Ils racontent les tensions qui montent entre les murs, l’incertitude, leurs questions qui restent sans réponse, les téléphones qui sonnent dans le vide… Nous les conseillons, répondons à leurs questions, les orientons. Si leurs inquiétudes se ressemblent, leurs mots, venus de toute la France, illustrent les situations spécifiques à chaque établissement, à chaque juridiction. Ils évoluent quotidiennement, suivant les annonces nationales et les nouvelles dispositions prises. Nous avons décidé d’en rendre compte dans un journal, que nous publions ici chaque semaine.
NB : Nous reproduisons ici une sélection des appels reçus. Il ne s'agit pas d'un compte-rendu exhaustif.
- Pour plus de détails sur la situation nationale et les différentes annonces, voir notre page dédiée.
- Lire le journal d'appels des semaines précédentes.
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17 avril 2020
Appel d’un détenu de La Santé : « Je suis en détention provisoire. J’ai fait une demande de mise en liberté il y a presque un mois mais je n’ai toujours pas de réponse. Est-ce qu’elle a pu être prolongée automatiquement ? »
Message d’un détenu à Belfort : « Ici, 40 % des surveillants sont en arrêt maladie, et la direction est en stand by. Qu’est-ce qu’on va devenir, nous ? »
Appel de la compagne d’un détenu de Fresnes : « Mon conjoint est incarcéré depuis plus de dix ans, il avait fait une demande de libération conditionnelle, il a donc été envoyé en CNE [centre national d’évaluation] à Fresnes. Du coup, à cause du confinement, il est bloqué là-bas, loin de nous (on habite dans le sud). Il souffre beaucoup des conditions de détention très dégradées et de n’avoir aucune info sur la suite des événements. C’est très compliqué de se parler. À Fresnes, les cabines ne fonctionnement pas l’après-midi. C’est le calvaire, on ne peut se parler que trois minutes parce que quelqu’un attend derrière. Et je n’ai toujours pas reçu une lettre qu’il m’a envoyée le 20 mars… Il pensait rester quinze jours sur place, alors il n’a pas beaucoup de linge, et pas des vêtements adaptés. Parce qu’il fait plus froid là-bas que chez nous ! Quand il est arrivé, sa cellule était envahie de cafards. Ils n’ont que dix minutes de douche chaude, après l’eau devient froide. Il a écrit au directeur pour savoir quand il sortirait du CNE mais il n’a toujours pas de réponse. S’il n’y avait pas eu le confinement, il serait déjà sorti… »
Appel de la compagne d’un détenu d’Argentan : « J’ai appris que mon UVF [unité de vie familiale] était reportée à fin mai : est-ce que vous savez quand les parloirs vont reprendre ? »
Message de la compagne d’un détenu : « Est-ce que les mandats de dépôt peuvent être renouvelés automatiquement et sans débat ? La détention provisoire de mon mari a déjà été renouvelée une fois, elle termine mi-juin. Cela fera dix-huit mois ! Ont-ils le droit de la renouveler encore, sans même l’écouter ? »
Appel du père d’un détenu d’Orléans : « Est-ce qu’il va bien ? Je m’inquiète terriblement pour sa santé depuis le début de l’épidémie. »
Appel d’un détenu de Nantes : « Il me reste moins de deux mois à faire. Est-ce que je peux bénéficier des remises de peine exceptionnelles annoncées ? Je suis asthmatique, en plus. »
Appel d’un détenu de Fleury-Mérogis : « Je dois sortir début mai. Est-ce que je pourrai prendre le TGV pour rentrer chez moi ? »
Message de la compagne d’un détenu : « Mon mari a une longue peine. Il a déjà fait presque dix ans, il a eu droit à plusieurs permissions. Il y a quelques jours, il aurait dû avoir un rendez-vous pour un contrat de travail et en mai, il devait passer en commission pour être placé sous bracelet cet été. Mais avec le confinement, tout a été annulé. Il n’a plus aucune nouvelle ni de son avocat, ni de sa CPIP. Et il pète les plombs, car dedans il n’y a aucune précaution, pas de masques, pas de produit désinfectant pour les détenus, alors que les promenades se déroulent comme d’habitude… Il n’y a plus de parloirs, plus rien, et certains comme mon mari sont coupés du monde. Ils ont la peur au ventre. C’est bien de faire sortir les petites peines, mais il faudrait aussi faire le nécessaire pour protéger ceux qui sont encore dedans. Et ce n’est pas avec 40€ de téléphone qu’ils vont être protégés… »
Appel d’un détenu des Baumettes : « A partir de quand est-ce qu’on pourra bénéficier de remises de peine exceptionnelles annoncées ? Et est-ce que tout le monde y aura droit ? »
Appel de l’avocat d’un détenu : « Mon client est atteint d’un cancer, il est en situation de déficience immunitaire, En plus, il souffre d’un trouble bipolaire, il a été condamné pour des faits qui ont eu lieu un mois après sa sortie de l’hôpital psychiatrique. Il a été incarcéré en novembre dernier, et est libérable fin 2020. Il devait y avoir une expertise pour constater son état de santé mais à cause du confinement, elle n’a jamais été faite. J’avais de toute façon déposé une demande d’aménagement de peine, et puis avec le Covid j’ai fait une demande de suspension de peine. Il devrait y avoir une audience en mai, mais j’ai peur qu’elle ne porte que sur la suspension de peine, alors qu’on devrait en théorie arriver à la fin du confinement, et qu’il pourrait obtenir un aménagement : il aura fait la moitié de sa peine et il a un bon projet de réinsertion. La CPIP trouve la situation médicale inquiétante, elle regrette que ça mette autant de temps pour se débloquer. Moi aussi je suis étonné, habituellement, j’interviens dans une autre maison d’arrêt et là-bas, la situation des personnes dont la fin de peine est en 2020 est systématiquement étudiée, et les personnes en déficience immunitaire sont traitées en priorité… »
Message d’un proche de détenu : « Il est question dans la presse de détenus qui se sont groupés pour porter plainte pour non-assistance à personne en danger, à cause du Covid. J’ai aussi entendu que vous aviez fait un recours pour la mise en place de mesures sanitaires dans les établissements pénitentiaires. J’ai un proche incarcéré qui voudrait en savoir plus, et qui voudrait savoir comment rejoindre ces requêtes. »
16 avril 2020
Appel d’un détenu d’Uzerche : « Ça fait un an que je demande un transfert dans un établissement où je pourrai suivre la formation que je souhaite, j’ai fait les tests, j’ai reçu un avis favorable, mais il ne se passe rien. Tout le monde me dit qu’il faut attendre. Mais je n’en peux plus d’être ici. Les conditions de détention sont désastreuses. L’établissement a été détruit suite aux mutineries, tout a brûlé. La direction ne tient plus l’établissement, il n’y a pas d’écoute. Avant les mutineries, on était 540, maintenant on n’est plus que 170. Tout tourne au ralenti. Deux bâtiments, entièrement brûlés, sont fermés, inhabitables. C’est la première fois que je vois ça. Tout le monde est tendu. Et on ne peut pas s’exprimer. Alors je fais des courriers, j’utilise cette voie-là parce que c’est la seule légale à ma portée. Je ne me vois pas tenir encore des années ici. On est en train de souffrir. Pourtant j’en ai fait de la prison, mais ici, c’est la poubelle des prisons. Ils serrent la vis. Ça a pété parce que c’est très dur psychologiquement ici, on ne donne aucun sens à la peine, alors on perd nos moyens. Ici, c’est un établissement où il y a des chats et on a la possibilité de les avoir en cellule. La direction dit que c’est pour nous apaiser. Mais moi je m’en fous de chats, ce n’est pas de ça dont j’ai besoin. Ils disent que c’est à cause de la suppression des parloirs que ça a pété, mais ici il y a pas mal d’étrangers, qui n’ont pas de visites. Ce n’est pas ça. C’est juste que c’est intenable, et ils ne veulent pas l’entendre. »
Appel de la compagne d’un détenu de Valenciennes : « Là-bas, avec la crise sanitaire, les détenus ont le droit à deux douches par jour, dans la foulée des promenade, matin et après-midi. Hier, mon compagnon n’est pas allé en promenade et du coup, la douche lui a été refusée, ce qui n’était pas le cas jusque-là. Quand il m’a raconté ça, j’ai appelé la direction, ils m’ont confirmé ce que disent les surveillants : il faut se forcer à aller en promenade pour avoir le droit à une douche. La direction a ajouté que selon les surveillants sur lesquels on tombait il se pouvait que l’on puisse aller à la douche sans aller en promenade mais que pour être sûr, mieux valait se forcer à y aller. »
Appel d’un détenu de Bonneville : « Ici, il y a eu beaucoup de changements et de déplacements pour permettre le confinement. On sort en promenade division par division, mais on partage la même cour, je crains la contamination : on ne sait pas si les cabines et le mobilier de la cour sont désinfectés entre chaque promenade. En revanche, les poignées des portes de cellule le sont deux fois par jour. La situation est vraiment difficile à vivre. Je pensais que les parloirs seraient restreints mais qu’ils seraient maintenus au moins une fois par semaine : les surveillants entrent et sortent, alors quelle est la différence avec les proches ? »
Message de l’amie d’un détenu de Perpignan : « Nous correspondons régulièrement par courrier et je n’ai rien reçu depuis le début du confinement mi-mars. Je me pose des questions… Avez-vous des renseignements qui pourraient m’éclairer ? Peut-être ne peut-il pas poster ses lettres ? »
15 avril 2020
Appel de la compagne d’un détenu de Réau : « Est-ce qu’avec les annonces de Macron, les parloirs vont être à nouveau autorisés ? La tension monte de plus en plus chez les détenus, ils n’en peuvent plus de n’avoir plus d’activités et de parloirs à cause du Covid. »
Message de la sœur d’un détenu de Perpignan : « Lors du discours de Macron lundi, rien n’a été dit au sujet des prisons. Savez-vous à quoi on peut s’attendre pour la reprise des parloirs ? J’ai contacté ce matin la prison, mais au standard ils ne savent strictement rien. Mon frère est en détention provisoire, pour l’instant il n’a pas le droit d’appeler. On me dit qu’on peut s’écrire, ce que je fais depuis un mois et je suis persuadée qu’il fait la même chose de son côté, mais je n’ai rien reçu. À l’extérieur, on parle d’entraide et d’astuces pour tenir, mais les détenus, en prison, sont complètement oubliés. Comment demander à l’administration de reprendre impérativement les parloirs le 11 mai ? Et au passage, leur demander s’ils peuvent enfin nettoyer les parloirs complètement insalubres ? »
Appel de la compagne d’un détenu de Saint-Maur : « L’allocation annoncée pour les indigents vaut-elle pour les détenus qui travaillaient habituellement ou étaient en formation professionnelle, et qui ont perdu tout revenu avec la cessation d’activité liée au Covid ? En tout cas à Saint-Maur, ils n’ont rien reçu. À la centrale, les détenus ont le sentiment d’être complètement oubliés en ce moment. L’ambiance commence à être très tendue. Pour les indigents, 40€ c’est insuffisant notamment pour les fumeurs, et le manque de tabac commence à générer de grosses tensions. Là-bas, les détenus continuent à pouvoir aller en promenade toute la journée quand ils le souhaitent, ainsi que dans les “gourbis” [pièces de vie collective]. Les cours de promenade sont pleines de détenus qui ne respectent pas les distances de précaution, et si la plupart ne se serrent plus la main, ils se checkent en se touchant la main quand même. »
Appel d’un détenu de Lille-Annœullin : « Je suis en détention provisoire. Je fais de l’hypertension et j’ai un souffle au cœur. Je suis inquiet par rapport au Covid, il y aurait quatre cas dans ma coursive. Lundi, il y a eu un gros orage pendant la promenade alors on s’est tous entassés sous le préau, on était quatre-vingt, les uns contre les autres, j’ai peur d’avoir attrapé le virus. L’unité sanitaire ? Aux abonnés absent, à part l’infirmière pour la distribution des médicaments en cellule, et parfois un médecin. Pour la nuit, j’ai un appareil respiratoire. Mon avocat a déjà déposé une demande de mise en liberté, mais elle a été rejetée. Est-ce qu’on pourrait en faire une nouvelle, pour raisons médicales ? »
Appel de la compagne d’un détenu (cf. 6 avril) : « Mon mari a de gros problèmes de santé, il a été opéré et il devait l’être à nouveau, mais depuis le Covid il n’a plus de suivi médical. Je voudrais qu’il sorte, mais la CPIP m’a dit que pour un aménagement de peine il fallait attendre après le confinement, que pour l’instant ils ne pouvaient rien faire. Alors que mon mari a vraiment besoin de soins médicaux ! S’il ne peut pas sortir, ça veut dire qu’elle dit n’importe quoi la ministre. »
Appel d’un détenu confiné dans un centre de semi-liberté : « Ici on n’est plus très nombreux, les autres sont sortis. Moi, ils n’ont pas voulu me laisser sortir car ils disent que je suis SDF, pourtant j’ai trouvé un boulot et j’aurais pu me loger avec le salaire… Tout déconne ici. On a juste une cour de promenade mais j’hésite à y aller car c’est des bagarres en permanence pour le shit et les cigarettes. On ne nous donne pas les produits de première nécessité. On ne peut pas faire de photocopies pour nos démarches, on n’a pas accès à des livres (je ne regarde pas la TV). Si au moins on avait le droit de sortir une heure par jour à l’air libre comme les confinés du dehors, ça irait mieux. Là ça devient de plus en plus tendu, ça va péter. »
Appel de la compagne d’un détenu de Béziers : « Je m’inquiète, je n’ai pas de nouvelles depuis un mois. Il n’avait pas fait de demande d’accès au téléphone puisque je venais le voir au parloir trois fois par semaine. Mais du coup, avec le Covid… J’ai appelé le SPIP pour avoir des nouvelles, on m’a juste dit qu’il allait bien. Est-ce que vous savez quand la situation va se débloquer pour les parloirs ? »
Appel de la femme d’un détenu d’Albi : « Là-bas, malgré le Covid, ils n’ont droit qu’à trois douches par semaine. Mon mari est dans une cellule avec deux codétenus. Le kit d’hygiène ne leur a pas été fourni. »
Appel de la compagne d’un détenu de Fresnes : « J’appelle pour savoir si vous avez des informations sur quand les parloirs vont à nouveau être autorisés, c’est très dur de ne plus se voir. Je suis inquiète car il a des problèmes de santé, une opération était prévue mais apparemment c’est reporté. »
Message de la femme d’un détenu : « Je vous écris pour mon mari et au nom de plusieurs familles qui sont dans le même cas que moi, pour vous faire part du calvaire que nos enfants, frères, maris vivent en prison durant le confinement. Dans l’établissement où se trouve mon mari, ils sont tous mélangés en promenade, aucune règle d’espace entre eux, ils ont été en contact avec des détenus et des surveillants ayant des symptômes et d’autre testés positifs au Covid-19 mais ils ne bénéficient pas de test pour qu’on puisse savoir s’ils l’ont eux-mêmes contracté. Une atmosphère de panique gagne la prison, me dit mon mari. Madame Belloubet a permis de libérer des détenus en fin de peine mais concernant les personnes en détention provisoire, elle n’a rien voulu faire, alors qu’ils sont présumés innocents. Au contraire, elle a ordonné que leur détention soit prolongée sans débat contradictoire. Il y a des personnes en détention provisoire depuis plus de deux ans, leur dossier est clos, l’instruction est terminée, ils sont simplement en attente d’une date de jugement que les tribunaux ne sont pas en capacité de fixer en ce moment. Ils sont dans des bâtiments surpeuplés, à plusieurs dans des cellules, mais aucun désengorgement n’est prévu malgré les gros risques de propagation du virus. Pourtant, nombreuses sont les alternatives possibles. Nous avons terriblement peur. »
Message de l’ami d’un détenu de Grasse : « Les dispositions prises pour faire face au Covid sont extrêmement faibles, voire inexistantes, et cela effraie les détenus. Le personnel n’est pas suffisamment équipé, et en plus ils continuent les gestes physiques qui les amènent à toucher les détenus. Et le peu de “confort” sanitaire n’est plus maintenu : le ramassage du linge est très aléatoire, et il n’y plus aucun médecin pour les autres problèmes que le Covid (dents, blessures, etc.). »
14 avril 2020
Appel de la mère d’un détenu de Saint-Étienne : « Mon fils a fait une demande d’aménagement, mais ils ne lui ont pas donné ses remises de peine exceptionnelles parce qu’il a été au QD [quartier disciplinaire]. Son avocat ne répond plus du tout. Ça fait deux semaines que les cabines sont installées en cellule, mais elles ne fonctionnent pas. À quoi bon ? Avec le virus, ça fait un mois que je n’ai pas de nouvelles de mon fils. Il y a des mamans qui sont allées jeter du gel, des masques et des gants par-dessus le mur de la prison pour protéger leurs enfants. Vous vous rendez compte des risques qu’elles sont obligées de prendre ? Elles ont été attrapées en plus ! »
Appel d’un détenu d’Aix : « Certains surveillants ont des gants et des masques, d’autres pas : ils disent qu’ils ne les mettent pas pour être solidaires avec nous. Seuls les détenus suspectés d’être contaminés ont des masques. Je ne comprends pas pourquoi ils ne permettent pas les parloirs hygiaphones… »
Appel du concubin d’une détenue (cf. 11-12-13 avril) : « Elle est incarcéré depuis mi-mars. C’est sa première incarcération, et elle est censée sortir mi-juin. Elle a demandé à être placée sous bracelet, mais ça n’est pas possible en ce moment. Je sais qu’elle ne mange pas, ne dort pas, n’a aucune activité physique. Et elle n’a qu’une seule culotte qu’elle doit laver tous les jours. Surtout, elle a une bronchite chronique aiguë, elle est invalide, on a des certificats médicaux. Elle ne peut pas recevoir son traitement habituel en prison. Son état de santé est très préoccupant, et elle ne me donne plus de nouvelles depuis deux semaines, ni courrier ni téléphone. »
Appel d’un détenu de Nantes : « J’ai été transféré ici après le mouvement à Uzerche. Mais je n’ai récupéré qu’à peine la moitié de mes affaires, et certaines ont été dégradées. On est plusieurs dans ce cas. »
Appel d’un détenu en semi-liberté à La Santé : « Ici c’est catastrophique : au quartier de semi-liberté, il y a déjà eu deux tentatives de suicide. On n’est pas du tout informés des mesures Covid applicables à la semi-liberté (s’il y en a), c’est comme s’il y avait un gros flou autour de la situation des détenus en semi. Toutes nos demandes sont ignorées, on a des problèmes de cantines, et on ne reçoit plus nos virements. Comme on a le droit d’avoir des téléphones portables ici, on n’a pas reçu les 20€ comme tous les détenus, sauf qu’on doit quand même payer notre forfait. Et puis on n’a pas tous un portable, en plus… On n’a droit à aucune compensation, aucune mesure spécifique, on est enfermés toute la journée, même pas autorisés à sortir à l’extérieur pour prendre l’air. Et aucun signe de vie des CPIP… »
Appel de la compagne d’un détenu d’Orléans : « Fin mars, il a envoyé les documents pour obtenir une libération anticipée à cause du Covid. Depuis, rien n’a bougé. Aujourd’hui, on apprend que le juge n’a pas reçu le rapport du CPIP, et celui-ci ne répond ni par mail ni par téléphone, on n’a plus aucun contact avec lui. Pourtant, il y a des détenus qui ont été libérés ici… »
Message de la mère d’un détenu de Meaux : « Là-bas, il y aurait un cas de Covid, mais je n’ai pas plus d’information. Quand est-ce que les parloirs vont rouvrir ? Mon fils est dans une cellule à trois, je suis inquiète pour la propagation du virus, surtout qu’il n’y a pas de tests. »
11, 12, 13 avril 2020
Notre permanence téléphonique est fermée le week-end : nous publions ici les messages laissés sur notre répondeur ainsi que les messages reçus par email.
Message de la mère d’un détenu de Poitiers : « Malgré nos démarches, nous n’avons eu aucun appel de notre fils depuis le début du confinement, pourquoi ? Est-ce qu’il n’y a pas assez de cabines téléphoniques en prison ? Est-ce que l’accès n’est pas facilité en ce moment ? Nous sommes inquiets, sans nouvelles de lui ni par téléphone ni par courrier depuis le dernier parloir, début mars. Est-il privé de communication avec ses propres parents ? Est-il puni ? Est-il au mitard ? Nous n’avons jamais rompu les liens avec lui et en trois ans, nous l’avons visité régulièrement, chaque visite s’est bien passée, aucun incident… »
« Je voudrais savoir quand reprennent les parloirs. Merci. » (Fresnes)
Message de la femme d’un détenu : « Il est incarcéré depuis trois mois. Sa sortie est prévue pour janvier prochain. Il est en prison pour défaut de permis de conduire et d’assurance, et pour non-respect d’une assignation à résidence. Mais j’aimerais qu’il sorte assez rapidement… J’ai accouché récemment, je suis seule avec trois enfants en bas âge, et je m’inquiète pour lui car il a une maladie et doit recevoir un traitement par perfusion. En général, après la perfusion, il est très affaibli. Alors à cause du virus, les médecins ont décidé de retarder la perfusion. Du coup, sans traitement, tous les symptômes de sa maladie refont surface… Comment le faire sortir ? J’ai une promesse d’embauche pour lui. Le SPIP ne me répond pas, et l’avocat est absent. Que peut-il faire ? »
Message de la mère d’un détenu d’Argentan : « Mon fils doit sortir fin avril. Je n’ai pas le permis, et ma fille est jeune conductrice, le trajet lui paraît long toute seule. Puis-je l’accompagner ? »
Message de l’ami d’une détenue de Roanne : « J’ai cherché en vain à contacter la régie des comptes de la prison afin d’approvisionner son compte téléphonique. Pouvez-vous me communiquer la marche à suivre pour effectuer cette opération ? Sans le téléphone, nous n’avons plus de contact, le courrier n’est plus distribué. »
Message de la mère d’un détenu de Nanterre : « Je veux juste témoigner du fait que les détenus vivent à mon sens une double, voire triple peine, dans l’indifférence générale. Mon fils, c’est sa première incarcération. Il y est depuis début mars, pour huit mois. Il devait reprendre des études en prison, mais aujourd’hui tout est suspendu pour de longues semaines. Pas de parloir, pas de linge, le courrier avec la famille est très ralenti, pas de possibilité d’avancer des recherches pour un projet d’insertion à la sortie. À cause du Covid, il a peur de sortir de la cellule. Ils sont à trois dans une cellule de deux. Il ne sort même pas pour téléphoner à la cabine. Et moins les démarches sont possibles, moins les chances d’insertion se profilent… Pas d’espoir ni de projection possible. Quel est alors le sens de cette peine ? Je me sens impuissante. »
Message de la tante d’un détenu de Condé-sur-Sarthe : « Je n’ai pas de nouvelles de mon neveu. Après tout cette histoire de virus, j’aimerais savoir comment il va. Il m’a écrit l’année dernière, depuis plus rien. Et mon frère, qui est son père, s’inquiète. »
Message d’un détenu de Maubeuge : « Ma santé se détériore, et malgré les certificats médicaux, mes demandes de remise en liberté sont systématiquement rejetées. Je ne marche quasiment plus, je suis parfois alité pendant une semaine. »
Message de la compagne d’un détenu : « Je vous écris comme on jette une bouteille à la mer : je m’inquiète de la santé de mon conjoint incarcéré début mars, sa fin de peine est début juin. Peu après son incarcération, il s’est blessé à la main, elle est bleue et gonflée, on lui donne du paracétamol et la radio qui était prévue a été annulée… Je comprends que c’est compliqué avec l’épidémie, mais il a mal ! »
« Je vous contacte car je souhaiterais savoir quand les parloirs vont reprendre. » (Saint-Mihiel)
Message du concubin d’une détenue : « Elle est incarcérée pour outrage depuis mi-mars. Elle a presque 50 ans, et est reconnue invalide à 80 %. On a un certificat du médecin jugeant son état incompatible avec la détention, et encore moins avec cette crise sanitaire. Que faire ? »
Message de la compagne d’un détenu de Toulon : « Personne ne se rend compte de ce que les détenus endurent actuellement, sans parloirs depuis quatre semaines. Cela fait quatre semaines que je n’ai pas vu mon conjoint – et pour ceux qui ont des enfants c’est encore plus difficile – et cela va encore durer un mois : c’est très dur. Concernant l’aide de 40€ pour les indigents, il faut savoir qu’en prison tout est payant, la télé, le frigo… et le reste c’est pour se faire plaisir : café, sucre, Tahiti douche, dentifrice, papier toilette – et oui du papier toilette même ça ils doivent l’acheter ! Je viens d’être mise au chômage partiel, je me demande si je pourrai continuer à lui envoyer l’argent que je lui envoie tous les mois. Les familles subissent aussi leur incarcération. »