INVINCIBLES

Nos libertés fondent comme neige au soleil. Malgré la métaphore, nous vivons des heures bien sombres. La confusion règne et impose dans les plus profondes souffrances de chacun d'entre nous une soif de crier. Mais quand le pouvoir d'une caste dirigeante s'accélère de ces maux, la liberté des autres devient une force.

Rassemblement de musiques électronique underground - Lozère - 08/2020 © Inconnnu (trouvée sur fb) Rassemblement de musiques électronique underground - Lozère - 08/2020 © Inconnnu (trouvée sur fb)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis plusieurs années, les gouvernements ne se contentent plus de protéger les lieux de meeting, de bloquer les entrées de rassemblement et d'attendre que les manifestations de terminent d'elles mêmes.

La première fois que j'ai vu une nasse véritablement stratégique de flics dans une rave, c'était en Hollande. En 2000 ou 2001 de tête. Une rangée de Robocop qui avance en ligne. Qui s'arrête a chaque véhicule, restant sagement en ligne jusqu'au départ de celui ci.

Puis, la technique c'est généralisée. Je me souviens du "dernier" CzechTek en 2005. La mes mecs avait carrément posé un char d'assaut sur l'autoroute. C'était salement parti en couille..

Les techniques ont été depuis travaillées durant des rendez vous de l'OTAN en Pologne. Ficelées et aujourd'hui vendues dans le monde entier avec lacrymo et lanceur de balles de caoutchouc par l'État français.

La nasse de la place de la République avec sniper sur les toits, fermeture de la place et rapprochement de la nasse jusqu'à étouffement et exfiltration minutieuse jusqu'à ce que nous soyons contraint de nous rendre en file indienne. C'était quelques jours après les attentats dis du Bataclan , qui sonnèrent le début d'une ère de contrôle et de répression sans précédent sous couvert d'un état d'urgence d'abord provisoire, aujourd'hui ancré dans ce que l'on nomme le droit commun. 

Si depuis je ne me suis pas rendu en manifestation ou très peu, c'est parce que j'ai compris une chose.

Nous ne gagnerons pas par la force. Peut être que l'histoire de la commune de Paris (et la véritable révolution française qui fut celle de la caste bourgeoise qui prit le pouvoir et ne le rendit plus) et les nombreux morts que sa chute engendra, me fait me dire qu'il ne faut pas oublier l'histoire.

Cette semaine d'août 2020, une démonstration de force des gens de la tekno a eu lieu par la tenue d'un rassemblement de plusieurs milliers de personnes dans les montagnes des Cévennes. Pour des raisons personnelles, qui ne sont pas liés à la pandémie que nous connaissons et dont j'aurais l'occasion d'exposer mes ressentis dans un futur article, je ne me suis pas rendu à ce rassemblement.

Mais je félicite ceux là qui ont pu et ont osé l'organiser.

D'abord parce que jusqu'à preuve du contraire aucun foyer de contamination n'a jamais été référencé dans un rassemblement en plein air. Ensuite parce que quoi qu'il en soit, ces rassemblement n'ont jamais été autorisés. C'est d'ailleurs le fondement même de ce mouvement avant tout activiste, libertaire et qui se nourrit et n'existe que parce que la société s'autodétruit et que ces fêtes là apportent à ceux là qui s'y rendent un état et un sentiment de liberté que le monde n'apporte plus à personne. 

C'est d'ailleurs pour cette dernière raison que ce mouvement fait peur. Et pour revenir à ce rassemblement et son déroulement, comme pour d'autres rassemblement de ce type, je pense personnellement que la seule véritable chose qui a fait que les flics ne sont pas intervenus comme ils le font dans la rue, avec une violence sans mesure aucune, c'est qu'il ne faudrait pas que ces révolutionnaires la tombent dans une lutte de principe clandestine après une attaque frontale des forces de l'ordre.

En effet , si on empêchait, ceux qui depuis plus de 25 ans ont su créer leur autonomie à travers une culture alternative de fêtes libres, de vivre comme ils l'entendent, il risqueraient de prendre les armes et de se battre sans relâche contre ce système civilisationnel qui les a conduit à vivre en marge. Le risque pour le faible pouvoir en place de voir de véritables ennemis, complètement insoumis à un ordre quelconque et capable d'une telle coordination serait dangereux pour ce pouvoir de façade qui n'a plus de frontière entre lui et un peuple en colère, que les armes de son bras armé tenu à coup de primes de présence sur le front de nos luttes.

Car le pouvoir en place ne tient qu'à la faiblesse de l'organisation des syndicats ou des luttes politiques..

Ces organisations qui de surface médiatique sont les remparts de nos libertés populaires et sociales, ne sont pas autonomes. Elles ne tiennent qu'à coup de subventions. Et elles ont surtout des lignes de dissolutions a ne pas franchir. Tenues à une bonne conduite dictée et imposée par ceux là même qu'elles prétendent combattre.

C'est donc d'un silencieux commun accord jamais déclaré que le mouvement tekno tient sa force. De l'alternative liberté et de l'autonomie coordonnée.

C'est d'ailleurs a mon sens, ce qui a manqué a Demain Verte. Ma volonté de faire seul a mené a ma perte. Car il va sans dire que j'avais le choix.

On m'a proposé de faire bloc. De monter sur mes terres des barricades. De faire vibrer de manière statique les chants libres de la mouvance tekno. De mener des actions de front et de masse pour instaurer un rapport de force. Je savais quelle en aurait été la finalité : Violences. Procès. Des années d'un rapport de force qui aurait été pour moi un temps de stress supplémentaire. Mais surtout un échec quand a ma volonté de voir jusqu'où, face a un seul homme, la société actuelle était capable d'aller.

La grande fête en Lozère aura, quand à elle, été encore une fois la démonstration de la faiblesse de l'état.

Les forces de l'ordre s'en sont pris a certains à grand renfort de publications sur les réseaux sociaux, mais de manière stratégique et ciblée. Ils ont fait de la communication, faisant croire a la maîtrise des choses, avant tout pour éviter la guerre. Une guerre sans nom, sans visage et sans chef. Une guerre de l'ordre contre son peuple fraternellement uni. Après tout, quel force politique peut se vanter de réunir tant de personne sans faire de promotion de ses événements ?  La réponse est simple : aucun. 

L'important pour cette oligarchie tenant son pouvoir dans le financement de leur autorité par les grandes entreprises pour qui ils écrivent les règles de la communauté,  reste l'opinion public. Parce que c'est en faisant croire que leur force est le rempart de la liberté, qu'ils contiennent les révoltes du peuple et qu'ils développent l'enveloppe qui contient toute forme d'alternative.

Tant que la seule revendication de ses gens qui rassemblent autant de personnes restent de faire des fêtes et de vivre tranquillement, on les laissera faire, et c'est tant mieux dans un sens. Mais en parallèle, on sanctionnera certains d'entre eux de manière éparse pour les montrer en pâture d'exemplarité du pouvoir, à un auditoire électorale de moins en moins dupe et nombreux, mais qui se déplacera féliciter son maître et protecteur aux prochains scrutins électoraux 

"Quand on veut tuer son chien on dit qu'il a la rage"

Il suffit de regarder les petits noms donnés aux rebelles depuis toujours par le pouvoir en place pour comprendre que pour ne pas donner parole à ceux qui sont en marge et obtiennent des résultats d'émancipation ou prétendent à des idéologies d'égalités sociales pour comprendre que les personnes qui se partagent le pouvoir ont peurs. 

Khmers verts, rassemblements de toxicomanes, dangereux communistes, ou comme lorsque l'histoire amena les travellers anglais à l'origine du mouvement free party en France dans le début des années 90, et qu'une loi accusa clairement ces tenanciers d'une culture nouvelle et contagieuse d'être de dangereux conspirateurs révolutionnaires.

L'alternatif doit être réduit au silence.  

Dans la rue, ils éborgnent des enfants, lâchant leurs bêtes féroces qu'ils félicitent en coulisse. Dans les rivières militantes constructives ils ruinent les actifs financiers et morales des plus combatifs. Dans les réseaux activistes libertaires ils froissent le visible pour communiquer leur toute puissance.

Cependant, jamais, non jamais, ils ne nous feront taire.

Et c'est parce que nous ne sommes pas d'accord sur tout, et que nous refusons de structurer nos idées, puisqu'elles évoluent à chaque instant, que nous sommes insaisissables. Nous sommes cette humanité qui chaque jour se lève t se construit une autre fécondité de de liberté, de fraternité dépassant leur pouvoir. Nous sommes toutes et tous le souffle de la résistance réelle et organisée. Autonome , libre et solidaire.

Si nous ne gagnons pas a chaque fois, si parfois nos amis tombent d'épuisement morale ou sont enfermés dans leurs prisons, comme des soldats tombent au front, blessés et fatiguer de la lutte quotidienne, la philosophie de nos actions ne se tient en aucun de nous en tant qu'individu, mais dans l'existence même de nos mouvements. Dans le fait que nous savons que nous ne sommes jamais seuls

Chaque jours, nous reconstruisons nos idéaux de nos cœurs écorchés vifs et de notre amour cicatrisant de l'humanité et de la nature qui nous entoure.

Nous sommes les héritiers désinvoltes, de ce monde que la soumission de la masse humaine, de la violence de ceux qui contrôle et détruisent tout. Activistes, résistants, indomptables, infatigables, forts, fiers, nous sommes le peuple debout et nous le resterons.

Nos larmes et nos sourires sont nos océans et notre soleil. Infinis et grands.

Il n'y aura plus jamais de silence.

NOUS SOMMES INVINCIBLES

 

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