleury, globalement, j’ai trouvé beaucoup de solidarité entre les détenues. C’était des prévenues, des petites peines, beaucoup de jeunes. Elles savaient qu’elles étaient là pour six mois, un an, qu’elles allaient repartir. Elles ont encore de la vie à l’intérieur, elles sont pétillantes, même si parfois c’est très tendu : ce sont des jeunes de banlieue, qui pensent qu’elles sont là pour faire la loi. Elles veulent savoir si une personne est là pour quelque chose de grave, un infanticide ou le meurtre du conjoint, elles pensent qu’elles ont le droit de juger à la place de la justice. Certaines achètent la paix en cantinant pour leurs harceleuses, d’autres s’entraident. Quand je suis arrivée à Rennes, j’ai eu l’impression d’être dans un mouroir. C’était des femmes qui étaient là depuis dix ou quinze ans, pour la plupart sous médication très lourde. Beaucoup n’avaient plus de visites au parloir, certaines ne sortaient jamais de leur cellule. Dans la division où on m’a mise au début, les femmes passaient leur journée en peignoir, pas lavées, les cheveux gras. Je me suis dit que j’allais déprimer si je restais. Ici, les gens sont prêts à tout pour réduire leur peine. Ça créé beaucoup d’enjeux de délation. »


Commandez notre revue ici.

Découvrez les articles du dossier "Femmes détenues : les oubliées" déjà parus ou à paraître prochainement ici :

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.