Boycotte moi, si tu peux.

Parce que la logique même de l'esprit et les expériences de la loi du marché poussent au constat que si on n'achète plus un produit, il finit par disparaitre de la circulation, nombreux sont ceux qui appellent ainsi à l'utilisation du boycotte... Mais... Est ce vraiment une question de choix possible pour tout le monde, et notamment pour les plus pauvres d'entre nous ?

Conférenciers, hommes politiques, philosophes, militants, voisins de table ou collègues de boulot... Nous avons tous eu l'occasion d'être appelé à boycotter un produit de consommation pour défendre une cause. Parce que c'est une forme de lutte pacifiste, notre choix de consommation est d'un point de vue de stratégie commerciale utilisé comme une véritable arme de destruction financière.

On entend des appels au boycotte des produits Israéliens en réponse directe au blocus commerciale et humanitaire de la bande de Gaza On entend des appels au boycotte de tel ou telle marque pour des raisons publicitaires de mauvais gouts. On entend des appels à boycotter les produits de consommation alimentaire contenant des OGM, ou des pesticides pour tenter de contrer la puissance des lobbys de l'agriculture industrielle qui empoisonne nos assiettes On les entend ces appels et on a souvent envie de ne pas les oublier De les respecter et de les mettre en application pour que demain, le monde soit meilleur, pour que plus personne n'est à souffrir de la folie de notre temps.

 

C'est donc une affaire de positionnement personnel qui se joue dans nos dépenses, des applications de nos smartphones à nos assiettes et parfois même une affaire qui ramène à montrer du doigt le non-engagement de ceux qui ne s'y plie pas... N'avons nous pas franchi un nouveau pallier de dénigrement et de culpabilisation dans la conviction qu'au pays des droits de l'homme, nous aurions tous le choix ? Le boycotte ne serait-il pas pour ceux qui n'ont pas le choix, une nouvelle forme de discrimination ?

Selon une étude du secours populaire, 48% des français ont du mal à faire trois repas par jour chaque jour du mois. Difficile d'imaginer que leur choix ne se tournent pas vers les étiquettes des produits les moins chers du marché et non vers les produits dont la contenance sont les plus propres à la consommation. Peut on alors les montrer du doigt et les considérer responsables de la production de ses produits ?

D'un autre point de vue, et en suivant le même schémas de réflexion, nous pouvons considérer que celui qui à les moyens de choisir ce qu'il consomme, au nom de la solidarité avec ces familles les plus pauvres, devrait décider de boycotter les produits de bonne qualité au nom du fait qu'ils ne sont accessibles à tous.

Ainsi, on entend souvent un autre argument exprimant la normalité de voir des produits vendus plus chers car meilleurs pour la santé et l'environnement voir juste en rapport au nom de son fabricant et son logo, et aussi dans certains cas simplement parce qu'ils sont de très bonnes qualités. Et là, on peut extrapoler aux véhicules, aux vêtements de marque et à tout produit dit de luxe...

En bref, le vieil adage qui dit que "l'on a toujours le choix" ne s'applique pas à tous.

Car si certains par solidarité internationale ou par convictions décident de boycotter un produit, ils en oublient alors que ce boycotte confirme souvent la normalisation de l'état de pauvreté de l'autre, qui lui n'a pas le choix et se retrouve face à une culpabilisation de ne pouvoir vivre selon ces convictions.

Chaque jour, dans le quartier ou je vis, petite cité HLM du village longtemps le plus pauvre de la Drôme avec plus de 25% d'habitants vivants sous le seuil de pauvreté, nous rencontrons des parents d'élèves de l'école ou notre petit garçon de 7 ans suit sa scolarité. Dans un village de 4000 habitants, dont selon les statistiques citées plus hauts 1000 personnes vivent dans des conditions de pauvreté extrèmes, certainement concentrées dans ce quartier au nom ironique de cité de la Croisette, tout le monde sait que nous cultivons des légumes selon des techniques naturelles. 

A chaque fois que nous discutons avec ces gens, comme une gène à peine camouflable, la discussion sur le prix des produits bio revient. Comme une culpabilité, sans exception, tous nous explique essayé d'acheter le plus souvent possible des produits bio pour leurs enfants. Tous nous affirme le sentiment de résignation de ne pas avoir ce choix.

Alors, lorsque dans les conférences et groupes de travail ou nous nous rendons, des gens qui n'ont pas le courage de se regrouper pour reverser le pouvoir, cachés derrière les tirades pacifistes et bienveillantes de penseurs et philosophes de la petite bourgeoisie à bonne conscience, sont là pour nous expliquer que la plus grande force de militantisme de la population reste la consommation, je ne peux m'empêcher de leur rappeler ce que de mon coté la vie m'apprend chaque jour.

 

Aucune campagne de boycotte n'a jamais réussit à se faire s'effondrer une entreprise ou un pays. Celui qui affirmerai une telle absurdité n'a de conviction que celles qui lui permettent d'y croire, et sans doute le porte feuille qui va avec. Dans un pays ou une personne sur deux ne mange pas forcément tout les jours à sa faim, il ne devrait pas oublier que c'est un luxe. Dans un monde ou les inégalités ne cessent aujourd'hui d'accroitre, et ou un enfant sur huit ne mange pas tout les jours, ne pas s'émouvoir de la chance que l'on a et montrer du doigt ceux qui ne peuvent boycotter, c'est simplement être d'une arrogance déplacée.

 

Même si je dois avouer que lorsque j'ai le choix et la possibilité de choisir, j'achète ce qu'il y a de mieux et de plus proche de mes convictions, je sais que lorsque je ne peux pas faire autrement, je ravale ma fierté et comme la majorité grandissante de la population mondiale qui vit ainsi, je donne de l'argent à l'enterrement de mes valeurs.

C'est pour cela que je ne crois pas en la lutte par le boycotte généralisé même si évidemment il faut encourager à défendre la consommation des produits les moins nocifs à la destruction de la planète et de notre santé. Mais je crois que c'est face à ce genre de murs que j'imagine encore secrètement le réveil du peuple comme une réalité qui fera s'effondrer ce monde là... 

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