ZONE INSPIRA. Un projet annulé, mais une lutte politique loin d'être terminée.

Le projet de la grande zone industrielle sur plus de deux-cents hectares dans le prolongement du pôle chimique de Roussillon dans le nord de l'Isère, le projet INSPIRA , partie intégrale du Schéma de Cohésion Territoriale des Rives du Rhône, vient d'être annulé. Rétrospective d'une lutte à laquelle j'ai participé et participe encore malgré moi.

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En avril 2017 avec ma compagne, nous déposions les statuts de notre projet commun, la ferme en permaculture Demain Verte. En quelques années, alors que je m'étais promis de ne plus m'impliquer dans les luttes d'oppositions pour construire un projet créatif et autonome, au lieu de regarder grandir mes enfants paisiblement en travaillant la terre, je suis retrouvé malgré moi, impliqué dans une lutte pour un autre monde qui me dépasse largement.

Sans savoir, lorsque nous avons installé notre projet au bord de la Nationale 7, dans la commune de Saint Vallier, que nous nous installions sur des terres vouées à l'imperméabilisation par une instance dont à l'époque j'ignorais le tentaculaire pouvoir d'influence sur les décisions d'aménagement du territoire.

A l'heure où le projet INSPIRA vient d'être annulé par la justice, il est temps de revenir sur ce qui fait toute mon implication dans cette lutte, après avoir subi des années de pressions brutales en tant que porteur d'un projet pourtant soutenu par de nombreuses personnes, personnalités et collectifs à travers le monde.

En mars 2019, j'ai demandé un rendez-vous avec les autorités compétentes de mon territoire, dans le cadre de mon activité professionnelle de ferme d'éducation populaire en permaculture Demain Verte. Je proposais d'occuper une partie des terres prévues à la destruction par le projet de la Zone PANDA (l'ironie du nom d'espèce en voie de disparition pour une zone agricole bétonnée), aujourd'hui rebaptisée AXE 7.

J'essuyais alors une fin de non recevoir, du président de la Communauté de Communes, sous prétexte que je m'insurgeais contre sa politique environnementale globale et ses prises de positions publiques sur l'environnement à l'envers de ses actes, sur mon profil personnel Facebook .

Pour ce genre de personnage, imperméabiliser et détruire au passage la biodiversité parfois même des espèces protégées n'est pas détruire la nature. Non, parce que selon la directrice de cabinet de monsieur Jouvet, à partir du moment où les conditions financières de compensation de ces zones imperméabilisées sont payées, il n'y a juridiquement pas destruction.

Bien que maltraité depuis mon arrivé à Saint Vallier par les autorités compétentes (menaces et insultes du maire, travaux sur propriété privée des services municipaux sans autorisation etc.), j'ai acté qu'il n'y avait aucune volonté d'alternatives aux projets mortifères prévus dans sur ce territoire où ma fille est née.

J'en profite pour rappeler à monsieur Jouvet, mais aussi à son homologue à la région monsieur Laurent Wauquiez et ses camarades néo libéraux de gauche et autres écologistes de droite que l'argent n'est pas une espèce vivante et qu'il ne se mange pas.

Mes partenaires de Vivre Ici Environnement, avec qui, entre autres, j'ai fondé le Collectif de Développement des hauts de Drôme et d'Ardèche (1) luttaient déjà à l'époque depuis plusieurs années contre l'implantation d'une immense zone industrielle sur des terres arables et naturelles, dans la prolongation directe du pôle chimique de Roussillon et préparaient déjà un recours administratif en annulation de ce projet.

Quelques semaines plus tard, je réunissais une quinzaine d'organisation sur les terrains de l'association Demain Verte pour préparer une mobilisation unitaire autour de la volonté de faire annuler le Schéma de Cohésion Territorial (SCOT) des Rives du Rhône.

Notre ligne était ferme : ces projets sont une menace pour notre environnement. Il faut les arrêter, d'une manière ou d'une autre.

L'idée de planter des totems en forme d'autruche pour dénoncer la politique de l'autruche menée par l'ensemble de ces décisionnaires peu enclins à mettre en place un modèle démocratique pourtant exigé par la loi, imposant ces projets inutiles sur les terres prochainement bétonnées réunit ainsi de nombreuses organisations syndicales, citoyennes et associatives.

Parmi ces groupes, les membres et amis de La FRAPNA, ATTAC, ANV COP21, Les Faucheurs Volontaires d'OGM, Extinction Rébellion, La Confédération Paysanne ou encore des Gilets Jaunes de la vallée du Rhône, le collectif Agissons Citoyens de Saint Vallier et d'autres citoyens organisations locales et nationales.

Une volonté idéologique qui fait domino dans le contexte électoral actuel, jusque dans la composition de notre liste pour les élections régionales de 2021.

Il y avait aussi dans ces assemblées de préparation, les jeunes grévistes pour le climat de Youth For Climate menés par le tout jeune Matteo VICENTE, et ce n'est donc pas un hasard si quelques années plus tard, j'ai tenu après avoir moi-même été invité à représenter LA FRANCE INSOUMISE, aux prochaines élections régionales, j'ai personnellement insisté pour faire rentrer le parti fondé par mon jeune camarade dans l'alliance de la liste menée par Cécile CUKIERMAN, ENSEMBLE POUR NOTRE RÉGION.

L'OPÉRATION AUTRUCHE fut donc un succès, pas tant au niveau du nombre de participant mais au vu du nombre de structures et collectifs représentés et unis pour une cause commune : celle de faire barrage à l'idéologie capitaliste qui dévore notre nature et précarise nos vies.

Dans le même temps, les militants de l'association Vivre Ici Environnement déposaient un recours sur le volet de l'eau dans le but de s'opposer au projet INSPIRA. Deux ans plus tard, toutes et tous accueillent la décision de justice annulant les autorisations du projet INSPIRA (Salaise-sur-Sanne – dpt38) comme une décision logique et nécessaire.

Une victoire historique commune, sous l'impulsion juridique de l'association Vivre Ici Environnement :  L'annulation du projet INSPIRA, au nom de la loi sur l'eau remet en cause, l'entièreté du projet proposé par le SCOT des Rives du Rhône

D'abord par son périmètre d'application qui oblige par une (dés)organisation territoriale anti-démocratique, mais tient surtout en laisse et au portefeuilles le Conseil Régional et les Conseils Départementaux locaux (Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Rhône)

Des échangeurs prévus dans le Nord de la Drôme au développement continu de zones industrielles ou d'activités sur des terres arables, imperméabilisant souvent définitivement l'outil de travail principal de nos agriculteurs.

Cette victoire est un premier pas dans le bon sens, et doit être prise en compte dans l'application des politiques budgétaires de nos élus et en cette période de votation, par toutes celles et ceux particulièrement sensibles à une bifurcation écologique, inopérante si l'on considère envisageables des projets destructeurs comme la prolongation du Pôle Chimique de Roussillon par une immense zone industrielle de plus de 200 hectares.

Une question de choix politiques dont les financements sont directement dépendants du résultat des élections des 20 et 27 juin prochains

L'occasion de rappeler, en tant que tête de liste de la section départementale de la Drôme pour les élections régionales sur la liste ENSEMBLE POUR NOTRE RÉGION mais avant cela négociateur dans les échanges avec les autres formations politiques du département, les raisons de la rupture entre LA FRANCE INSOUMISE et l'alliance des gauches et des écologistes portée par monsieur Jouvet et ses associés.

Nous avions tout d'abord conditionné notre participation à une possible alliance pour les scrutins venants, après audition de l'ensemble des groupes d'actions de LA FRANCE INSOUMISE dans la Drôme, à la certitude qu'il n'y aurait aucun élu rémunéré pour un autre mandat sur les listes affichant un logo d'alliance de manière à éradiquer l’accaparement des décisions .

Mais la première de toutes les conditions était d'acter officiellement que la nouvelle majorité reviendrait sans exception sur l'ensemble des subventions votées lors du mandat précédent ne respectant nos volontés de bifurcation écologique, et non versées au moment du vote d'annulation sous l 'autorité de la nouvelle présidence de département.

Ce socle de valeurs fondamentales a été mis sous le tapis par une alliance dont le nombre d'organisation, si on se réfère à l'histoire des partis qui la composent, n'est autre qu'une énième tambouille politicarde sans fond. La grande majorité de cette liste est avant tout issue de l'éclatement du Parti Socialiste depuis le mandat Hollande et l'arrivée de LREM – preuves historiques que la gauche néo-libérale tout comme l'écologie de droite existent.

Coup de bluff ou mépris des électeurs ? 

Crier à l'union de la gauche en recollant les pots cassés, sans acter de revenir sur les décisions écocides du mandat précédent pour en réinjecter les millions d'Euros alloués et les réinjecter dans l'urgence sociale, qui préserverait des terres pour y proposer des projets vertueux en capturant du carbone, tout en relocalisant notre production d'alimentation.

N'est-ce pas là quelque peu méprisant pour l'ensemble des personnes qui se considèrent d'ores et déjà trahies par des décennies de mensonges politico affairistes ?

Si l'on considère la communication qu'après avoir refusé de parler du fond avec nous, après avoir publié un communiqué d'union programmatique incluant de mettre sous le tapis les prochaines sorties d'autoroute prévues sur le département, n'y a t il pas mensonge en pensant que personne ne dénoncera une telle supercherie écologique  ?

Après des années de militantisme associatif ou plus offensif et aussi souvent humaniste, je peux aujourd'hui dire à quel point j'ai été attristé de voir des gens avec qui j'ai milité contre le glyphosate, ou pour revoir des coquelicots, planifier non pas une bifurcation sociale, démocratique et écologique, mais une trahison de valeurs au gré de copinage et de faux semblants.

Je n'aurais pas pu assumer de signer un accord dans de tels termes dits ou non, et encore moins avec certaines personnes dont je m'oppose à l'idéologie et aux actes politiques depuis tant d'années pour avoir une chance de voir siéger plus d'insoumises et d'insoumis au Conseil Départemental de La Drôme et financer avec une majorité de professionnels de l'électoralisme, les projets liés à ce SCOT des Rives du Rhône aujourd'hui montré du doigt par la justice de notre pays.

Heureusement, l'humanité est faite avant tout de belles personnes, prêtes à s'engager et à défendre une véritable harmonie entre les hommes, et avec la nature.

L'engagement qui a toujours été le mien c'est d'être présent face aux injustices. Du sourire d'un homme, d'une femme ou d'un enfant, appauvri par la dureté de ce monde, à qui l'on tend la main, de l'annonce de la victoire pour défendre un bout de notre terre que l'on aura défendu. Il y a tant de raisons de surmonter les coups pris dans nos luttes et de croire en demain. .

L'annulation de ce projet INSPIRA est une grande nouvelle mais elle est avant tout le signe de la fragilité de cette élite politique qui pour un poste ou un peu de notoriété, dépose ses convictions au pied du mur du profit individuel qui se fout royalement de ce qu'il en coûte, puisque c'est le peuple, d'une manière ou d'une autre, qui paye le prix

Les crises que nous traversons, qu'elles soient sanitaires, sociales, démocratiques ou écologiques méritent des équipes compétentes et pragmatiques face à l'inconnu qui nous attend. Les responsabilités de ceux qui ont facilité la promotion de tels projets mortifères et d'une autre époque ne peuvent plus aujourd'hui prétendre avoir les qualités nécessaires à leurs fonctions.

Je demande l'annulation du SCOT des Rives du Rhône.

En tant qu'habitant de la région Auvergne Rhône Alpes, et tête de liste de la section départementale de la Drôme sur la liste ENSEMBLE POUR NOTRE RÉGION menée par Cécile CUKIERMAN, je demande officiellement l'annulation immédiate et rétroactive du Schéma de Cohésion Territoriale des Rives du Rhône.

Cette annulation doit donner lieu à la mise en place d'une véritable concertation prenant en priorité les urgences sociales des territoires en se basant sur la planification de l'harmonisation des activités humaines dans leur environnement naturel.

Financés par la région et le département, les nombreux projets dangereux pour l'avenir de notre planète et de la vie qu'elle abrite, encore en préparation par le biais de ce SCOT, peuvent être stoppés en coupant les robinets qui les financent. Pour éviter à nos militantes et nos militants de dépenser leur temps à lutter pour voir toujours les mêmes groupes de personnes mettre en œuvre de tels stratagèmes, le renouvellement des personnalités qui entrent dans les lieux de décisions est essentiel.

C'est pourquoi lorsque je parlais de Matteo VICENTE, pour ne citer que lui, et du fait qu'il était sans doute évident que nous nous retrouvions sur les mêmes convictions politiques après avoir milité côte à côte à de nombreuses reprises, je pense ne pas me tromper. Mais je pourrais aussi citer pour autre exemple l'ami Faucheur Volontaire Christian FOILLERET également présent sur notre liste régionale. Et ces deux-là ne sont pas les seuls.

Le renouvellement des élus, des actes et des mots.

Nous devons dorénavant agir pour plus de transparence et de cohésion. Pour que les actes ressemblent aux mots, et principalement lorsqu'il s'agit de décisions qui concernent l'ensemble des personnes du territoire mais aussi ceux qui y vivront demain, et aussi ceux que l'on accueille pour une nuit ou pour toujours.

Notre région a les capacités humaines de construire un véritable projet qui réponde à la volonté de préserver la nature et d'améliorer en même temps le quotidien de nos citoyennes et de nos citoyens.

La victoire contre le projet INSPIRA et donc contre le SCOT des Rives du Rhône ne doit être qu'une étape de plus dans la convergence des luttes et de la bifurcation civilisationnelle nécessaire à la survie de l'humanité.

« Celui qui ne participe pas à la lutte, participe à la défaite. » B. Brecht

Puissions-nous faire valoir la vérité de nos idéaux, et danser encore.

Olivier Crenn

(1) Collectif d'associations de citoyens avec entre autres la fédération Drôme-Ardèche des Maisons Familiales Rurales, le Secours Catholique, Demain Verte ou encore des collectifs locaux de citoyens engagés dans les luttes du territoire de la Communauté de Communes des Portes de Dromardèche, dont le but est de faire appliquer la loi NOTRe à Pierre Jouvet son président, lui donnant l'obligation de mettre sur pied un Collectif Consultatif de Citoyens sur les orientations politiques de la com-com. A la date d'aujourd'hui cette obligation n'est toujours pas respectée par ce jeune cumulard drômois.

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