Le journal des appels à l'OIP au temps du coronavirus - Semaine 6

Chaque jour depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus, l’Observatoire des prisons reçoit des dizaines d’appels téléphoniques de détenus ou de leurs proches. Ils nous alertent sur la situation en détention, mais aussi, et surtout, nous font part de leurs angoisses, nourries par un cruel manque d’informations. Covid-19 en prison, cinquième semaine.

Ils racontent les tensions qui montent entre les murs, l’incertitude, leurs questions qui restent sans réponse, les téléphones qui sonnent dans le vide… Nous les conseillons, répondons à leurs questions, les orientons. Si leurs inquiétudes se ressemblent, leurs mots, venus de toute la France, illustrent les situations spécifiques à chaque établissement, à chaque juridiction. Ils évoluent quotidiennement, suivant les annonces nationales et les nouvelles dispositions prises. Nous avons décidé d’en rendre compte dans un journal, que nous publions ici chaque semaine.

NB : Nous reproduisons ici une sélection des appels reçus. Il ne s'agit pas d'un compte-rendu exhaustif.

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24 avril 2020

« Je voudrais savoir à quelle date les parloirs vont reprendre. »

Appel d’un détenu : « J’étais à Mende. Cette prison elle est horrible, il faut la faire fermer. J’ai été transféré il y a quelques jours : ils m’ont collé une “incitation à l’émeute” parce que j’ai incité des détenus à porter plainte contre leurs conditions de détention devant des surveillants. Je suis passé en commission de discipline sans avocat. Pour l’instant, ici, je suis au quartier arrivants, mais j’ai peur qu’après ils m’envoient au QD [quartier disciplinaire]. Est-ce que la sanction prononcée à Mende va me suivre ici ? J’ai peur, je suis stressé, je ne suis jamais allé au mitard… »

Appel d’une détenue de Fleury-Mérogis : « Je viens d’apprendre que ma sœur et ma mère avaient été testées positives au Covid. Elles ont la garde de mes deux enfants. Que va-t-il leur arriver ? Il me reste huit mois à faire, est-ce que je peux obtenir des remises de peine exceptionnelles, vu le contexte ? »

Appel d’un détenu confiné dans un centre de semi-liberté : « Ici, on a le droit d’avoir un téléphone portable. Alors j’ai fait des démarches et j’ai trouvé un emploi en intérim. Je dois commencer lundi ou mercredi. Mais il faut que j’obtienne une autorisation de sortie, et impossible de joindre les CPIP. Ça me rend fou. Je risque de perdre mon emploi ! »

Appel de la compagne d’un détenu de Saint-Maur : « Est-ce que vous savez quand les parloirs vont reprendre ? J’ai envoyé un colis à mon compagnon avec des masques et du gel hydroalcoolique, il m’a été retourné, sans explication. Là-bas, les surveillants sont équipés de masques. On ne comprend pas pourquoi ils les refusent aux détenus. »

23 avril 2020

« Je vous appelle pour savoir si vous avez une date pour les parloirs, savoir quand ils vont reprendre ? Vous n’avez vraiment aucune date ? »

Appel de la compagne d’un détenu de Réau : « Apparemment les détenus d’Île-de-France auront droit à des visites de personnes venant d’Île-de-France uniquement. Moi j’habite à Lyon, je fais comment ? J’ai besoin de voir mon mari, et ma fille, elle a besoin de voir son père ! »

Appel d’un détenu de Lille-Annoeullin : « Depuis le confinement, on n’a plus rien, plus de sport, plus coiffeur. Les promenades sont devenues très dures : horaires décalés, etc. Plus de riz, plus de cordon bleu. Les yaourts il n’y en a presque plus. Les cantines sont restreintes. Certains prix, notamment sur les légumes, sont devenus exorbitants. Le prix des pommes de terre a explosé. On n’a plus de travail, donc plus de salaire, alors si on n’a pas de famille pour envoyer un mandat… Avant, je faisais des cantines de 40 € par semaine, là c’est passé à 46, 49 €. On n’a aucune viande, ni dans les cantines, ni dans les gamelles. Les surveillants ont des masques, mais nous on n’a rien. Même les détenus malades, vulnérables n’ont pas de masques. Alors qu’il y a eu des cas de Covid dans la prison ! Moi je suis asthmatique, j’ai fait une crise. J’ai fait une demande de mise en liberté, mais ça a été rejeté. Tous les obèses, les asthmatiques, les diabétiques ont pourtant reçu un papier disant qu’ils étaient prioritaires pour les sorties, mais ça ne marche pas. Et les CPIP ne sont pas là, ils ne répondent plus. Quand on a besoin de quelque chose, on est obligé de se débrouiller. Depuis un mois, c’est devenu grave… »

Appel d’un détenu de Réau : « Ici les cantines ordinaires fonctionnent, même s’il y a parfois des problèmes sur quelques produits, mais on nous a prévenus d’éventuelles pénuries. Par contre, les cantines exceptionnelles ça ne fonctionne pas du tout. J’ai par exemple cantiné du Scotch et de la colle en mars, mais je ne les aurai qu’en juin. Les 40 € pour le téléphone, on ne sait pas s’ils seront renouvelés en mai. Idem pour la télé. Et on ne sait pas pour la reprise des parloirs, la reprise des activités… Et les transferts ? Ici beaucoup de détenus sortent du CNE [centre national d’évaluation, qui permet de décider dans quel type d’établissement les détenus purgeront leur peine] et sont en attente de transfert, mais on ne sait pas quand ça pourra avoir lieu. Ce sont des questions auxquelles personne ne peut répondre. Plus globalement, c’est très pénible, depuis janvier plusieurs détenus attendent leurs cartons, et ils ne sont toujours pas arrivés. »

Appel de la sœur d’un détenu d’Aix-Luynes : « On voudrait lui envoyer de l’argent. Comment faire ?  Il a été incarcéré il y a quelques jours, il est en détention provisoire. On ne sait pas de combien il a besoin, combien coûte la vie en prison ? Est-ce qu’il a le droit de téléphoner ? Il faut demander au juge ? Mais on ne sait pas qui est le juge ! J’ai essayé d’appeler le CPIP de la prison, mais personne ne répond. Et pour le linge, ça fonctionne comment ? Avec le Covid, je ne peux pas lui en apporter c’est ça ? »

Appel de la compagne d’un détenu de Villenauxe-la-Grande : « Ça part en cacahuète, là-bas. Ils n’ont pas de droits, et avec le Covid c’est encore pire. Il y a eu des fuites d’eau qui venaient des canalisations, les eaux usées avec les excréments remontaient. Ils ont changé de bâtiment depuis. Les téléphones dans les cellules ne fonctionnent pas, et les téléphones dans les couloirs, ils n’y ont pas accès tout le temps, il y a des queues interminables pour y accéder… Ils ne peuvent quasiment rien cantiner à manger. Dernièrement, il n’y avait que des féculents. Pas de viande, ni rien. Et le ramadan commence demain : il n’y aura rien, ça va être compliqué… »

« Bonjour, je vous appelle pour savoir si vous avez des nouvelles pour la reprise des parloirs ? Il y a des prisons qui nous disent que ça sera réservé aux personnes qui viennent de la même région. »

Appel d’un détenu de Villeneuve-lès-Maguelone : « On n’a pas eu d’information sur la messagerie vocale mise en place pour nos proches. On ne sait pas comment ça marche, combien ça coûte, etc. Vous avez plus de renseignements ? »

Appel de la compagne d’un détenu de Caen : « Il travaillait aux ateliers, mais les ateliers sont fermés, il ne travaille plus. J’ai vu qu’il existait une indemnisation pour les personnes qui ne travaillaient plus, comment ça se passe ? Ça marche en prison aussi ? »

Appel de la sœur d’un détenu de Grasse : « Les surveillants n’ont pas tous des masques. Et le pain est distribué à mains nues, sans gants. »

Appel de la mère d’un détenu de Nice, en pleurs, très inquiète : « Est-ce que vous savez quand les parloirs vont reprendre ? Mon fils ne m’a pas appelée depuis quelques jours, la dernière fois qu’il m’a appelée il était malade, il avait mal à la tête et il toussait, et son codétenu aussi… il ne lui reste que quatre mois à faire. La CPIP ne répond quasi jamais, est-ce que vous savez s’ils font encore sortir des détenus ? il est là-bas parce qu’il a des problèmes d’alcool et de shit, mais ce n’est pas un dealer… J’ai déjà perdu son père à cause de tout ça. Il a juste besoin d’être soigné. »

22 avril 2020

Appel d’un détenu d’Arras : « Je suis confiné pour suspicion de Covid. On est quatre, confinés dans la même cellule, c’est n’importe quoi. On a droit à des promenades dans la cour du QD [quartier disciplinaire]. Au changement de cellule, pas mal de nos affaires ont disparu. »

Appel d’un détenu de la Santé : « J’ai appris que les délais de réponse à une demande de mise en liberté avaient été allongés avec le Covid. Je voulais consulter le code pénal, mais on n’a plus accès à la bibliothèque. »

Appel de la mère d’un détenu : « Mon fils est en détention provisoire, et il est gravement malade. Il a des rectocolites hémorragiques, il est très immunodéprimé. Alors là, avec le Covid… Je suis très inquiète. Une demande de mise en liberté a été déposée mais je n’ai pas de nouvelles. »

« Savez-vous quand les parloirs vont reprendre ? »

Appel de la femme d’un détenu de Réau : « Je viens de découvrir votre association et votre page Internet sur le Covid en prison. Merci beaucoup pour votre travail et ce que vous faites pour les détenus. Est-ce que vous savez quand les parloirs seront de nouveau autorisés ? »

Appel d’un détenu : « Je suis au quartier d’isolement. C’est un calvaire. Je ne savais pas que les détenus sans ressources pouvaient avoir 40 € avec la mesure Covid. Je n’ai même pas reçu de kit d’hygiène, et quand on m’a changé de cellule je n’ai pas eu d’eau de Javel pour nettoyer. »

Appel d’un détenu de Meaux : « Je suis auxi-maintenance. Quand les parloirs ont été suspendus, on nous a demandé de repeindre les parloirs. J’ai refusé, j’avais trop peur d’attraper le virus. Je voulais continuer à travailler comme d’habitude à la maintenance, sauf qu’on n’a quasiment plus de travail, puisqu’il faut limiter les déplacements dans la prison à cause du Covid. Alors au début, ils continuaient à me réveiller le matin pour me faire signer la feuille de présence, puis je retournais en cellule, sans avoir travaillé. Maintenant on ne me réveille même plus pour signer la feuille. Et je viens de recevoir ma fiche de paie : zéro euro. Est-ce que comme dehors, les détenus en chômage technique vont avoir droit à quelque chose ? »

Message de la compagne d’un détenu de Rouen : « Je voudrais comprendre ce système de libération pour assignation à résidence. Mon conjoint est incarcéré depuis juin, il doit sortir début juillet. D’après le SPIP, il sera éligible à ce dispositif à partir de mai. Mais j’aimerais savoir comment ça se passe, quelle est la procédure. Personne ne me dit la même chose. »

Message de la mère d’un détenu de Fleury-Mérogis : « Mon fils est en mandat de dépôt depuis novembre. Il souffre d’une grave maladie auto-immune qui, si par malheur il venait à être contaminé par le Covid-19, lui serait fatale. Il a demandé une liberté provisoire qui lui a été refusée, alors que son cas est très sérieux. Même le médecin de la prison lui a établi un certificat qui confirme qu’il est en danger. Il a 33 ans, il est père de cinq enfants. Aidez-le s’il vous plaît. »

21 avril 2020

Appel d’un détenu de Muret : « Quand est-ce que les activités et les parloirs vont reprendre ? Est-ce que le forfait téléphone sera maintenu en mai ? C’est compliqué d’être dans le flou, de pas savoir… J’ai vu une émission à la télé où ils annonçaient que les parloirs ne reprendraient que deux mois après la fin du confinement. »

Appel de la compagne d’un détenu de Muret : « Mon conjoint m’a dit que d’après le chef de bâtiment, les parloirs reprendraient le 19 mai. Mais quand j’appelle la prison, ils disent n’avoir aucune info. Ils ouvrent les écoles, mais ils ne prévoient rien pour les détenus. Mon conjoint il ne travaille plus, il a perdu sa paye, c’est moi qui doit lui envoyer un mandat. »

Appel d’un détenu de La Santé : « Comment vont se passer les examens scolaires de fin d’année, bac et DAU, en prison ? Si c’est un contrôle continu, c’est injuste pour les détenus, on n’a eu aucun cours pendant deux mois ! Et est-ce que vous savez quand est-ce que l’école en prison va reprendre ? »

Appel d’un détenu de Roanne, qui ne parle pas très bien français : « Je suis indigent, et j’ai des problèmes avec les sommes qui doivent être versées en ce moment à cause du Covid, pour le téléphone et les cantines. En mars, j’avais signé tous les papiers pour être transféré, mais c’est repoussé. Et comme j’ai du mal à écrire, je ne peux pas écrire au juge pour tout ça. J’ai demandé à voir l’écrivain public, mais ça n’est pas évident de le rencontrer en ce moment… »

Appel de la mère d’un détenu : « Mon fils est incarcéré depuis trois ans. Il n’a jamais eu de permission, elles lui sont toutes refusées. Je voulais qu’il soit libéré dans le cadre des ordonnances, mais il n’a pas été visé. Il devait être jugé en avril, finalement c’est en septembre, mais j’ai peur que ce soit à nouveau reporté… Il vient d’être placé au quartier disciplinaire, est-ce que c’est possible, pendant le Covid ? »

Appel d’un détenu des Baumettes : « Quand est-ce que les parloirs vont rouvrir ? »

Appel de l’amie d’un détenu : « Les gardiens ont des masques, mais la plupart ne les portent pas. Ils ont même trouvé un masque au sol dans le cours de promenade. On fait comment, si les gardiens contaminent les détenus ? Même la directrice ne porte pas de masque ! La semaine dernière un surveillant est arrivé avec une visière, il a dû l’enlever, sur ordre de la directrice. Pourquoi est-ce qu’elle ne protège pas son personnel ? Nous on est pénalisés, parce qu’on n’a plus de parloir, et les détenus sont pénalisés puisqu’ils ne peuvent plus travailler. En plus, mon ami a été privé de parloir avant les autres parce que je suis un public à risque, j’ai plus de 70 ans. »

« Est-ce que les parloirs vont rouvrir ? Et les avocats, est-ce qu’ils peuvent entrer en prison ? »

Appel d’un détenu d’Auxerre : « J’ai pris une peine criminelle de quinze ans, que j’ai purgée, mais entre temps j’ai repris des peines correctionnelles. Sauf que la juge m’a dit que je ne pouvais pas bénéficier des remises de peine exceptionnelles parce que j’étais condamné à une peine criminelle, alors que je l’ai déjà exécutée ! Je n’ai plus que six semaines à faire, ma sortie est prévue début juin, mais la juge refuse les aménagements de peine, parce que la commission ne peut pas se réunir à cause du Covid… »

Message de la compagne d’un détenu de Fleury-Mérogis : « Est-il normal qu’il ne puisse pas avoir de renouvellement de sa Ventoline ? Il est asthmatique. De plus, avez-vous des remontées concernant la reprise éventuelle des parloirs ? »

Message de la compagne d’un détenu de Saint-Pierre-de-la-Réunion : « Il a été placé en détention provisoire en février, et condamné à quatre mois en mars. L’état sanitaire actuel me fait craindre le pire pour sa santé : il a une double hernie discale qu’il ne peut pas soigner en prison, et surtout il souffre également d’une pathologie qui ne peut plus être suivie et qui peut dégénérer en cancer. Les attestations médicales ont été transmises à la prison, sans que celle-ci ne donne suite. Vous connaissez les conditions de détention et de promiscuité qui règnent là-bas… Nous sommes très inquiets. »

20 avril 2020

Message de la compagne d’un détenu : « Mon compagnon a été réincarcéré il y a quelques mois pour une vieille affaire. Je cherche à savoir s’il existe un service que je pourrais appeler pour un soutien psychologique. La situation n’était déjà pas facile entre nous avec son retour en prison mais là, avec le virus dans la prison, je ne dors plus, je me sens tellement impuissante. »

Message de la compagne d’un détenu de Meaux : « Avez-vous des informations quant à la réouverture des parloirs ? La Garde des sceaux a-t-elle donné une estimation de la date ? Je ne trouve aucune information à ce propos et la prison par téléphone ne peut pas me répondre. J’imagine bien qu’aucune date n’est fixée mais si déjà vous pouviez me donner un ordre d’idée de la durée qu’il me reste à patienter, cela m’aiderait beaucoup étant donné que je n’ai plus aucun contact avec mon conjoint depuis des semaines. »

Message d’un détenu de Bonneville : « J’ai des problèmes de santé : je suis diabétique, en surpoids, j’ai fait un infarctus… Je suis ici pour une courte peine, je voudrais pouvoir porter un masque. »

Appel d’un détenu : « On est plusieurs à s’être fabriqué des masques artisanaux. Mais les surveillants m’ont demandé de l’enlever et m’ont menacé de rédiger un compte-rendu d’incident si je le gardais. »

Message d’un détenu de Carcassonne : « Je suis en mandat de dépôt depuis un an et demi. Mon mandat venait juste d’être renouvelé pour les derniers six mois. Mais le juge a profité de l’ordonnance pour encore ajouter six mois de plus derrière, qui visiblement démarreront fin septembre Je ne suis pas une personne dangereuse… Je suis à bout. »

Message de la compagne d’un détenu de Saint-Pierre de La Réunion : « Il est en détention provisoire. Les conditions de détention là-bas sont très difficiles, et bien pire encore depuis la pandémie actuelle. Il n’y a même plus de blanchisserie, ils doivent laver leur linge dans des bacs d’eau. Mon mari souffrant d’asthme sévère, je m’inquiète vraiment pour lui : si par malheur il était contaminé par ce virus, la conséquence serait dramatique. La juge vient de renouveler son mandat de dépôt malgré un certificat médical. »

Appel de la conjointe d’un détenu de Nanterre : « Mon compagnon est en détention provisoire. Je trouve ça complètement dingue de priver les gens de tous liens comme actuellement. Je lui écris, mes lettres sont tâchées de larmes. Mais je ne les envoie pas car je ne sais pas si elles ont une chance de lui parvenir. C’est une double peine… Ça fait quatre jours que je n’ai pas eu de ses nouvelles, c’est terrible pour les familles. Il ne va pas à la cabine téléphonique, c’est trop compliqué, mais il y a un téléphone occulte qui circule entre les détenus. J’ai appris que depuis ce matin les visites étaient à nouveau autorisées dans les Ephad mais pour les prisonniers, rien ? Personne ne s’en soucie. Il a fait une demande de mise en liberté il y a quatre semaines mais il n’a plus de nouvelles de l’avocat, le CPIP ne répond pas. Et pour cette histoire de linge, comment faire ? Le 17 mars, jour de notre dernier parloir, j’ai récupéré tout son linge sale pour le laver. Depuis, les parloirs ont été suspendus et il n’a pas de vêtements de rechange, alors il en emprunte à ses codétenus. Ce n’est pas un indigent mais là, il se sent tout comme. Et puis la semaine dernière il est tombé malade, une grosse grippe. Il est resté en cellule, le médecin est venu tous les jours, et puis ils ont amené dans sa cellule un autre détenu malade aussi, qui toussait beaucoup. »

18 et 19 avril 2020

Notre permanence téléphonique est fermée le week-end : nous publions ici les messages laissés sur notre répondeur ainsi que les messages reçus par email.

« Bonjour, je suis tombée sur votre site par hasard, savez-vous ce qu’il en est pour les parloirs ? Je vois que les visites vont pouvoir reprendre dans les Ehpad, alors je me demande quand nous pourrons leur rendre visite, nous aussi. »

Message de la mère d’un détenu : « Pensez-vous que Mme Belloubet va faire sortir les prévenus qui sont à six mois de leur libération au lieu de deux mois ? Mon fils est incarcéré depuis près d’un an, il a pris 18 mois. Je n’arrive pas à calculer sa date de sortie. Pouvez-vous m’aider ? »

Message d’un détenu de Meaux : « Je suis en détention provisoire (mandat de dépôt correctionnel) depuis décembre. Les conditions sont précaires, ça fait quatre mois que je dors sur un matelas par terre, je n’ai pas d’espace vital. J’ai peur de mourir en prison, vu la crise sanitaire… Ici les gestes barrières sont impossibles à respecter ! Et ma détention provisoire a été renouvelée automatiquement de trois mois, sans débat contradictoire, sans visio-audience, sans rien. »

Message d’un visiteur de prison : « Est-ce que vous savez si les détenus qui ont été contraints d’arrêter leur travail seront indemnisés ? Je parle de la majorité d’entre eux qui n’ont pas de contrat et qui, en principe, ne sont pas éligibles au chômage partiel. On entend parler d’indemnisation en tous genres, il ne faudrait pas les oublier… »

Message de la compagne d’un détenu : « Il est reconnu handicapé à plus de 80%. Il est en fauteuil roulant, et porteur d’une pathologie dégénérative qui évolue rapidement (sclérose en plaques). Il est incarcéré depuis près de deux ans et libérable à la fin de l’été. Ses conditions de détention sont lamentables, il n’a pas les soins dont il aurait besoin et il se voit mourir à petit feu. Avec le Covid, la ministre a pris des mesures concernant les détenus malades ou en fin de peine mais à ce jour, mon conjoint n’a bénéficié de rien, alors qu’il est en détention pour un délit mineur (conduite en état d’ivresse et refus d’obtempérer), qui a fait ressurgir des peines du passé. J’ai peur pour lui, avec la rapidité à laquelle l’épidémie se propage… Son état se dégrade de jour en jour. »

Message d’un détenu en semi-liberté : « Je suis ici depuis le début de l’année. Je suis diabétique insulino-dépendant, et depuis le confinement je n’ai plus aucun suivi médical : je n’ai plus le droit de sortir pour aller chez le médecin ni même pour aller chercher mon traitement mensuel (insuline). Il y a trois semaines, ma CPIP m’a contacté pour faire une demande de conditionnelle, mais je n’ai aucune nouvelle depuis. Par ailleurs, je ne peux pas cantiner car je ne fais pas partie de la maison d’arrêt mais du centre de semi-liberté, et de toute façon je ne dispose d’aucun moyen pour cuisiner, puisque la plaque chauffante est interdite ici. Je dois donc manger la gamelle, mais on ne me propose pas de viande hallal. Je me questionne car beaucoup de détenus sont sortis alors qu’ils avaient encore de longs mois à effectuer… Je suis moralement très mal, j’ai le sentiment que je vais mourir en prison, c’est horrible. Je suis exténué, je me sens en insécurité avec le virus. Ici, aucune mesure de distanciation sociale n’est appliquée correctement. »

Message de la femme d’un détenu de Villepinte (en portugais) : « Je n’ai plus de nouvelles de mon mari depuis début février. Même lorsque le gouvernement a donné des crédits pour le téléphone, il ne m’a pas contactée. Et depuis, j’ai entendu que trois détenus avaient été testés positifs au Covid-19… Je suis très inquiète, parce qu’il travaille en prison. »

Message de la femme d’un détenu de Tarascon : « Mon mari est incarcéré depuis huit ans et après enfin avoir trouvé un CDI dehors, sa demande de bracelet est gelée (ce que je peux comprendre). Mais à quand la reprise du travail des juges, à quand la reprise des parloirs ? Pourquoi aucune info ne nous est donnée ? Auriez-vous des réponses à ces questions, qui sont pourtant récurrentes chez toutes les familles ? »
Message de la femme d’un détenu de Perpignan : « Il a des problèmes de santé, bronchite chronique, asthme et surpoids, mais il n’a plus aucun suivi médical, nous avons très peur. On lui refuse toute demande de mise en liberté… »

Message d’un détenu d’Aix-Luynes : « J’ai pris un an de prison ferme, j’ai bénéficié de trois mois de remise de peine. J’en suis à quatre mois de prison, il me reste donc cinq mois. Je suis papa d’un petit garçon d’un an et demi et d’une petite fille qui est née la semaine dernière. Ma femme est seule, mon avocat a fait une demande d’aménagement de peine en urgence il y a trois semaines, mais je n’ai toujours pas de nouvelles. Qu’est-ce que je dois faire pour rejoindre ma famille le plus rapidement possible ? »

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