Voter ou pas : un choix à faire.

D'un coté, la catégorisation profonde du détenteur de carte d'électeur et l'auto-mutilation de sa propre participation par le vote à la maigre démocratie en place. De l'autre, la catégorisation de l'abstentionniste et l'auto-mutilation de sa propre liberté par le vote contre un candidat aux idées potentiellement néfastes à la faveur du programme le moins pire et du vote utile. Citoyens, aux armes.

Mars 2017. Une envelloppe explose dans les bureaux du FMI, un gamin tire des plombs au fusil dans son lycée... Le hasard voulu qu'il s'agisse du fils d'un gars du FN. Un élu de plus avec une vie irréprochable se disent certains tout bas, jouant le même jeu de jugement que ceux qui catégorisent chaque individu dans ce bas Monde. Hier était pour moi une journée de plus sous le soleil de France, à me demander quel est mon pouvoir de décision en regardant cette carte électorale, que j'ai redemandé au mois de Décembre, comme pour me laisser le choix.

La campagne électorale bat son plein. Depuis ce soir, nous savons grosso modo qui sont les candidats à la future élection présidentielle du mois de mai prochain. La course aux parrainages pour y participer vient donc de toucher à sa fin et pour l'instant, bon nombre de citoyens semblent dans la désillusion la plus totale. La grande favorite de cette élection semble être l'indécision, en grande rivalité avec une abstention qui derrière son masque trouve de nombreuses théories dont la logique de pratique, n'en déplaise à certains, à un sens, mais pas toujours le mien.

Logique l'absentention ?  Parce que la théorie de ce genre d'élection, au moins en France, voudrait que chaque courant de pensée soit représenté et soit de fait porteur d'arguments, de propositions et surtout d'un programme et d'une équipe pré-établie qui puisse convenir à une majorité conscentante. Seulement, c'est loin d'être le cas. Les 500 signatures d'élus et les moyens financiers nécessaires à une telle démarche auprès de ces derniers, proposent un accès scellé à la dalle d'un pouvoir établi, et cela par un truc simple qu'on appelle, pour bon fourre-tout, le pouvoir d'achat. En effet, on sait pertinemment que le principe des 500 parrainages demandés amputent la démocratie des nouveaux courants de pensée.

Ainsi, malgré la réussite populaire et le pied de nez démocratique que fut la très réprimée formule des "nuits debouts", entre l'état d'urgence, la COP21 et la répression des manifestations anti-loi-travail, aucune chance de voir cette jeunesse en mal d'expression, et ceux qui sont restés jeunes plus longtemps que les autres, sortir du lot et présenter un candidat à une élection majeure. Un exemple certe, mais une réalité pour un tas d'idées vieilles comme le Monde...

Alors, quand la rue devient le théatre de l'aggressivité étatique au travers de son bras armé, c'est toute une jeunesse qui se sent répprimée, voir tout un peuple. Mai 68 n'aurait pas existé sans la douleur de parents voyant leurs enfants décidés à changer le Monde, bien que le prix à payer en soit les coups et les blessures infligés par un gouvernement réppressif. Seulement, si les inégalités sont plus fortes aujourd'hui qu'il y a 50 ans, l'équipement armé des forces de sécurités nationales est lui aussi bien plus grandiloquant. Si la justice est sensée être libre et indépendante du pouvoir, ce n'est pas le cas des policiers et autres gendarmes.

Alors pourquoi et pour qui voter ?

La question peut sembler toute conne. Mais c'est bien le problème fondamentale quand la quasi majorité des inscrits sur les listes électorales ne s'est même pas intéressée aux programmes des candidats, comme portée par le dictat médiatique. Tout ce que l'on sait pour le moment, c'est que nous vivons un grand moment de l'absurdité sociétale moderne. Les idées sont mises de coté. Place au débalage et à la tromperie. Tous pourris. Tous voyous. Mais si tu ne votes pas, tu seras coupable de voir le pire passer. Si tu votes contre un tel, tu votes forcément pour un autre. Donc tu es complice de son pouvoir absolu, qui vit il y a quelques mois le modèle sociale Français de protectorat des salariés sombrer dans la violence policière, à grand coup de 49.3.  Les élections précédentes en rayonnent : personne ne pourra me dire avec exactitude qu'il savait les grandes lignes du programme de François Hollande. Parce que les gens ont majoritairement votés contre Nicolas Sarkozy.

Lorsque l'on vote avant tout contre les idées d'un autre, on ne vote pas pour les siennes.

Pour ma part, j'avais pris ma carte d'électeur dès ma majorité. Même si j'avoue accuser le coup des 20 années écoulées depuis, je n'oublie pas non plus les déceptions politiques et, les décisions qui de longues années durant m'ont faites déchirer et oublier ma carte d'électeur, pour finalement m'expatrier purement et simplement. L'herbe est plus verte de l'autre coté de la barrière. Où disons le plus clairement, en tant que Français, j'ai pu aisément passer d'un pays à un autre sans qu'on ne me pose de question. Et c'est en cela que l'herbe ne peut plus être verte sur notre territoire. Puisqu'elle ne peut être foulée qu'en empruntant les vieux chemins de contre-bandiers par de nombreux ressortissants de pays plus pauvres que le notre et qu'elle ne l'est pas pour tous, pour moi, elle ne peut être l'herbe de la paix.

C'est donc en solidarité avec la majorité affamée du Monde que je me suis engagé sur le terrain, conscient que mon avis dans les urnes avait autant de valeur à ce niveau là que de lever la patte sur un violon un soir de cuite. Perturbé par le mépris de la souffrance et des frustrations de la majorité des peuples du Monde, j'ai longtemps cru que le changement était là, dans le partage de l'information, et dans ce Temps de ma Vie dépensé à tendre ma main vers les causes qui me semblent juste. Bloquer des chantiers illégaux et malsains. Péter les grillages qui marquent les frontières imaginaires qui bordent nos pays. Voyager le sac toujours plein pour partager à mes compagnons. Être là où le pouvoir s'étend sans la permission du peuple. Être là où je croyais qu'il fallait que je sois tout simplement. Derrière les promesses que je me faisais à moi même.

Et c'est bien là que réside le problème. Les promesses des élus sont mises au placard aussi vite qu'elle sont applaudies. On trouvera comme on le fait depuis toujours des terroristes pour justifier les retournements d'une politique sécuritaire et économique. Pris au piège entre deux feux, le peuple à cette tendance à suivre le plus fort, soumis tel un animal affamé à qui on tendrait des restes.

L'instinct de survie fait qu'à force de prendre des coups, on les entend comme une raison véritable. On accepte. On abdique.

Prenons le simple exemple de l'économie. Pourquoi ne nous en apprend-t-on pas les rouages des l'école ? A vrai dire c'est pourtant simple, si on savait, on ne laisserait pas ceux là nous dire que nous n'avons pas la connaissance suffisante pour diriger nous même notre Monde. Si tu ne veux pas que ton fils rentre et sorte de chez toi comme il le souhaite, tu ne lui donne pas les clés de la maison. Image extrème d'un peuple infantilisé et rendu irresponsable par une oligarchie qui centralise autour de grandes écoles un savoir qui n'est qu'une doctrine de la supériorité et donc, d'une inégalité des chances sans faille.

Vivre libre ou mourir ? Sommes nous seulement vivant ou en état d'hypnose profonde ?

Celui qui se satisfait de ce qu'on lui laisse sans se demander si il est normal qu'il est plus ou moins que son voisin à la réponse à cette impuissance. Celui qui s'en remet à l'autre en acceptant de ne pouvoir poser son véto en cas de manquement à des promesses tenues et recommence à lui donner sa voix est le premier responsable. Parce qu'en donnant sa voix à celui qui ne porte pas ses idéaux, celui là accepte de les taire.

On pourra me répondre  que "celui qui ne participe pas à la victoire particpe à la défaite" comme écrivit Brecht en 1934. Mais cette théorie voudrait dire alors que, celui qui ne vote pas participe autant à la défaite de ces idéaux que celui qui vote contre les idées d'un autre, et délaisse ainsi sa propre parole et ses propres convictions, aux éternels schémas fuyant d'un groupe de types dont il ne partage pas les idées, et dont les diplomes qui justifient leur présence à cette étape de nos Vies sont construits et modelés par ceux là même dont nous ne voulons plus.

Une équation complexe mais loin d'être irrésolvable.

La seule inconnue reste là la concertation inexitante d'un peuple écrasé par un leadership infligé dès les premières heures passées sur les bancs de l'école. Tant que nous accepterons de vivre cette formule qui veut que les plus forts sont valoriser, et ceux en difficulté montrés du doigt, la solidarité intellectuelle sera inexistante. L'inexistance sociale est le fruit de la frustration de ceux qui ne trouve plus leur place. C'est ce qui explique les suicides de travailleurs, le nombre grandissant d'adeptes de petites pillules qui font oublier, où lobotomisent un peu plus l'être blessé selon le pont de vue sur la réalité de la médicalisation systématique de trop de personnes vulnérables face à la parole de médecins dont on sait qu'il sont gracieusement soumis à la volonté des industriels de la santé.

 Parce qu'on ne le sait que trop. Les forces lobbyistes sont la première puissance de France.

Leur puissance déborde de leur business jusque sur les bancs du parlement, les couloirs des ministères et partout où s'exerce un temps soit peu de pouvoir. Les reportages dénonçant leur agissement sombre et assassin sont devenus légion. Partout ou l'on entend le mot alternatif, on retrouve ces thématiques de dénonciations qui portent le savoir de la conception exacte de notre société. Et malgré les réseaux et l'alternative qui se lèvent au loin, il n'est pas venu le temps ou cette puissance là sera remise en cause franchement.

Bien que surfant sur le vocabulaire de la révolution du peuple pour et par le peuple, nos futurs candidats semblent à chaque élection et dès le second tour, comme paralysés. A mesure que l'échénace approche, les promesses sont et seront pour les candidats "mainstream" de plus en plus nuancées et termineront par de classiques excuses, nous expliquant que les paramettrages et la conjoncture du moment présent ne permet pas une remise à plat. A force de nous le répéter, on a simplement vu un chiffre grossir parmis tant d'autres en matière d'abandon de la nation par son peuple : celui de l'abstention.

Voter utile et s'abstenir : deux raisons parmi d'autres qui font que nous en sommes là.

L'ennemi vaut bien la guerre. La guerre vaut bien de s'oublier un temps pour porter son drapeau fièrement. Tant de guerres et de morts au nom d'une démocratie rappellent tristement que les homme de pouvoir y arrivent parce que pendant des dizaines d'années nous apprenons à les connaitre au travers des médias. Pas pour leurs idées. Nous héritons, avant même de les avoir entendu s'exprimer, des enfants du prestige des élites. Nous faisons leurs guerres, qu'elles soient armées, dans les urnes ou dans la rue. Quand certains affrontent la police à majorité de sympathisant Front National selon de nombreuses enquêtes, et que les autres votent pour contrer madame Le Pen et l'empêcher d'atteindre le graal familiale, par peur de voir la peste brune revenir dans ses botines en peau de hyenne, ne me dites pas que tout ce petit Monde ne se bat pas contre le même ennemi. 

L'Utopie n'est vivante que si nous croyons en sa véracité.

Dans mes rêves les plus pacifistes, je vois des black blocs tomber leurs cagoules et se rendre aux urnes. Et aussi, des convaincus que l'expression de la parole personnelle et que sa présence dans les rues ne sert à rien, ramasser cette cagoule et rejoindre les barricades. Je pense qu'il est temps de nuancer ses pensées quelle qu'elles soient et de méler les paroles et les actes. Pour certains d'entre nous, pour moi au moins, c'est déjà le cas. Mes convictions ne sont pas cachées. Mes opinions semblent assez clairs.

Je sais que ces deux genres d'expressions ne sont pas inconpatibles et que bien au contraire, elles permettent de vivre les deux engagements qui forment à mes yeux la seule voie pour avancer pleinement vers ce changement qu'on nous a promis tant de fois.

Alors j'ai comme envie de croire que les programmes électoraux seront lus, que ceux qui se déplaceront ne se déplaceront pas pour voter blanc, parce que ceci est ausssi utile que de voter contre un candidat et non pour des idées, ou même de s'abstenir. Mais voter contre, c'est aller contre la démocratie. Casser l'idée de l'autre parce qu'on a pas soi-même su convaincre, ou qu'on accepte pas de ne pas faire partie de la majorité. C'est si petit que je ne comprends pas qu'on puisse soutenir des gens incapables de nous regrouper autrement qu'avec la peur d'un tiers.

Mais j'ai comme envie de croire que celui qui choisira de ne pas voter aura lu et compris chacun des programmes avec la conviction profonde que sa représentation n'est pas là, dans le panel proposé. Sans sortir le couplet de ces gens qui sont mort pour qu'on est le droit de voter, il est pourtant simple de comprendre après toutes les mesures anti-millitant-alter-mondialiste de cette année passée, que de laisser mourir une partie de son temps en prison fait parti d'un processus que je pense être proche du sacrifice.

Mais pour moi, il n'ya aucun sens à se sacrifier si il n'en résulte pas du positif pour la cause défendue.

Pour ceux qui me connaissent personnellement, je suis un fervent défenseur et actionniste en matère de blocage et autres sabotages, mais pas de la casse gratuite. Parce que casser des distributeurs de billlets par exemple, c'est faire un pas en avant vers la numérisation complète de la monnaie qui ne sera qu'une arme de plus pour le pouvoir de la finance et autres lobbies.

Je crois que ce qui me fait le plus de bien lorsque je regarde les résultats d'une élection ou quand je suis dans la rue auprès de ceux qui partagent mes opinions, c'est la ferveur et l'énergie du peuple qui se lève et la victoire possible d'une autre idée du Monde. J'aime les messages intelligents sur les murs de nos villes, et la poésie des mots militants. J'aime l'engagement de certains qui tentent l'aventure électorale, volontaires et porteurs d'une ambition populaire. Mais j'aime aussi voir un cordon de CRS ou de Gendarmes Mobiles être défait par une masse révoltée qui vit profondément et sans honte la légitimité de son acte. J'aime aussi le courage de ceux qui font front et ne baissent pas les armes face à l'inégalité croissante. J'aime mes frères et soeurs de luttes, ça c'est au moins aussi vrai que le fait que je crois en mes idéaux.

Alors chacun ses armes, chacun ses envies, mais ne nous trompons pas d'ennemi, il n'est pas l'abstentioniste, il n'est pas le votant utile. Il est dans notre capacité personnelle à oublier les vraies causes en nous concentrant sur un ennemi de notre camp, comme pour ne pas accepter l'échec de notre manque d'engagement.

Pour donner finalement mon avis et faire une synthère à ce thème, je vais même me permettre d'adapter à la situation une phrase de Gandhi, («s'il ne reste le choix qu'entre la violence et la lâcheté, je préfère la violence») et lui donner un sens moins généraliste que l'originale, car j'ai vraiment la sensation que si vraiment aucun programme, d'aucun des candidats ne correspond à une autre vision de ce Monde, en ne faisant qu'effleurer les bases de ma pensée, et qu'alors il ne me reste plus qu'à choisir entre la violence de la rue et la lacheté d'un vote utile. Sans aucune hésitation, je préfère la rue.

 

 

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